Ce Jour-là

Léon VI le Sage

Empereur byzantin de 886 à 912

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Léon VI, dit le Sage (grec : Λέων ΣΤʹ ό Σοφός), né le 19 octobre 866 et mort le 11 mai 912, est un empereur byzantin du 29 août 886 à sa mort.

Surnommé « le Sage » à cause de ses travaux dans les domaines du droit et de l'art militaire, il fut l'élève du savant patriarche Photios Ier de Constantinople.

Le règne de Léon VI intervient dans une période relativement bien couverte par les sources documentaires. Toutefois, leurs biais sont parfois sensibles. Patricia Karlin-Hayter a notamment souligné que deux textes ont longtemps exercé une influence disproportionnée sur l'historiographie du règne : la chronique de Syméon le Logothète et la Vie d'Euthyme. Le premier présente un portrait largement hostile de Léon, tandis que le second, favorable au patriarche Euthyme, accorde une place prépondérante aux difficultés matrimoniales du souverain. Ces deux traditions, malgré leurs orientations différentes, tendent ainsi à réduire le règne à une succession de conflits personnels et religieux, au détriment de l'action politique et administrative de l'empereur.

La Vie d'Euthyme constitue une source particulièrement importante pour les relations entre Léon VI et le patriarcat. Composée après les événements qu'elle rapporte, elle fournit de nombreux renseignements sur les relations personnelles du souverain, ses mariages, les rivalités de cour et la crise de la tétragamie. Toutefois, son objectif principal consiste à défendre la réputation d'Euthyme. Léon y apparaît fréquemment comme un souverain dominé par ses passions, recherchant auprès du moine une autorité morale capable de le guider. Ce portrait doit donc être confronté à d'autres témoignages.

La chronique de Syméon le Logothète propose une représentation sensiblement différente, mais également problématique. Elle insiste sur les fautes personnelles de Léon, ses conflits familiaux et les échecs de son gouvernement. Karlin-Hayter considère que son orientation hostile conduit à écarter systématiquement les informations susceptibles de présenter l'empereur sous un jour favorable. La confrontation de cette tradition avec la Vie d'Euthyme montre que les divergences entre les sources ne portent pas seulement sur les faits rapportés, mais également sur leur sélection et leur signification.

D'autres œuvres historiques permettent de compléter cette documentation. La Continuation de Théophane, compilée au Xe siècle dans l'entourage de Constantin VII, et la chronique de Jean Skylitzès, rédigée au XIe siècle, transmettent des récits relatifs aux règnes des premiers empereurs macédoniens. La première reste marquée par le contexte de sa production, largement influencée par Constantin et donc favorable aux empereurs macédoniens.

Léon VI présente la particularité d'avoir laissé un ensemble important de textes associés à son nom. Ses novelles, les Basiliques, les Tactica et ses homélies permettent d'étudier son gouvernement. Leur attribution à Léon VI peut recouvrir des situations diverses, depuis la composition personnelle jusqu'à la supervision d'entreprises collectives de rédaction et de compilation, tandis que l'application effective des principes énoncés est certainement relative.

Les sources matérielles et documentaires contribuent également à renouveler l'étude du règne, à l'instar de la numismatique.

