Laura Nyro, née Laura Nigro le 18 octobre 1947 à New York et morte le 8 avril 1997 à Danbury, dans le Connecticut, est une auteure-compositrice-interprète et pianiste américaine. Sa musique mêle rock, jazz, rhythm and blues, gospel et Brill Building Pop.
Son nom de scène vient de son souhait d'éviter un rapprochement avec le mot negro, et de rendre hommage à sa ville natale New York (d'où le Ny).
Elle est surtout connue pour ses compositions interprétées par d'autres, ou écrites spécialement pour d'autres, notamment le groupe The 5th Dimension (« Wedding Bell Blues », « Stoned Soul Picnic », « Sweet Blindness »), Blood, Sweat and Tears (« And When I Die »), Three Dog Night (« Eli's Coming ») ou Barbra Streisand (« Stoney End »). Elle a eu une influence profonde sur de nombreux artistes apparus au cours des décennies suivantes — des femmes en premier lieu, mais aussi des hommes. Elle est en outre l'une des premières femmes à maîtriser tous les stades de l'élaboration et de l'interprétation de sa musique, ce qui lui confère une forme inédite d'indépendance.
En 2012, elle intègre à titre posthume le Rock and Roll Hall of Fame.
Laura Nyro naît et grandit dans le quartier du Bronx, à New York, dans une famille où se côtoient les religions catholique et juive et deux nationalités d'origine (italienne et russe). Elle doit son prénom au thème d'un film d'Otto Preminger intitulé Laura. Son père, Louis Nigro, est trompettiste de jazz et accordeur de pianos. Sa mère Gilda (née Mirsky) est comptable. Elle affectionne la musique de Claude Debussy ou Maurice Ravel, ainsi que la voix de Leontyne Price. Dans son voisinage, différentes cultures cohabitent : celles des Portoricains, des Irlandais, des Juifs et des Italiens.
Elle décrit son enfance dans le magazine Life en 1970 : « J'ai toujours chanté, depuis que les sons s'offrent à moi. Et j'ai toujours écrit de courts poèmes, puis j'ai commencé à composer de petites mélodies vers huit ou neuf ans ».
Elle écrit sa première composition musicale à l'âge de six ou sept ans, intitulée Indian Song. La famille possède jusqu'à la fin des années 1950 un piano Steinway vieux de 75 ans, avec lequel Laura et son frère de trois ans son cadet apprennent à jouer. Laura pratique principalement en autodidacte : elle arrête vite les cours de piano, se sentant trop contrainte par son professeur. Elle apprend également la guitare. Elle chante pour la première fois en public dans les concerts d'été des Catskills à l'âge de dix ans.
Laura Nyro s'inspire du style doo-wop des années 1950, et monte un groupe avec d'autres jeunes pour chanter a cappella dans une station de métro. À l'adolescence (vers 1964), ses goûts musicaux privilégient les femmes afro-américaines, notamment Patti LaBelle, The Orlons, Martha and the Vandellas, Nina Simone, Billie Holiday. Elle admire en outre Curtis Mayfield, Joan Baez, ou encore dans le milieu du jazz, John Coltrane et Miles Davis. Peu avant sa mort, Laura Nyro décrivait ses passions musicales de ces années de formation comme « un confluent de différents genres musicaux ».
1966-1967 : Premiers enregistrements
À 17 ans, Laura Nyro quitte la High School of Music and Art de Manhattan, avant la fin de son cursus, pour vivre de sa musique. En 1966, elle joue pour la première fois dans un studio d'enregistrement et impressionne Jerry Schoenbaum, directeur du label Verve : « ses mélodies [étaient] si étranges, et se différenciaient de ce qui se faisait à cette époque — les mesures, les suites d'accords, les textes, tout était inhabituel ». Et bien que Laura Nyro refuse alors de jouer autre chose que ses propres compositions, son premier disque, co-produit avec Herb Bernstein, restera le seul pour lequel elle accepte de céder à des compromis suggérés par ce dernier (« Si tu changes de tempo toutes les 30 secondes, tu vas perdre l'auditeur lambda »). C'est également le seul disque sur lequel elle n'effectue pas elle-même les prises de son du piano, la tâche étant confiée au musicien de studio Stan Free. Elle fait preuve d'une grande volonté pour faire valoir ses œuvres. À cette époque une telle attitude était hors-normes dans l'industrie musicale, et plus encore pour une femme, comme l'explique Janis Ian (Society's Child) : « En tant que chanteuse, on n'aurait guère pu penser de toi que tu saches en plus jouer d'un instrument ; personne ne s'attendait à ce que tu composes tes chansons toi-même, ou que tu guides les musiciens de studio. Tout ça, c'était prévu pour les gars ». [réf. nécessaire] L'enregistrement sort en février 1967 sous le titre More Than a New Discovery. Ses titres sont rarement diffusés à la radio dans la région de New York, mais le sont davantage en Floride et sur la côte Ouest en général. Il s'agit notamment des titres Wedding Bell Blues et And When I Die.
