Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin ou Cavalier Bernin (en italien : Cavaliere Bernini), né le 7 décembre 1598 à Naples et mort le 28 novembre 1680 à Rome, est un sculpteur, architecte et un peintre italien du baroque. Artiste éminent, il fut surnommé le « second Michel-Ange ».
Son abondante production typiquement baroque se caractérise par la recherche du mouvement, la torsion des formes, l'impression spectaculaire allant jusqu'à l'illusion. Elle le place de son vivant comme figure de proue de l'art contemporain à Rome.
En outre d'être sculpteur, il était peintre (surtout de petites toiles à l'huile) et homme de théâtre : il écrivait, mettait en scène et jouait des pièces de théâtre (surtout des satires du Carnaval), pour lesquelles il concevait des décors et des machineries. Il a également réalisé des dessins pour une grande variété d'objets d'art décoratifs, notamment des lampes, des tables, des miroirs et même des carrosses.
En tant qu'architecte et urbaniste, il a conçu des bâtiments profanes, des églises, des chapelles et des places publiques, ainsi que des œuvres massives mêlant à la fois architecture et sculpture, notamment des fontaines publiques et des monuments funéraires élaborés et toute une série de structures temporaires en stuc et en bois pour les funérailles et les fêtes. Sa grande polyvalence technique, son inventivité compositionnelle sans limites et son habileté à manipuler le marbre lui ont permis d'être considéré comme un digne successeur de Michel-Ange, surpassant de loin les autres sculpteurs de sa génération. Son talent s'étendait au-delà des limites de la sculpture pour s'intéresser au cadre dans lequel elle serait située ; sa capacité à synthétiser la sculpture, la peinture et l'architecture en un tout conceptuel et visuel cohérent a été qualifiée par l'historien de l'art Irving Lavin d'« unité des arts visuels ».
Son talent précoce attire l'attention du pape Paul V. Favori des papes, il devient l'architecte de la place Saint-Pierre. Il fut employé sans interruption par les pontifes : Grégoire XV le nomma chevalier ; Urbain VIII le combla de richesses ; plutôt en disgrâce sous le pontificat d'Innocent X, il n'en conçut pas moins la fontaine des Quatre-Fleuves de la Piazza Navona. On lui doit le baldaquin aux colonnes torsadées du maître-autel et le dessin de la majestueuse colonnade et des statues qui encerclent la place devant la basilique Saint-Pierre. Ses fontaines monumentales, offrant à la vue de tous le déchaînement des forces vives du baroque, exerceront une grande influence sur l'urbanisme romain et sur l'organisation des places publiques dans les autres capitales européennes. Charles Ier d'Angleterre lui fit faire sa statue.
Le Bernin nait le 7 décembre 1598 à Naples d'Angelica Galante, une Napolitaine, et de Pietro Bernini, sculpteur maniériste tardif napolitain originaire de Florence, actif à Caprarola, en Calabre et à Naples. Il est le sixième de leurs treize enfants.
Le jeune Gian Lorenzo passe les premières années de son enfance à Naples, où son père Pietro s’est installé sur l’invitation du vice-roi pour travailler à la chartreuse Saint-Martin de Naples ; il accompagne sur père sur le chantier et le regarde fasciné pendant qu'il travaille le marbre.
Le couple se rend à Rome en 1605 où Pietro travaille pour le compte du cardinal Scipione Borghese, ce qui est pour lui l'occasion de faire montre du talent précoce de son fils qui travaille auprès de lui. Le pape Paul V, après avoir attesté pour la première fois le talent du jeune Bernini, déclare : « Cet enfant sera le Michel-Ange de son époque », répétant plus tard cette prophétie au cardinal Maffeo Barberini (le futur pape Urbain VIII) comme le rapporte Domenico Bernini dans sa biographie de son père.
En 1606, son père reçoit une commission papale pour contribuer à un relief en marbre dans la chapelle Pauline de la basilique Sainte-Marie-Majeure et déménage alors de Naples à Rome, emmenant toute sa famille avec lui et poursuivant sérieusement la formation de son fils.
