Le Point est un magazine d'actualité hebdomadaire français, créé en 1972 par une équipe de journalistes venant essentiellement de L'Express et proches d'Olivier Chevrillon et de Claude Imbert. C'est l'un des cinq magazines d'actualité hebdomadaires de dimension nationale en France. Depuis 1997, il appartient en totalité à l'industriel François Pinault, via sa holding Artémis.
Associé historiquement à un lectorat de cadres, Le Point entend rendre un service de sélection et clarification d'information par la publication régulière de dossiers thématiques, guides ou palmarès adaptés à ce public.
Le journal est traditionnellement classé à droite. Depuis les années 2010, il a été condamné à plusieurs reprises pour des articles rompant avec la déontologie, et sa ligne éditoriale a fait l'objet de critiques et controverses, notamment sur les questions liées à l'islam.
La création du magazine trouve son origine dans un conflit opposant des journalistes et administrateurs de L'Express avec le propriétaire et fondateur de ce titre Jean-Jacques Servan-Schreiber auquel ils refusent qu'il serve ses ambitions politiques. Il aboutit à de nombreuses démissions le 12 juin 1971.
Entre juin et octobre 1971, un nouveau projet de magazine d'actualité est élaboré par une partie des démissionnaires. À la partie rédactionnelle participent Claude Imbert, futur rédacteur en chef, Georges Suffert et Jacques Duquesne qui ont été embauchés le 7 juillet par Jean Prouvost pour travailler à Paris Match, mais également Pierre Billard, Henri Trinchet, Robert Franc, recrutés au même moment par le même pour travailler à RTL, et enfin Olivier Chevrillon, toujours haut fonctionnaire en disponibilité, futur PDG. Ce dernier fait une recherche active de financements et s'adjoint pour la partie marketing et gestion, Philippe Ramond, éditeur de L'Expansion et Pierre Bracciali, alors responsable administratif de L'Express.
Le journal d'opinion L'Express, devenu magazine d'actualité en 1964, ne suit plus strictement cette formule quelques années plus tard et n'a plus de cœur de cible en raison de sa politique de large diffusion. Les membres démissionnaires souhaitent donc lancer un nouveau magazine d'actualité, en visant une clientèle plus restreinte mais « très exigeante quant à la qualité de l'information, du commentaire et de l'écriture ». Un groupe de population clairement identifié est plus intéressant pour les annonceurs.
De premières négociations financières avec d'éventuels bailleurs de fonds pour rassembler 30 millions de francs sont menées et échouent fin novembre 1971. Elles sont reprises avec Simon Nora, directeur général de la librairie Hachette, que connaissent Olivier Chevrillon et George Suffert depuis leur passage au club Jean-Moulin et aboutissent en décembre avec l'accord d'Ithier de Roquemaurel, PDG d'Hachette. Hachette s'engage à respecter l’indépendance du futur journal. Il est pendant un court moment évoqué de reprendre le titre Réalités, appartenant à Hachette, et ses abonnés. La dénomination de l'hebdomadaire est relative à l'expression « Faire le point » en usage dans la marine.
À compter de janvier 1972, des études sont menées pour identifier plus précisément le créneau commercial et rédactionnel. Les cadres supérieurs urbains sont considérés comme un marché potentiel. Leur très fort pouvoir d'achat les rend prisés des annonceurs. En février, des locaux sont fournis aux neuf fondateurs à La Défense. L'équipe est étoffée par de nouvelles embauches et monte à 130 personnes. La documentation du défunt journal Paris Jour est achetée. Un numéro 0 est envoyé aux publicitaires en avril, puis trois ou cinq numéros d'essais sont produits entre fin août et septembre. Philippe Ramond, nommé directeur général du magazine, s'assure du succès de la vente des encarts publicitaires pour les premiers numéros. Le 12 juin, Hachette donne son accord définitif et lance un plan de financement sur trois ans de 26 000 000 FRF (24 689 958 € en 2015). Celui-ci prévoit un équilibre financier au bout de trois ans puis des bénéfices. Le 1er juillet, l'équipe déménage avenue Pierre-Ier-de-Serbie.
