Le Palace est une salle de spectacle parisienne située 8, rue du Faubourg-Montmartre dans le 9e arrondissement.
Inaugurée en 1912 comme salle de cinéma, elle fut tour à tour un cabaret, une salle de théâtre, et de 1978 à 1995, une boîte de nuit très en vogue, avant de redevenir une salle de spectacle.
Une salle de cinéma devenue un music-hall
À l'origine, il s'agit d'une salle de cinéma inaugurée en 1912 sous le nom de Gaumont Color.
Elle est rachetée en 1921 par l'entrepreneur de spectacles Léon Volterra, et rebaptisée sous le nom de Société anonyme de music-hall et de cinéma Eden. Il y programme, en décembre 1921, La Chaste Suzanne, opérette d'Antony Mars et Maurice Desvallières. En février 1922, il présente Un coup de téléphone, comédie-bouffe de Paul Gavault et Georges Berr ; en avril, Une nuit de la Dubarry, opérette d'Armand Foucher et G. Rose ; en mai, L'Atlantide de Henri Clerc.
En juin 1922, Maurice Maréchal prend la direction de l'Eden. Il le renomme Théâtre du Boulevard et y programme, du 16 juin au 22 juillet 1922, la Revue du Canard Enchaîné (3 actes & 8 tableaux) coécrite avec Victor Snell et Jules Rivet, mise en scène de Max Péral, décors de Henri Guilac. À la rentrée sont présentés, en octobre Un ange passa de Jacques Bousquet et Henri Falk, en décembre La Danseuse éperdue de René Fauchois.
La salle prend ensuite le nom de Palace Music-Hall en 1923 quand elle passe sous la direction d'Oscar Dufrenne et Henri Varna, qui ont fondé une société en commun, gérant de nombreuses salles en France. Ils inaugurent le lieu avec la revue dansante et chantée « Toutes les femmes », revue en deux actes et trente-cinq tableaux de Léo Lelièvre, les chanteurs vedettes Polaire, Nina Myral et Émile Audiffred, le danseur Harry Pilcer, et notamment un solo de la danseuse du ventre Zulaïka, apparaissant nue jusqu'en dessous de la ceinture et simulant un rapport sexuel : le spectacle frôla l'interdiction. Dufrenne et Varna furent servis par ce scandale : la salle fut bondée pendant plusieurs mois. Puis ce fut Oh, les belles filles, revue venue du Concert Mayol en 1923 avec les Dolly Sisters, Audiffred, et l'année suivante, arrivèrent des vedettes de la chanson comme Maurice Chevalier, qui succéda aux Dolly Sisters au milieu de décors de plus en plus somptueux. Les revues légères à thèmes et « des plaisirs de la nuit » s'enchaînent, avec Palace aux nues, Yo t'aime, La Beauté de Paris, Femmes et Sports (1927) avec le boxeur Georges Carpentier reconverti, Paris-Madrid et Raquel Meller (avril 1929), Nudist'Bar (novembre 1930) avec Harry Pilcer et Charpini, La Revue argentine (1931) avec Gloria Guzman et Sofia Bozan. La « Revue du Palace » devient si célèbre qu'elle part en tournée en province durant l'année 1927-1928. Seule exception, en 1928, Dufrenne, menacé de fermeture pour outrages aux bonnes mœurs, programme L'Oublié, une pièce de théâtre sans nu aucun, pour se faire oublier en vue des élections au Conseil de Paris... En mars 1931, Dufrenne et Varna convertissent temporairement leur théâtre en salle de cinéma, accueillant surtout des films de la Warner, de la Fox, ou même de Walter Ruttmann, plutôt expérimentaux donc, de midi à deux heures du matin. L'assassinat de Dufrenne le 24 septembre 1933 dans son bureau directorial, qui défraya la chronique sous le nom de crime du Palace, ne fut jamais élucidé.
En décembre 1934, Henri Varna reprend la salle et, associé à Émile Audiffred, changent le nom en Alcazar de Paris (à ne pas confondre avec l'Alcazar d'hiver, l'Alcazar d'été et l'Alcazar). Ils y montent plusieurs spectacles inspirés de la vie marseillaise (Zou ! Le midi bouge ; Rose de Marseille ; Marseille mes amours...) sur des chorégraphies de Georges Moro. Les bureaux du Palace accueille au 3 bis cité Bergère, l'agence Audiffred de 1933 à 1954, avec son importante écurie (Tino Rossi, Maurice Chevalier, Joséphine Baker...).
