Ce Jour-là

La Chronique de Nuremberg

Livre de Hartmann Schedel

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La Chronique de Nuremberg (en latin : Liber chronicarum et en allemand : Die Schedelsche Weltchronik) est un livre publié en Allemagne en 1493. C'est une paraphrase biblique sous forme de chronique universelle encyclopédique incluant des histoires de plusieurs villes européennes. Écrit en latin par Hartmann Schedel avec une version en allemand traduite par Georg Alt, c'est l'un des incunables les mieux documentés, le mieux conservé et l'un des premiers à intégrer avec succès textes et images.

Compilé à partir de nombreux textes anciens ou contemporains à l'auteur, le livre prétend raconter l'histoire du monde, en se basant sur le Livre de la Genèse puis sur les faits ayant eu lieu depuis la naissance de Jésus-Christ à nos jours. Il offre par ailleurs de nombreuses illustrations représentant des villes européennes ainsi que la première carte imprimée d'Allemagne.

Selon l'usage de l'époque, le livre ne comportait pas de page de titre.

Les spécialistes latinistes l'appellent le Liber chronicarum (« livre des chroniques ») car cette expression apparaît dans l'introduction de l'index de l'édition latine. Les germanophones l'appellent Die Schedelsche Weltchronik (« L'histoire du monde de Schedel ») en hommage à son auteur, tandis que, dans les autres langues telles le français, l'espagnol et l'anglais, cet ouvrage est appelé « La (ou les) Chronique de Nuremberg » en référence à l'endroit où le livre a été publié et à l'origine des artistes y ayant collaboré. Cette onomastique peut porter à confusion, le livre ne traitant pas de Nuremberg mais de l'histoire entière du monde : le titre complet de la traduction originale est en fait « Das buch der Chroniken vnnd geschichten mit figuren vld pildnussen von Anbeginn der welt biss auff dise vnsere Zeyt », soit littéralement « Le livre des chroniques et histoires avec figures et illustrations depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours ». D'ailleurs, Chronique universelle de Schedel est également un titre souvent employé en Europe.

Deux marchands de Nuremberg, Sebald Schreyer (1446-1503) et son beau-frère Sebastian Kammermeister (1446-1520), firent d'abord la commande de la version latine des Chroniques à Hartmann Schedel, avant d'en faire également une en version allemande à George Alt (1450-1510), un scribe du ministère des finances de Nuremberg. Les deux éditions furent imprimées dans cette ville par Anton Koberger. Les contrats furent enregistrés par des scribes, liés dans des volumes et déposés aux archives de la ville. Le premier contrat, de décembre 1491, établissait la relation entre les illustrateurs et les commanditaires : les peintres Michael Wolgemut et Wilhelm Pleydenwurff, parmi les plus grands artisans d'art de la ville, devaient fournir les maquettes de mise en page de la Chronique afin d'anticiper la production des gravures sur bois et de les préserver contre la piraterie. Schreyer et Kammermeister accordèrent une avance de 1 000 florins pour le papier, les coûts d'impression, la distribution et la vente du livre. Un second contrat, entre les commanditaires et l'imprimeur, datant de mars 1492, stipulait les conditions de l'acquisition du papier et la gestion de l'impression. Les blocs et l’archétype devaient être remis aux commanditaires une fois l'impression terminée. Le livre comporte au total 1 809 gravures produites à partir de 645 blocs de bois.

L'auteur du texte, Hartmann Schedel, était un médecin, humaniste et collectionneur de livres. Il obtint un doctorat en médecine à Padoue en 1466 avant de s'installer à Nuremberg pour pratiquer sa profession et collectionner des livres. À Nuremberg, haut lieu de l'humanisme, il est en « relation avec les esprits les plus éminents de son temps ». Selon un inventaire effectué en 1498, sa bibliothèque personnelle contenait 370 manuscrits et 670 livres imprimés. Schedel s'inspira de passages des œuvres classiques et médiévales de sa collection pour composer le texte des Chroniques. Il emprunta plus particulièrement des textes d'une autre chronique humaniste, Supplementum chronicarum, de Jacopo Filippo Foresti de Bergame et de sources italiennes (Bartolomeo Sacchi, Piccolomini, Pétrarque, Boccace, etc.) et françaises (Vincent de Beauvais). On estime qu'environ 90 % du texte de son ouvrage est composé de différentes parties d'autres œuvres portant sur la littérature, les sciences, la philosophie et la théologie, tandis que les 10 % restant seraient de sa propre composition. Michael Haitz, qui fait figure d'autorité sur le sujet estime lui qu'il s'agit d'un plagiat, considérant que Schedel a non seulement copié le fond mais la forme, ce que tempère Füssel. Le monogramme de Hartmann Schedel, « ·HA·S·D· » n'apparaît que dans la version latine, à la fin du « Sixième Âge ».