L'évolution des interprétations historiographiques

L'historiographie traditionnelle a fréquemment porté un jugement sévère sur Léon VI. Les défaites militaires face aux Bulgares et aux Arabes, la prise de Thessalonique en 904, l'échec de l'expédition contre la Crète et les controverses provoquées par ses mariages ont contribué à construire l'image d'un souverain peu efficace, davantage préoccupé par les affaires religieuses et intellectuelles que par la défense de l'Empire. C'est ce qui ressort du changement sévère que lui porte Edward Gibbon, qui note le contraste entre son surnom de Léon le Sage ou le Philosophe et la réalité de son gouvernement. Cette interprétation repose en partie sur une comparaison défavorable avec Basile Ier, présenté comme un empereur énergique et victorieux, et avec les souverains militaires de la seconde moitié du Xe siècle. Longtemps, le règne de Léon n'a pas fait l'objet de réelle monographie, à l'exception de l'ouvrage du russe Nikolaï Popov, Император Лев VI Мудрый и его царствование в церковно-историческом отношении [L'Empereur Léon VI le Sage et son règne, étudiée d'un point de vue théologique] paru en 1892. Dans les grandes synthèses consacrées à l'histoire byzantine, notamment celles de George Ostrogorsky et d'Alexandre Vasiliev, le règne de Léon apparaît ainsi souvent comme une période de difficultés extérieures, malgré l'importance reconnue à son œuvre législative. Cette image a également été renforcée par les récits consacrés aux relations personnelles de Léon VI. Ces épisodes ont parfois conduit à présenter le souverain comme un personnage hésitant, influençable et incapable de maîtriser durablement son entourage. Une telle interprétation accorde cependant une importance considérable aux témoignages narratifs les plus hostiles et tend à négliger les contraintes institutionnelles auxquelles Léon devait faire face.

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs historiens ont entrepris de réexaminer cette représentation. Patricia Karlin-Hayter a joué un rôle important dans ce renouvellement en soulignant les limites des principales sources narratives et en contestant l'idée selon laquelle Léon VI aurait été un souverain systématiquement incapable dans le domaine militaire. Romilley Jenkins a aussi contribué à cette évolution, disant de Léon VI qu'il est un grand empereur mais que sa grandeur ne se mesure pas dans des victoires militaires spectaculaires mais dans tout un ensemble de mesures moins visibles mais durables et salutaires. Cette réévaluation a été approfondie par Shaun Tougher dans sa monographie The Reign of Leo VI (886–912): Politics and People, publiée en 1997. Tougher remet en question le portrait d'un souverain faible et négligent, en examinant les relations de Léon avec sa famille, ses conseillers, les dignitaires du palais et les autorités ecclésiastiques. Il insiste sur la capacité de l'empereur à développer un style de gouvernement distinct de celui de ses prédécesseurs, fondé sur l'exercice du pouvoir depuis Constantinople plutôt que sur le commandement personnel des armées. Léon apparaît ainsi comme un souverain lettré, attentif aux relations politiques et aux formes de légitimation impériale, dont l'action ne peut être évaluée exclusivement à partir de ses succès ou de ses échecs militaires. Cette approche ne conduit pas à nier les difficultés du règne. Les défaites militaires, les conflits ecclésiastiques et les rivalités de cour demeurent des éléments essentiels de son histoire. Les recherches récentes ont également accordé une importance croissante à la production intellectuelle de Léon VI. Paul Magdalino a replacé ses travaux dans un programme plus large d'organisation et de légitimation des savoirs, dont le développement se poursuit sous Constantin VII. Léon VI apparaît ainsi comme un acteur important de la culture politique associée à la Renaissance macédonienne.

Cette interprétation a été développée par Meredith L. D. Riedel dans Leo VI and the Transformation of Byzantine Christian Identity, publié en 2018. En étudiant conjointement les Tactica, les novelles et les homélies, Riedel souligne la cohérence des préoccupations religieuses qui traversent l'œuvre impériale. Selon elle, Léon cherche à définir les caractéristiques d'un Empire romain explicitement chrétien, notamment dans sa confrontation avec les puissances musulmanes. Le souverain apparaît alors moins comme un simple compilateur que comme un acteur de la transformation de l'identité politique et religieuse byzantine.

L'importance accordée à ces textes conduit toutefois à une difficulté méthodologique : la représentation idéale du pouvoir élaborée dans les œuvres impériales ne correspond pas nécessairement aux pratiques effectives du gouvernement. La mise en valeur de la piété, de la sagesse et de la justice peut relever autant de la construction d'une image officielle que de convictions personnelles. Les recherches contemporaines tendent donc à confronter l'analyse de l'idéologie impériale à celle des décisions politiques, des institutions et des contraintes militaires. Cette démarche permet d'éviter aussi bien le portrait traditionnel d'un empereur incapable que celui d'un réformateur dont les intentions auraient été systématiquement traduites dans les faits.

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