Après Dufrenne : de l'abandon à la renaissance
Fin 1939, la salle redevient Le Palace, toujours sous la direction de Varna : durant l'Occupation, de nombreux spectacles y sont montés, des opérettes comme Eulalie (1941-1942) et Vive la reine ! (1942-1943), sur des livrets de Raymond Souplex et des musiques de Georges Matis. Fin 1944, à la Libération, elle est transformée de nouveau en salle de cinéma. Varna meurt en 1969, la salle de cinéma ferme.
Le bâtiment est presque à l'abandon lorsque Michel Guy le choisit en 1973 pour accueillir les manifestations du tout nouveau Festival d'automne à Paris, ainsi que Théâtre Expérimental Populaire (TEXPOP!) qui réunissait le Théâtre de l'Espérance (Jean-Pierre Vincent et Jean Jourdheuil), l'ensemble de musique contemporaine de Diego Masson, et le Théâtre du Silence (les chorégraphes Jacques Garnier et Brigitte Lefèvre). Le lieu se consacre au théâtre à part entière sous la direction de Pierre Laville de 1975 à 1978. Dans un état alors relativement délabré, on y présente des pièces de David Rochline, Alfredo Arias ou Gérard Garouste. Il est alors classé monument historique.
Le night-club rouge et or des années Emaer (1978-1983)
« Le Palace n’est pas une « boîte » comme les autres : il rassemble dans un lieu original des plaisirs ordinairement dispersés : celui du théâtre comme édifice amoureusement préservé, jouissance de la vue ; l’excitation du Moderne, l’exploration de sensations visuelles neuves, dues à des techniques nouvelles ; la joie de la danse, le charme des rencontres possibles. Tout cela réuni fait quelque chose de très ancien, qu’on appelle la Fête, et qui est bien différent de la Distraction : tout un dispositif de sensations destiné à rendre les gens heureux, le temps d’une nuit. Le nouveau, c’est cette impression de synthèse, de totalité, de complexité : je suis dans un lieu qui se suffit à lui-même. »
— Roland Barthes (1978), Vogue Hommes
Le vieux music-hall désaffecté, avec le soutien de Michel Guy alors ministre de la Culture, est racheté par Fabrice Emaer, un des personnages de la « nuit parisienne », propriétaire d'un restaurant-discothèque de la rue Sainte-Anne, Le Sept. Celui-ci y effectue d'importants travaux, dont il confie la maîtrise d’œuvre à Vincent Barré et Patrick Berger, recomposant le décor initial des années 1930, moyennant des dépenses colossales qui grèveront durablement l'avenir du club. Reprenant le modèle du Studio 54 à New York, Fabrice Emaer veut en faire le lieu incontournable de la fête. Il existait, dès 1976, une discothèque très en vogue fondée par Jean-Michel Moulhac, appelée La Main Bleue, située à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Le 1er mars 1978, Fabrice Emaer ouvre enfin le club avec un show de Grace Jones et sa reprise de La Vie en Rose qui deviendra « une sorte d'hymne du Palace. » C'est l'époque du disco, les serveurs, vêtus de flamboyants costumes rouge et or, sont habillés par Mugler.
Très vite, le Palace devient l'endroit à la mode, recevant jusqu'à 1 500 personnes. Comptant une centaine d'employés permanents, il réalise lors de son premier exercice un chiffre d'affaires de 30 millions de francs lourds, battant ainsi tous les records de la profession. Pendant cinq ans, il organise une moyenne de cent concerts par an. Dès 1979 Amanda Lear le cite dans son tube Fashion Pack comme un haut lieu de la nuit : « In Paris you got to be seen at Maxim's / The Palace / The 7 and then go Chez Régine ». Les soirées à thèmes s'y succèdent. Nombreux stylistes parfois aux « looks invraisemblables » tels Kenzo, Karl Lagerfeld, Claude Montana ou Jean-Charles de Castelbajac, certains amenés par l'attachée de presse du lieu Sylvie Grumbach, y organisent des défilés et des fêtes. Paloma Picasso y organise sa soirée de mariage. Des groupes d'artistes de l'époque tels Les Musulmans fumants y exposent, Gainsbourg donne un concert en 1979 alors que Bambou fréquente déjà le lieu, entouré de ses « rastas » les « choristes de Marley et les chanteurs de Tosh », Prince y donne son premier concert parisien le 3 juin 1981. En 1980, Fabrice Emaer ouvre sous Le Palace un endroit privé, Le Privilège, réservé à la jet set et aux princes(ses) de la nuit. Restaurant à l'ambiance feutrée jusqu'à minuit, il se transforme en petite discothèque avec comme DJ, Henri Flesh. La décoration du lieu est confiée à Gérard Garouste sur les conseils d'Andrée Putman auprès d'Emaer, la création du mobilier à Élisabeth Garouste. Jenny Bel'Air tient la porte qui communique du Palace plus déluré à ce lieu plus réservé.