Nuremberg était l'une des plus grandes villes du Saint-Empire romain germanique dans les années 1490, avec une population d'environ 45 à 50 000 habitants. Le conseil de la ville était constitué de trente-cinq familles patriciennes et contrôlait tout ce qui avait trait à l'imprimerie et à l'artisanat, délimitant jusqu'à la taille et la qualité de chaque corps de profession, et la quantité et le type de biens produits. Bien que dominée par une aristocratie conservatrice, Nuremberg était le centre de l'humanisme du nord. Anton Koberger, imprimeur des Chroniques de Nuremberg, avait imprimé son premier livre humaniste dans la ville en 1472. Sebald Shreyer, l'un des patrons de l'ouvrage, avait déjà fait des commandes de peintures mythologiques classiques pour le grand salon de sa demeure. Hartmann Schedel, l'auteur, était un avide collectionneur d'œuvres humanistes allemandes et de la Renaissance italienne. Hieronymus Münzer, qui a assisté Schedel dans l'écriture du chapitre sur la géographie, faisait partie de ce groupe, de même qu'Albrecht Dürer et Johann et Willibald Pirckheimer.

La Chronique de Nuremberg fut publiée pour la première fois en latin le 12 juillet 1493, à Nuremberg. Rapidement suivie de sa version allemande le 23 décembre 1493, on estime à entre 1 400 et 1 500 le nombre d'exemplaires imprimés en latin et entre 700 et 1 000 ceux imprimés en allemand. Un document de 1509 rapporte que 539 exemplaires en latin et 60 en allemand n'ont pas été vendus. Environ 400 en latin et 300 en allemand ont survécu. Les plus grandes illustrations, comme elles étaient tirées à part, étaient par ailleurs également vendues séparément en tant qu'estampes, et se trouvaient souvent rehaussées à l'aquarelle. Plusieurs exemplaires du livre nous sont parvenus rehaussés, quoiqu'avec une qualité de coloration variable ; certaines colorations ont été ajoutées beaucoup plus tard, et certains livres ont été cassés, les estampes séparées pour être revendues. Le format d'impression des versions originales est le « Superregal »

L'éditeur et imprimeur était Anton Koberger, le parrain d'Albrecht Dürer, qui, l'année de la naissance de ce dernier (1471), cessa d'être orfèvre pour exercer le métier du livre. Il devint vite l'éditeur ayant le plus réussi en Allemagne, dont l'atelier comptait à son apogée un nombre important pour l'époque d'apprentis, soit une centaine (typographes, correcteurs, enlumineurs, relieurs, graveurs, etc.), et regroupant jusqu'à 24 presses et ouvrant plusieurs filiales dans le pays et à l'étranger, notamment à Lyon et Budapest.

Le grand atelier de Koberger fournit un nombre sans précédent de 1 809 illustrations, faisant des Chroniques « l'un des premiers travaux d'impression les plus densément illustrés et techniquement avancés. » Sebastian Kammermeister et Sebald Schreyer financèrent l'impression, selon un contrat daté du 16 mars 1492, bien que les préparations fussent déjà bien entamées depuis plusieurs années. On passa à Wolgemut et à son beau-fils Wilhelm Pleydenwurff des commandes d'illustrations en 1487-1488 — délivrées vers 1490 — puis, via un contrat datant du 29 décembre 1491, des maquettes de mise en page manuscrites avec textes et images.

Albrecht Dürer était un apprenti de Wolgemut de 1486 à 1489, et il est possible qu'il eut participé à l'élaboration de certaines illustrations pour les artisans spécialistes qui graveraient les bois correspondants. Un dessin de Wolgemut pour le frontispice, daté de 1490, est conservé dans le British Museum[réf. nécessaire].

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