Ce Jour-là

L'Enfant et les Sortilèges

Fantaisie lyrique en deux parties composée par Maurice Ravel en collaboration avec Colette

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L'Enfant et les Sortilèges est une fantaisie lyrique en deux parties composée par Maurice Ravel entre 1919 et 1925, en collaboration avec Colette qui en a écrit le livret (intitulé initialement Ballet pour ma fille). Il s'agit de la seconde et dernière fantaisie lyrique de Ravel, après L'Heure espagnole (1907).

Chef-d'œuvre d'orchestration, L'Enfant et les Sortilèges est parfois donné en version de concert en raison des contraintes techniques considérables de sa mise en scène. Il reste en outre rarement représenté dans le monde du fait de la difficulté de sa traduction depuis le français.

L'œuvre porte la référence M.71 dans le catalogue des œuvres du compositeur établi par le musicologue Marcel Marnat.

Ravel et Colette, âgés respectivement de 25 et 27 ans, se rencontrèrent pour la première fois en 1900 dans le salon musical de Marguerite de Saint-Marceaux que fréquentent également Claude Debussy et Gabriel Fauré. Le contact fut plutôt froid avec un Ravel intimidé dont Colette nota « [l'] air distant » et le « ton sec ». Cependant elle avoua éprouver pour sa musique un « attachement auquel le léger malaise de la surprise, l'attrait sensuel et malicieux d'un art neuf ajoutaient des charmes ». Quatorze années passèrent avant que les chemins des deux artistes ne se croisent à nouveau. En 1914, Colette fut sollicitée par Jacques Rouché, directeur de l'Opéra de Paris, pour écrire un livret de ballet-féerie. Elle rédigea alors en moins de huit jours un court poème en prose qu'elle intitula Ballet pour ma fille, et le présenta à un Rouché enthousiaste.

« Il aima mon petit poème, et suggéra des compositeurs dont j'accueillis les noms aussi poliment que je pus. — Mais, dit Rouché après un silence, si je vous proposais Ravel ? Je sortis bruyamment de ma politesse, et l'expression de mon espoir ne ménagea plus rien. — Il ne faut pas nous dissimuler, ajouta Rouché, que cela peut être long, en admettant que Ravel accepte… »

Rouché avait vu juste : la genèse de l'œuvre fut longue et difficile. Ravel en accepta le livret mais dut bientôt partir pour le front, en 1916, près de Verdun.

« Où travaillait Ravel ? Travaillait-il ? Je n’étais point au fait de ce qu’exigeait de lui la création d’une œuvre, de la lente frénésie qui le possédait et le tenait isolé, insoucieux des jours et des heures. La guerre prit Ravel, fit sur son nom un silence hermétique, et je perdis l’habitude de penser à L’Enfant et les sortilèges. »

L'année 1917, au cours de laquelle mourut la mère du compositeur, fut marquée par la composition du Tombeau de Couperin, seule œuvre composée au cours d'une période extrêmement douloureuse pour le musicien qui se mura dans l'isolement. Ce n'est qu'au début de 1919 que Ravel sortit de son silence :

Dans le même temps que vous manifestiez devant Rouché le regret de mon silence, je songeais, du fond de mes neiges, à vous demander si vous vouliez encore d'un collaborateur aussi défaillant. L'état de ma santé est ma seule excuse : pendant longtemps, j'ai bien craint de ne pouvoir plus rien faire. Il faut croire que je vais mieux : l'envie de travailler semble revenir. Ici, ce n'est pas possible ; mais, dès mon retour, au commencement d'avril, je compte m'y mettre, et commencer par notre opéra. À la vérité, j'y travaille déjà : je prends des notes, sans en écrire une seule, je songe même à des modifications... N'ayez pas peur : ce n'est pas à des coupures ; au contraire. Par exemple : le récit de l'écureuil ne pourrait-il se développer ? Imaginez tout ce que peut dire de la forêt un écureuil, et ce que ça peut donner en musique ! Autre chose : que penseriez-vous de la tasse et de la théière, en vieux Wegwood (sic) noir, chantant un ragtime ? J'avoue que l'idée me transporte de faire chanter un ragtime par deux nègres à l'Académie Nationale de Musique. La forme, un seul couplet, avec refrain, s'adapte parfaitement au mouvement de cette scène : plaintes, récriminations, fureur, poursuite. Peut-être m'objecterez-vous que vous ne pratiquez pas l'argot nègre-américain. Moi qui ne connais pas un mot d'anglais, je ferais comme vous : je me débrouillerais. Je vous serais reconnaissant de me donner votre opinion sur ces deux points, et de croire, chère Madame, à la vive sympathie artistique de votre dévoué

— Lettre à Colette, 27 février 1919.

Après que Raoul Gunsbourg, directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, lui eut fait signer un contrat, Ravel se mit activement au travail. L’œuvre, achevée en 1924, fut créée le 21 mars 1925 à l'Opéra de Monte-Carlo sous la direction du chef d'orchestre et compositeur Victor de Sabata.

L’œuvre est écrite pour un orchestre symphonique auquel s'ajoutent une flûte à coulisse, des crotales, un fouet, une crécelle, une râpe à fromage, des wood-blocks, un éoliphone (imitation du vent) et un luthéal.

Les divers moments, les sortilèges qui font vivre les meubles et parler les animaux, sont en fait des pastiches de divers styles de musique : par exemple, pour le fauteuil et la bergère, un menuet à l'harmonie dissonante, ou un mouvement de polka pour l'arithmétique.

Si l'orchestre ne dispose pas de luthéal, un piano à queue peut être utilisé à la place, et pour imiter le son d'un clavecin, des feuilles de papier doivent être placées sur les cordes du piano du côté droit.

L'œuvre fut créée le 21 mars 1925 à l'Opéra de Monte-Carlo, sous la direction orchestrale de Victor de Sabata avec Marie-Thérèse Gauley dans le rôle de l'Enfant (au lieu de Fanny Heldy initialement prévue mais empêchée), dans une chorégraphie de George Balanchine et avec des décors d'Alphonse Visconti (1856-1941).

La première parisienne eut lieu le 1er février 1926 à l'Opéra-Comique, sous la direction orchestrale d'Albert Wolff, avec Marie-Thérèse Gauley dans le rôle de l'Enfant.

L'opéra arriva en Belgique le 11 février 1926, à La Monnaie à Bruxelles, sous la direction orchestrale de Léon Molle, avec Livine Mertens dans le rôle de l'Enfant.

La première représentation à l'Opéra de Paris se tint le 17 mai 1939, sous la direction orchestrale de Philippe Gaubert, avec Jacqueline Courtin dans le rôle de l'Enfant, avec une chorégraphie et mise en scène de Serge Lifar et des décors et costumes de Paul Colin.

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