Pietro Bernini travaille sur les chantiers de Paul V Borghèse, achevant en particulier ce qui est reconnu comme son chef-d'œuvre, l'Assomption de la Vierge du baptistère de Sainte-Marie-Majeure et la chapelle Pauline de la basilique destinée à accueillir la tombe de Paul V, et sur ceux de Clément VII pour lequel il réalise un Couronnement de Clément VII (1611). Un nombre important de peintres, sculpteurs et décorateurs, y sont savamment coordonnés par l’architecte Flaminio Ponzio. L’astucieuse direction de Ponzio offre au jeune Gian Lorenzo des idées concrètes sur l’organisation d’un chantier collectif et sur l’importance d’un travail d’équipe efficace, à considérer comme un projet unitaire avec sont fusionnées des œuvres architectoniques, picturales, sculpturales dans un ensemble de marbres polychromes, et non comme la somme d’interventions individuelles autonomes. Il bénéficie aussi très jeune de l'expérience de son père, en particulier en ce qui concerne l'organisation du travail collectif sur un chantier.
La Rome des débuts du XVIIe siècle est une ville qui vit un renouveau artistique phénoménal, avec en particulier l'introduction de la révolution naturaliste en peinture introduite par le Caravage et l'influence baroque initiée dans les Flandres par Pierre Paul Rubens, et où le talent ne demande qu'à être reconnu.
Sous le patronage du cardinal Scipion Borghèse, alors membre de la famille papale régnante, le jeune Bernini commence à être reconnu comme sculpteur de talent. Ses premières œuvres sont des pièces décoratives destinées à orner le jardin de la villa Borghèse, Priape et Flore (1615-1616) (aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art, New York). Plusieurs œuvres datant d'environ 1615-1620, sont, selon le consensus général des historiens, le fruit d'une collaboration entre le père et le fils, comme le Faune émoustillé par des Amours (vers 1615, Metropolitan Museum of Art), le Putto au dragon (vers 1616-17, J. Paul Getty Museum, Los Angeles), un groupe décoratif des Quatre Saisons commandé par le cardinal Pietro Aldobrandini, neveu du pape Clément VIII pour le jardin de sa villa romaine dont les traits sensuels et réalistes des festons de fruits dénotent l'influence des œuvres caravagiennes présentes dans la collection du cardinal et auxquelles le Bernin n'a pas pu échapper (vers 1620, collection privée) et le Buste du Sauveur récemment[C'est-à-dire ?] découvert (1615-16, New York, collection privée).
Parmi les œuvres les plus anciennes et les mieux documentées du Bernin, on trouve sa collaboration à la commande de son père en février 1618, du cardinal Maffeo Barberini pour créer quatre putti en marbre pour la chapelle de la famille Barberini dans l'église Sant'Andrea della Valle, le contrat stipulant que son fils Gian Lorenzo aiderait à l'exécution des statues. Une lettre de Maffeo Barberini à Rome à son frère Carlo à Florence datant également de 1618, mentionne qu'il (Maffeo) pense demander au jeune Gian Lorenzo de terminer l'une des statues laissées incomplètes par Michel-Ange, alors en possession du petit-neveu de Michel-Ange et que Maffeo espère acheter, une attestation de la grande habileté que le jeune Bernin est déjà censé posséder.
Les premières créations indubitablement de la main du Bernin sont le buste de Giovanni Battista Santoni conservé en la basilique Sainte-Praxède de Rome et les allégories de l’Âme damnée et l’Âme sauvée (1619, Palais d'Espagne (Rome)), deux petits bustes en marbre qui ont peut-être été influencés par un ensemble d'estampes de Pieter de Jode l'Ancien ou de Karel van Mallery, mais qui ont en fait été catalogués sans ambiguïté dans l'inventaire de leur premier propriétaire documenté, Fernando de Botinete y Acevedo, comme représentant une nymphe et un satyre, un duo couramment associé dans la sculpture antique (ils n'ont pas été commandés par Scipione Borghese ni ne lui ont jamais appartenu, ni, comme le prétendent à tort la plupart des historines, au clerc espagnol Pedro Foix Montoya)