Temps de succès : du premier numéro au début des années 1980
Le premier numéro, précédé d'une vaste campagne publicitaire, paraît le 25 septembre 1972 au prix de 3,50 francs. Il est vendu à 300 000 exemplaires. Mais, les ventes baissent rapidement car les premiers numéros sont d'une qualité inégale et des erreurs sont faites dans le choix des Unes. Pour accroître la qualité des textes et renforcer le caractère sérieux de la parution, il est fait appel à de nouvelles personnalités reconnues. La maquette est révisée pour le numéro 10 et un éditorial est inséré à partir du numéro 11. Il est tout d'abord collégial puis signé Olivier Chevrillon à partir de 1975. De nouvelles rubriques apparaissent dont une sur les indiscrétions du monde politique. Les Unes provocatrices sont celles qui se vendent le mieux. Elles sont, comme chez ses concurrents, inspirées par les nécessités du marketing et non par une démarche informative rigoureuse.
En trois années, le journal réussit à atteindre l'équilibre financier puis à être largement bénéficiaire, passant de 150 000 ou 160 000 exemplaires écoulés en moyenne la première année à 300 000 exemplaires en 1978 et environ 330 000 exemplaires dans la première moitié des années 1980. L'audience passe de 1 493 000 personnes en 1976 à 2 292 000 personnes en 1981. Le chiffre d'affaires est de 46 500 000 francs en 1974 (35 570 851 € en 2015), de 250 935 089 francs en 1981 (92 084 773 € en 2015). La réussite du magazine permet un déménagement rue de Rennes en janvier 1977 pour des locaux plus spacieux.
Public ciblé, objectifs et ligne éditoriale
Son format s'inspire de celui du Time. S'adressant préférentiellement aux cadres, qui représentent rapidement un lecteur sur deux, le journal fait initialement le pari de privilégier la vente au numéro, pour tester en permanence l'intérêt du lecteur, et de refuser les réductions sur les abonnements. Il se veut indépendant du monde politique et culturel. Les journalistes ont une grande liberté.
Pour se différencier de « L’Express, dont les engagements se sont déplacés au centre de l’échiquier politique français, Le Point adopte une position économique libérale ». Tout en restant axé sur l’actualité nationale et internationale, l'hebdomadaire affiche la volonté d’être au plus près des préoccupations de son lectorat, un « public de décideurs et de responsables », ceci passant par le choix des thématiques de ses rubriques et des sujets abordés dans les articles. Des numéros sont consacrés au salaire des cadres chaque année, mais le journal les renseigne aussi sur leur logement, « leur argent, leurs placements, leur retraite, les voies de la réussite, les stratégies pour se faire augmenter », ouvre un espace pour les offres d'emplois. Le lecteur trouve également des articles de renseignements pratiques, des dossiers répondant aux goûts et à l'évolution des modes de vie, avec une tendance à l'individualisme, comme « le palmarès du bien-être » par département, avec l'objectif d'augmenter les ventes en province, ou des dossiers sur la santé. La publication de ces palmarès, régulièrement répétée, a également une vocation marketing. Les statistiques, que ce soit pour des sondages politiques ou d'autres sujets, sont abondement utilisées pour prouver l'objectivité.
Coups marketings et politiques
Le magazine réalise aussi des coups marketing et politiques qui participent de son succès. Le numéro du 17 décembre 1973 titre en Une Crises : Messmer doit partir. Le premier ministre Pierre Messmer est appelé à démissionner. En représailles, l'augmentation des prix du livre de poche attendue par Hachette est empêchée. Le journal retrouve un agent de la DST de l'affaire des plombiers, révèle l'affaire de Vathaire. La publicité des sondages électoraux étant interdite une semaine avant les élections en 1978 et 1981, le magazine organise des dîners pour les révéler à des personnalités politiques, ce qui permet de développer des relations avec ces dernières.