Laurent Moïse Schwartz est un mathématicien et militant politique français, né le 5 mars 1915 à Paris où il est mort le 4 juillet 2002.
Il est le premier Français à obtenir la médaille Fields, en 1950 pour ses travaux sur la théorie des distributions. Professeur emblématique à l'École polytechnique de 1959 à 1980, membre de l'Académie des sciences et intellectuel engagé, il est aujourd'hui connu pour ses nombreux combats politiques.
Laurent Schwartz est issu d’une famille juive d’origine alsacienne, imprégnée de culture scientifique. Il a pour grand-père le rabbin Simon Debré et pour oncle le rabbin Mathieu Wolf. Son père, Anselme, est un chirurgien renommé. Son frère cadet, Daniel Schwartz, est un statisticien réputé. Un autre frère cadet, Bertrand Schwartz, est le fondateur des missions locales d'insertion. Robert et Jacques Debré sont ses oncles maternels. Son grand-oncle par alliance, Jacques Hadamard, est un célèbre mathématicien.
En 1938, il épouse Marie-Hélène Lévy, fille du mathématicien Paul Lévy et elle-même mathématicienne. Ils ont deux enfants, Marc-André et Claudine. En février 1962, alors qu'il n'a pas encore vingt ans, Marc-André est enlevé par un commando de l'OAS et passe deux jours en captivité. Le choc est d'autant plus terrible pour le jeune homme que, juste après sa libération, des rumeurs courent selon lesquelles il aurait lui-même organisé son enlèvement. Après plusieurs tentatives de suicide manquées, il se donne la mort par arme à feu en 1971. Claudine, mathématicienne comme ses parents, a été professeur à l'université Joseph-Fourier de Grenoble.
Laurent Schwartz est inhumé au cimetière d'Autouillet (Yvelines), dans une tombe où reposent aussi son fils Marc-André, son frère Daniel et son oncle Jacques Debré.
De l'avis de ses professeurs, la scolarité de Laurent Schwartz est brillante. Élève au lycée Janson-de-Sailly, il excelle en latin, en grec et en mathématiques. Son professeur de 5e disait à ses parents : « Méfiez-vous, on dira que votre fils est doué pour les langues, alors qu'il ne s'intéresse qu’à l'aspect scientifique et mathématique des langues : il faut qu'il devienne mathématicien. » Le seul de ses camarades qui a un niveau comparable au sien, Anatole Abragam, deviendra physicien. Lui et Laurent se retrouveront plus tard à l'Académie des sciences. Son intérêt pour les mathématiques se manifeste réellement lorsqu'il entre en classe de mathématiques élémentaires, après avoir été en classe de première latin-grec.
Bachelier en 1932, il étudie au lycée Louis-le-Grand en classe de mathématiques supérieures puis de mathématiques spéciales. Il est admis en 1934 à l’École normale supérieure, où il suit les cours de Georges Valiron, René Garnier, Joseph Pérès, Francis Perrin et Georges Darmois. Parallèlement, il reçoit à la Faculté des sciences de l'université de Paris l'enseignement d'Arnaud Denjoy (calcul différentiel et intégral), Élie Cartan (géométrie supérieure), Paul Montel (théorie des fonctions et des transformations), Émile Borel (calcul des probabilités) et Jean Chazy (mécanique rationnelle), et y obtient une licence en sciences mathématiques, ainsi qu'une licence en sciences physiques.
Reçu deuxième à l'agrégation de mathématiques en 1937, derrière Gustave Choquet, il effectue son service militaire d’octobre 1937 à août 1939 en tant qu'officier. Ce service est prolongé d'un service actif d’un an pendant la guerre (1939-1940). Il devient ensuite officier de réserve. Démobilisé en août 1940, Schwartz se rend à Toulouse, où habitent ses parents. Son père, alors colonel de réserve du service médical des armées, travaille comme chirurgien à l'hôpital. Laurent Schwartz commence une thèse de doctorat comme attaché de recherche du Centre national de la recherche scientifique de septembre 1940 à décembre 1942. La chance intervient alors pour le sauver du désert scientifique dans lequel il vit : Jean Delsarte et Henri Cartan viennent à Toulouse pour faire passer les oraux du concours d'entrée à l’École normale supérieure. L'épouse de Schwartz, Marie-Hélène Lévy, qui avait traduit quelques années plus tôt des travaux de Cartan, prend l'initiative de le rencontrer. Ce dernier les invite fortement à déménager pour Clermont-Ferrand, où est repliée l'université de Strasbourg. Le changement fut très bénéfique. Laurent Schwartz rencontre le groupe de mathématiciens « Nicolas Bourbaki » ; il appartient à ce groupe jusqu'à la retraite obligatoire à 50 ans. Ces derniers le stimulent suffisamment pour qu'il finisse sa thèse en deux ans. Il obtient le doctorat en sciences mathématiques le 9 janvier 1943 devant la faculté des sciences de Strasbourg (à Clermont-Ferrand) avec une thèse principale intitulée « Études des sommes d'exponentielles réelles » et une thèse complémentaire sur la topologie algébrique. Le jury était composé de Georges Valiron (président), Charles Ehresmann et André Roussel. Laurent Schwartz devient ensuite boursier de l'Aide à la recherche scientifique, fondée par Michelin, de janvier 1943 à septembre 1944.
