Ce Jour-là

Le Tasse

Poète italien

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Torquato Tasso, connu en français sous l'appellation le Tasse (en italien, il Tasso), est un poète italien, né le 11 mars 1544 à Sorrente (région de Campanie, Italie), mort le 25 avril 1595 à Rome, passé à la postérité pour son épopée, La Gerusalemme liberata (autrefois traduite sous le titre La Jérusalem délivrée, aujourd'hui Jérusalem libérée, 1580), poème épique où il dépeint, à la manière des romans de chevalerie, les combats qui opposèrent les chrétiens aux musulmans à la fin de la Première croisade, au cours du siège de Jérusalem.

Souffrant depuis ses trente ans de maladie mentale, il meurt alors que le pape allait le couronner « roi des poètes ». Jusqu'au début du XIXe siècle, le Tasse aura été l'un des poètes les plus lus en Europe : Jean-Jacques Rousseau admire le Tasse, dont il cite un vers dans Les Rêveries du promeneur solitaire et dans la lettre XXIII de la première partie de La Nouvelle Héloïse. Chateaubriand lui consacre de longues pages dans ses Mémoires d'outre-tombe. Auguste Comte fait de lui le représentant de la littérature épique moderne dans son calendrier positiviste, et Simone Weil voit dans la « Jérusalem délivrée » l'une des plus hautes expressions de l'espérance chrétienne.

Né à Sorrente, le Tasse est le fils d’un aristocrate de Bergame, Bernardo Tasso descendant d'Omedeo Tasso le fondateur d'une lignée de maitres de poste, poète lyrique et épique d’un certain renom, longtemps secrétaire au service du dernier prince de Salerne, Ferrante Sanseverino. Sa mère, Porzia de Rossi, est une aristocrate de Toscane étroitement liée aux plus illustres familles napolitaines. Lorsque le prince de Salerne, en conflit ouvert avec le gouverneur espagnol de Naples, est mis au ban et dépouillé de ses terres, Bernardo Tasso suit son maître en exil et devient dès lors proscrit, comme rebelle à la couronne de Charles Quint. Leur patrimoine est mis sous séquestre et la proscription s'étend à son fils Torquato, alors âgé de neuf ans. À Naples, jusqu'en 1552, Torquato suit les leçons des Jésuites qui viennent d’établir un collège en cette ville. La précocité de l’enfant — il sait le grec et le latin, écrit déjà en prose et en vers —, ainsi que sa ferveur religieuse, font l’admiration unanime des Jésuites, lesquels contribuent à sa célébrité naissante.

Il vit tout d'abord en France, où son père proscrit a suivi son maître déchu, puis retourne en Italie où son père le place chez un ami à Rome pour qu'il poursuive ses études. En 1556, sa mère Porzia meurt à Naples, dans des circonstances suspectes, sans avoir pu obtenir la dot promise par ses frères, ce qui n'arrange pas les finances de Bernardo, déjà bien modestes.

Bernardo Tasso est un courtisan qui s'adonne à la poésie : aussi accueille-t-il avec empressement l'invitation de la cour d'Urbino en 1557. Son fils Torquato, revenu de Rome pour le suivre, devient le compagnon de récréation et d'études du prince-héritier, François-Marie della Rovere. Le duché d'Urbino est alors le siège d'une société d'hommes lettrés, qui prisent les arts et les belles-lettres.

À Venise, puis à Padoue où son père l'emmène, il retrouve le même climat intellectuel. Mais à Padoue, le jeune homme délaisse les études de droit pour la philosophie et la poésie. L'année 1562 n'est pas encore terminée qu'il a déjà composé un poème, Rinaldo (« Renaud »), où il combine la régularité de l’épopée de Virgile aux séductions de l’épopée médiévale. « Rinaldo » apporte une telle originalité qu'on proclame son auteur le poète le plus prometteur du moment. Flatté, son père autorise l'impression du poème de son fils qui, après une nouvelle année d'études à Bologne, peut entrer au service du cardinal Luigi d'Este à Ferrare.

Entre la cour de France et celle de Ferrare

C’est en 1565 que le Tasse fait son entrée à la cour de Ferrare. Après la publication de Rinaldo, il développe, dans ses Discours sur l’Art poétique, ses principes personnels au sujet du poème épique.

Il semble que les années 1565-1570 soient les plus heureuses de sa vie, malgré le chagrin que lui cause la disparition de son père, en 1569. Il dédie les deux premiers recueils de ses cinq-cents odes à deux dames de la cour, Lucrezia Bendidio, qu'il a rencontrée à Padoue, et Laura Peverara, dont il s'est épris à Mantoue.

Il accompagne le cardinal d'Este à Paris en 1570, où ce dernier doit s'entretenir avec Charles IX au sujet des calvinistes. Mais la franchise un peu brutale du Tasse, conjuguée à un manque de tact caractéristique, lui font perdre la faveur de son mécène. Il quitte la France l’année suivante, pour entrer au service du duc Alphonse II de Ferrare.

Les princesses Lucrèce d'Este, future duchesse d'Urbin, et Léonore d'Este, toutes deux plus âgées que lui d'une dizaine d'années et sœurs du duc de Ferrare, le prennent sous leur protection et l'admettent dans le cercle de leurs intimes : il sera toute sa vie redevable de leur tendresse indéfectible.

Les quatre années suivantes sont marquées par la publication d’Aminta en 1573 et l’achèvement de La Jérusalem délivrée en 1574. Aminta est une pastorale à la trame très dépouillée, mais d’un charme lyrique exquis. Sa parution coïncide avec le moment où, sous l'impulsion de Palestrina, la musique commence à s'imposer comme le premier des arts en Italie. Or Aminta, avec sa mélodie douce et sa mélancolie sensuelle, se trouve parfaitement en résonance avec l’esprit du temps : elle marque de son influence l’opéra et la cantate pour les deux siècles suivants.

La Jérusalem délivrée occupe une place à part dans l’histoire de la littérature européenne. Pourtant, les mérites de cette épopée — qui révèlent au monde la riche personnalité du Tasse et l'élèvent au rang d'auteur classique, admiré tout autant du peuple que des élites — ne sont pas sans rapport avec la grâce lyrique d’Aminta.

À cette époque, en Italie, la poésie épique est très prisée, et La Jérusalem délivrée arrive après l’Italia liberata de Trissino (1547), l’Orlando furioso de L'Arioste (1532) ou l’Orlando inamorato de Boiardo (1483).

Le héros en est Godefroy de Bouillon, le chef de la première croisade, et l'apogée en est la reconquête de la Ville Sainte.

Alors que le Tasse, qui a trente-et-un ans, vient d'achever son manuscrit, la période faste de son existence atteint son terme : son chef-d’œuvre est accompli.

Le Tasse adresse le manuscrit du poème à plusieurs érudits — dont Scipion de Gonzague (fils du duc de Mantoue), qu'il avait rencontré à l'université de Padoue — en exprimant le désir de connaître leur avis. Les hommes de lettres sollicités, tout en manifestant leur admiration pour l'épopée, émettent un certain nombre de réserves.

Dans La Jérusalem délivrée, comme auparavant dans le Rinaldo, il cherche à relever le style épique italien en observant une stricte unité d'action et en rehaussant l'expression poétique de la langue italienne. Pour cela, il se donne Virgile pour modèle, adapte les éléments de la première croisade à son sujet et infuse toute sa ferveur religieuse dans la création de son héros Godefroy de Bouillon. Toutefois son inclination naturelle le porte à la poésie amoureuse.

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