Vincenzo Gioacchino Pecci, né le 2 mars 1810 à Carpineto Romano près de Rome, alors rattachée aux territoires annexés formant les 130 départements du Premier Empire français, et mort le 20 juillet 1903 à Rome (Italie), est un ecclésiastique italien, 256e pape de l’Église catholique, élu le 20 février 1878 sous le nom de Léon XIII (en latin Leo XIII).
Son pontificat qui dura plus de vingt-cinq ans compte parmi les plus longs de l’histoire de la papauté, après ceux de Pie IX et de Jean-Paul II. Il est le premier pape à avoir exercé son ministère sans la souveraineté sur les États pontificaux, supprimés en 1870.
Léon XIII est l’auteur de 86 encycliques, par lesquelles il s’attache à définir la position de l’Église catholique face au monde moderne.
Parmi elles la plus célèbre, Rerum novarum, publiée en 1891, est considérée comme le texte fondateur de la doctrine sociale de l'Église catholique. Il y affirme le droit des travailleurs à un salaire juste, à des conditions de travail sûres et à la formation de syndicats, tout en réaffirmant le droit à la propriété privée et à la libre entreprise. Par cette approche il se distingue tant du socialisme que du capitalisme, proposant une troisième voie fondée sur la justice sociale et la dignité de la personne humaine. Léon XIII considère l’action pastorale au sein de la société comme une mission essentielle de l’Église, appelée à défendre les droits et la dignité de chaque individu.
Avec l'encyclique Æterni Patris, le pape donne également un nouvel essor au thomisme, le système philosophique et théologique de Thomas d'Aquin, qu’il érige en référence intellectuelle de l’Église. Afin d’en encourager l’étude et la diffusion il crée la Commission léonine.
Par l'encyclique Providentissimus Deus publiée en 1893, il donne une impulsion aux études bibliques.
Léon XIII manifeste aussi une grande dévotion mariale : il consacre onze de ses encycliques au rosaire et approuve la création de deux nouveaux scapulaires mariaux.
Son tombeau se trouve dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de Rome.
Naissance et origines familiales
Vincenzo Gioacchino Pecci naît le 2 mars 1810 au palais Pecci à Carpineto Romano, de l'union du comte Domenico Lodovico Pecci (1767–1833) et de la comtesse Anna Francesca Prosperi-Buzzi (1773–1824). Il est le sixième d'une fratrie de sept. Son frère aîné Giuseppe Pecci deviendra cardinal ; son plus jeune frère, Ferdinand, meurt prématurément de la scarlatine pendant ses études au séminaire.
Vincenzo Gioacchino Pecci est baptisé dans la chapelle privée du palais familial par l'évêque d’Anagni, Gioacchino Tosi. Il reçoit les prénoms de Vincenzo Gioacchino en hommage à saint Vincent Ferrier, sous le patronage duquel la chapelle est placée ; dans sa vie cléricale il utilise le prénom Gioacchino.
La famille Pecci, d’origine patricienne, est attestée dès 1531, lorsque Antonio Pecci, un ancêtre à la onzième génération, acquiert un domaine dans les monts Lépins, dépendant de Carpineto Romano. Ses descendants y demeurent plus de quatre siècles. À partir du XVIIIe siècle, plusieurs membres de la lignée exercent des fonctions ecclésiastiques, tels qu’un auditeur de la Rote romaine, un protonotaire apostolique et un administrateur de la Chambre apostolique.
Formation et débuts ecclésiastiques
En octobre 1818, à l'âge de huit ans,Vincenzo Gioacchino Pecci est confié avec son frère, Giuseppe, aux jésuites du collège de Viterbe, avant d'entrer en 1824 au Collegium romanum de Rome. Vincenzo se fait remarquer par sa maîtrise précoce du latin. Ses professeurs rapportent que dès l’âge de douze ans il écrivait couramment en prose et en vers « avec une facilité et une élégance merveilleuses pour son âge » et en 1825 lors du Jubilé, il est chargé de réciter en latin un compliment au pape Léon XII lors de l'audience accordée aux élèves du Collegium romanum à cette occasion.
Il reçoit une formation en rhétorique, philosophie, mathématiques et physique. Pendant ses études, il loge chez son oncle, Antonio Pecci (rue de l’Aracoeli) et subvient à ses besoins en travaillant comme répétiteur de philosophie au Collège germanique. Il y côtoie notamment Barnaba Tortolini (en), alors répétiteur en mathématiques et physiques. Vincenzo Gioacchino Pecci fréquente également l'université la Sapience.
En 1830, il se distingue dans une dispute publique en latin sur des questions théologiques au Collège romain. Il attribue son succès à son maître, le père Jean Perrone. En 1831, à l'âge de 21 ans, il obtient un doctorat en théologie.
Le 15 décembre 1832, après avoir prouvé ses origines nobles, il est admis à l'Académie des nobles ecclésiastiques qui prépare les futurs diplomates du Saint-Siège. Il devient alors pensionnaire du palais Severoli mais pendant ses congés il retourne à Carpineto Romano où il pratique la chasse, l’alpinisme, le jardinage et la culture de la vigne, loisirs auxquels il attribuera plus tard sa longévité.
En janvier 1833, il rencontre pour la première fois le pape Grégoire XVI lors d'une audience accordée aux élèves de l'Académie des nobles ecclésiastiques.