Dans la foulée de ce succès, au début de l'année 1967, Laura Nyro donne une série de concerts à San Francisco, dans un coffee shop appelé le « hungry i », puis est invitée au Monterey Pop Festival pour le 17 juin 1967 par son coorganisateur Lou Adler. Elle joue le second jour, entre les Byrds et Jefferson Airplane, quatre de ses plus grands titres. Contrairement à ses habitudes, elle ne s'assoit pas au piano et est soutenue par deux membres noirs du groupe vocal Hi Fashions. Elle se tient à côté d'eux sur la scène et est aussi accompagnée des six grandes figures du big band du festival. Les deux choristes au fond portent des robes de cocktail bleu sombre, Nyro porte une robe noire aux genoux avec une épaule libre et sur l'autre un voile de tissu. Ces aspects acoustiques comme visuels deviennent habituels tout comme les pantalons à pattes d'éléphant ou les ponchos avec des chaînes de clochettes. Les comptes-rendus de Monterey évoquent une huée à la fin de sa performance, laquelle n'est pourtant pas audibles sur les enregistrements vidéo publiés en 1997 dans Monterey Pop: The Lost Performances.Pour le chercheur Andy Arleo, ses difficultés s'expliquent par son style trop éloigné des autres artistes du festival, la programmation faisant la part belle au rock psychédélique. En outre elle connaît à peine les musiciens qui l'entourent, lesquels ont du mal à suivre ses arrangements audacieux. Sa performance aurait ainsi été perçue comme la résurgence incongrue d'un style désuet de rock 'n' roll, selon le magazine Life.
Désormais, elle ne désire plus jouer « devant des masses de vendeurs de voitures qui boivent beaucoup et discutent durant les chansons ».
La rencontre avec David Geffen
Après Monterey, elle entre dans une phase dépressive : elle ressent son entrée en scène comme un échec, tandis que son premier album est un échec commercial.
Monterey pousse toutefois le producteur David Geffen à se pencher sur sa carrière. La combinaison semble a priori étonnante entre la chanteuse introvertie, fragile, hostile à la musique mainstream, et le jeune producteur de 24 ans à qui tout réussit. Geffen négocie son départ de Verve avec Artie Mogull, son premier manager, qui a engagé la chanteuse alors qu'elle était encore mineure. Geffen rachète ses premiers titres pour 470 000 $. Geffen et Nyro établissent une nouvelle compagnie de musique : Tuna Fish Music. Cette collaboration permet à Nyro d'acquérir une grande autonomie artistique, rare à l'époque. Elle signe grâce à lui un nouveau contrat d'enregistrement avec Clive Davis chez Columbia Records, où d'autres artistes qu'elle admire comme Miles Davis et Bob Dylan ont signé. Geffen insiste sur la nécessité que les personnes impliquées travaillent uniquement pour elle et avec elle, sans chercher à lui imposer une direction artistique. Ce changement de producteur permet à Laura Nyro d'accéder à un meilleur rendu sonore. Chaque instrument est enregistré sur une piste sonore isolée ; elle joue d'abord au piano et pose sa voix, puis indique ensuite ses attentes aux musiciens. Laura Nyro n'a pas appris le solfège et évoque la musique comme un ensemble de couleurs, de nuances de sons. Elle explique à Life en 1970 qu'elle a notamment demandé à ses musiciens de jouer en s'inspirant d'Indiens partant en guerre. Cela lui permettait d'avoir son propre langage.