La vie de Schwartz pendant la Seconde Guerre mondiale est très « mouvementée ». Juif et trotskiste, le couple Schwartz doit se cacher et changer d'identité pour éviter la déportation. Pendant que ses recherches à Clermont-Ferrand progressent, la guerre bat son plein. Sa santé fragile l'empêche de rejoindre la Résistance. L'inefficacité du mouvement trotskiste le remplit de frustration. Deux étudiants juifs se trouvent en même temps que lui à Clermont-Ferrand : Jacques Feldbau, un étudiant d'Ehresmann, et Gorny, réfugié politique, qui avait préparé une thèse de doctorat avec Szolem Mandelbrojt. Jacques Feldbau fut déporté à Auschwitz en novembre 1943 et Gorny en septembre 1942. Il ne les revit jamais.
Après la Libération, Laurent Schwartz devient brièvement chargé de recherches du CNRS (de septembre à décembre 1944), puis chargé de cours (certificat de mathématiques générales) durant un an à la faculté des sciences de l'université de Grenoble en remplacement de Jean Kuntzmann, prisonnier en Allemagne. Il est également chargé de la préparation aux leçons d'agrégation des élèves de l'École normale supérieure de jeunes filles à Sèvres. Il rejoint ensuite l'université de Nancy, sur l'initiative de Jean Delsarte (doyen) et de Jean Dieudonné (professeur de calcul différentiel et intégral), comme chargé de cours (en octobre et novembre 1945) (mathématiques générales), puis maître de conférences (3e classe) (mécanique rationnelle) (décret du 29 avril 1946). Il est parallèlement chargé du cours Peccot au Collège de France de décembre 1945 à mai 1946 et maître de conférences temporaire à l’École polytechnique d'octobre 1945 à septembre 1948. Il reste sept années à Nancy, étant promu maître de conférences de deuxième classe en janvier 1949, puis professeur titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral en octobre 1949 à l'âge de 34 ans (décret du 26 septembre 1949). Il attire ainsi des étudiants comme Bernard Malgrange, Jacques-Louis Lions, François Bruhat et Alexandre Grothendieck.
Sur l'initiative d'Arnaud Denjoy, il passe de Nancy à la faculté des sciences de l'université de Paris en janvier 1952 (Roger Godement lui succède à Nancy). Il y est tout d'abord maître de conférences de calcul des probabilités (arrêté ministériel du 4 mars 1952) et obtient ensuite en 1955 la chaire de calcul différentiel et intégral (Charles Pisot lui succède à la maitrise de conférences de calcul des probabilités). De 1952 à 1962, il assure le cours pour le certificat de méthodes mathématiques de la physique et introduit ainsi la notion de distribution dans l'enseignement supérieur français. En 1958, il devient parallèlement professeur à l'École polytechnique (pour une durée de cinq ans renouvelable), succédant à son beau-père Paul Lévy.
Ayant tout d'abord refusé de poser sa candidature à ce poste, il change d'avis au dernier moment, motivé par son désir de refonder l'enseignement mathématique à Polytechnique. Il veut qu'il soit plus en adéquation avec les nouveaux besoins de l'économie nationale, et fait tout d'abord le constat des carences de l'École. Il critique un enseignement « resté encyclopédique », « profondément sclérosé », « très en retard sur celui des universités » et demande l'instauration d'options. L’objectif est de casser le monolithisme de chaque chaire pour réaliser un vrai département scientifique. Il y modernise les programmes et y conçoit un centre de recherche mathématique. Ce modèle sert à d’autres disciplines : économie, physique, biologie. Il collabore à cette fin avec Louis Leprince-Ringuet. Son projet pour Polytechnique est un grand centre de recherche pluridisciplinaire comme elle l’est devenue sur le plateau de Saclay.