Lazare Ponticelli (en italien : Lazzaro Ponticelli), né le 7 décembre 1897 à Bettola en Italie et mort le 12 mars 2008 au Kremlin-Bicêtre en France, était officiellement le dernier vétéran français et italien de la Première Guerre mondiale après la mort de Louis de Cazenave le 20 janvier 2008. Doyen des Français, il est aussi le neuvième homme de nationalité française à entrer dans la liste des supercentenaires.
Lazare Ponticelli est né à Cordani, un petit village du nord de l'Italie dans la province de Plaisance en Émilie-Romagne le 7 décembre 1897 (il aurait été déclaré à la mairie le 24 décembre 1897).
Il grandit dans une famille très pauvre de sept enfants qui vit à Cordani, un village de montagne. Son père travaille sur les foires et est aussi à l'occasion menuisier et cordonnier. Sa mère cultive le lopin de terre familial et trois fois par an descend travailler comme journalière dans les rizières de la plaine du Pô. Elle part en France pour essayer de gagner plus d'argent, laissant son fils Lazare qui n'a alors que deux ans. Son père et son frère aîné meurent brutalement quelque temps après. Le reste de la famille décide alors de tenter aussi sa chance à Paris et laisse le petit Lazare chez des voisins.
L'enfant commence à travailler dès l'âge de six ans, capturant des volatiles et fabriquant des sabots. Il utilise l'argent gagné pour prendre le train et se rendre à Paris qu'il considère comme « le paradis ». Ne sachant pas si ses économies sont suffisantes pour acheter un billet de Plaisance à Paris, il décide de courir derrière le train jusqu'à la frontière française, avec ses sabots sur l'épaule pour ne pas les abîmer. Il débarque Gare de Lyon, en 1906 à 9 ans, sans savoir ni lire, ni écrire, ni parler français.
En France, il reste trois jours et trois nuits dans la gare, jusqu'à ce qu'un chef de gare le remarque. Celui-ci tente de l'interroger sur sa présence en cet endroit, mais Lazare, ne connaissant pas le français, ne peut que lui répéter le nom d'un bistrotier, point de passage des Italiens de son village travaillant à Paris et dont on lui a parlé avant son départ. Par chance, le chef de gare reconnait le nom et le conduit chez le cafetier dont la femme le prend sous son aile.
Il commence à travailler comme ramoneur à Nogent-sur-Marne, où réside une importante communauté italienne, puis devient crieur de journaux à Paris. Il garde d'ailleurs un souvenir vif du jour de la mort de Jean Jaurès le 31 juillet 1914, car, à cette occasion, les gens s'arrachent ses journaux place de la Bastille. Il travaille également comme coursier pour Marie Curie.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, en trichant sur son âge, il s'engage dans le 4e régiment de marche du 1er régiment étranger, le régiment « Garibaldien » constitué majoritairement d'Italiens et dont l'encadrement français provient du 1er régiment étranger de Sidi bel Abbès. Il retrouve d'ailleurs l'un de ses frères, Célestin, et est envoyé sur le front à Soissons. Il participe aux combats dans l'Argonne.
En mai 1915, il se trouve près de Verdun, lorsqu'il est démobilisé. En effet, avec l'entrée en guerre de l'Italie, il doit rejoindre l'armée italienne. Refusant de quitter l'uniforme français, c'est accompagné de deux gendarmes qu'il est amené à Turin. Il est enrôlé dans le 3e régiment de chasseurs alpins, les Alpini, et combat les Autrichiens dans les Dolomites.
Il connaît alors les fraternisations entre troupes autrichiennes et italiennes (beaucoup d'Alpini des Dolomites parlent l'allemand). Sa compagnie est sanctionnée par l'État-major, traduite en conseil de guerre et envoyée dans une zone de combats plus rude, à Caporetto au Monte Colovrat en Slovénie. Chargé d'une mitrailleuse, il est blessé sérieusement à la joue par un éclat d'obus lors d'une sanglante offensive italienne contre les positions ennemies. Il est opéré sur place à vif et envoyé en convalescence à Naples. Il retourne au front en 1918 à Monte Grappa, lors de la bataille décisive de Vittorio Veneto où il est confronté aux attaques au gaz qui tuent des centaines de ses camarades :
« Des hommes, touchés par les gaz, gonflaient et mouraient par paquets. Ceux qui arrivaient derrière étaient obligés de leur marcher dessus. Les corps éclataient comme des ballons… »
C'est là qu'il apprend la signature de l'armistice. Démobilisé et de retour en France en 1920, il fonde avec ses deux frères, Céleste et Bonfils, Ponticelli Frères, une société de fumisterie. Cette entreprise devient une petite multinationale assez connue dans le domaine de la construction et de la maintenance industrielle, principalement dans le pétrole et le nucléaire.
En 1939, au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Lazare demande et obtient la nationalité française. Il s'engage au 3e bureau du département de la Seine. Mais jugé trop vieux pour le service actif, il est renvoyé à son entreprise où l'on estime que ses services seront plus profitables à l'effort de guerre. Il évacue cette dernière en zone sud non occupée par les Allemands. Lors de l'occupation de cette dernière en 1942, il retourne à Paris et s'engage dans la Résistance. Il prend sa retraite en 1960.
Comme beaucoup de poilus, Lazare Ponticelli ne parle pas de ce qu'il a vécu lors de la Première Guerre mondiale. Ce n'est que dans ses dernières années qu'il accepte de témoigner dans des écoles et auprès de journalistes. Il dénonce l'absurdité de cette guerre :
« Cette guerre, on ne savait pas pourquoi on la faisait. On se battait contre des gens comme nous… »
« On ne voulait pas faire la guerre, on nous a obligés à la faire sans qu'on sache pourquoi. »
En effet, toute désobéissance conduisait au mieux « de Verdun à Cayenne », au pire valait le peloton d'exécution :
« On se battait, on ne se connaissait pas. On se tue, on ne se connait pas. Pourquoi ? »
Retraité à la fin des années 1950, il achète une maison visible encore au 2, boulevard Armand Audibert à Sausset-les-Pins (Bouches-du-Rhône), où il joue d'interminables parties de belote avec tous ses amis au Cercle Saint-Pierre qui existe depuis 1861.