Ce Jour-là

Léon Mba

Président de la République gabonaise (1961-1967)

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Léon Mba, né le 9 février 1902 à Libreville et mort le 28 novembre 1967 à Paris 16e, est un homme d'État gabonais, premier président de la République gabonaise de 1961 à 1967.

Personnage complexe, Léon Mba est un homme aux multiples facettes. Issu d'une famille Fang, christianisée et francophile, il est intégré dans l'Administration coloniale en 1924 comme chef de canton. En 1931, condamné pour malversation, il est exilé loin du Gabon, en Oubangui-Chari.

De retour au Gabon en 1946, son engagement aux côtés des communistes et du RDA de l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, ne lui vaut guère le soutien de l'administration qui lui préfère le député et résistant Jean-Hilaire Aubame. La donne change lorsque, dans les années 1950, le RDA est lavé de tout soupçon doctrinaire. Il gagne le soutien des puissants forestiers européens, notamment Roland Bru, et devient en 1956 le premier maire élu de Libreville.

En 1957, le Gabon élit pour la première fois un gouvernement. Les Gabonais ont le choix entre Léon Mba, le tribun local, et le député Jean-Hilaire Aubame, proche du Sénégalais Léopold Sedar Senghor. Aubame l'emporte dans les urnes mais s'incline devant Mba qui, par le biais de débauchages à l'assemblée, se porte à la tête du gouvernement. Démocrate en apparence, Léon Mba se révèle dans les faits être un quasi-dictateur. Avant même l'indépendance, il opère des arrestations politiques, restreint les libertés individuelles, arrange les élections, promeut un culte autour de sa personnalité. Pourtant son vœu le plus cher n'est alors pas l'indépendance, mais la départementalisation de son pays, qu'il se voit refuser par le général De Gaulle. Contre son gré, il proclame cette indépendance le 17 août 1960 en sa qualité de Premier ministre.

En 1961, alors qu'il est élu président de la République en tant que candidat unique, une nouvelle constitution lui accorde pratiquement tous les pouvoirs. Son objectif est alors l'instauration du monopartisme lorsqu'en 1964 il est renversé par un coup d'État bénéficiant à son opposant démocrate Jean-Hilaire Aubame. La France, au nom des accords de coopération la liant au Gabon, le ramène militairement au pouvoir. Le Gabon passe sous la tutelle directe de Paris, Mba n'est plus apte à gouverner ; physiquement diminué, paranoïaque, son régime vacille. Son état de santé le force à laisser dès 1965 l'exercice du pouvoir à Albert-Bernard Bongo. Réélu, pour la forme, président en 1967, il meurt le 27 novembre de la même année.

D'ethnie fang, Léon Mba naît le 9 février 1902 à Libreville dans une famille francophile. Son père, Ysidore Minko-Mi-Edang, petit gérant de commerce, aurait été un temps le coiffeur de Pierre Savorgnan de Brazza. Sa mère, Louise Bendome, était couturière. Tous deux sont allés à l'école et furent parmi les premiers couples « évolués » de Libreville. En 1909, il entre au séminaire de Libreville pour ses études. Brillant élève, il y obtient son brevet élémentaire.

À partir de 1920, il devient tour à tour employé de magasin, exploitant forestier, commerçant, puis entre dans l'administration coloniale française comme commis des douanes. S'il donne entière satisfaction à ses supérieurs, Léon Mba les inquiète cependant par « son militantisme en faveur de l'homme noir », plus particulièrement en faveur des Fangs. En septembre 1922, il écrit à Edmond Cadier, lieutenant-gouverneur du Gabon :

« Si d'un côté le devoir fondamental d'instruire les Pahouins concorde par su[r]croît avec les intérêts économiques, militaires et même politiques les plus évidents du Gabon, de l'autre côté leur accroissement en dignité humaine et l'augmentation de leur bien-être matériel, demeurent, Monsieur le Gouverneur, la légitimation première de l'autorité française sur eux ».

Ses remarques dérangent, et il en subit les conséquences en décembre 1922. Ayant commis un délit mineur en fournissant à un collègue des documents falsifiés, il est puni d'une peine de prison au lieu d'une simple amende. Il lui est également reproché sa polygamie et son manque de compréhension des mesures d'hygiène. L'ancien président a plusieurs épouses : deux gabonaises Pauline et Catherine MBA, puis deux Centrafricaines Jeanne Passera et Sophie Ingoubi.

Sous l'administration coloniale

En 1924 (ou 1926), Léon Mba est réhabilité par les autorités coloniales qui le désignent pour remplacer un défunt chef de canton de Libreville. Se revendiquant comme un meneur des jeunes intellectuels de Libreville, il néglige les conseils des anciens Fangs et gagne rapidement une réputation d'homme sévère. Il écrit d'ailleurs dans une lettre :

« Ayant mission de faire respecter l'ordre public et défendre l'intérêt général, je ne souffre pas qu'on transgresse les ordres reçus de l'Autorité que je représente. »

Léon Mba n'a pas une vision idéaliste de son poste ; il le conçoit comme un moyen pour s'enrichir. Ainsi, avec son collègue Ambamany, il utilise le service obligatoire des habitants du canton à des fins personnelles, pour couvrir leurs énormes dépenses. Bien qu'au courant de ces malversations, l'administration coloniale les « ignore ». Toutefois, à partir de 1929, il devient suspect auprès de l'administration qui intercepte une de ses correspondances avec Kouyaté, le secrétaire de la Ligue des droits de l'Homme, accusée d'être une alliée du Kominterm. Malgré cette réputation de pro-communiste, les autorités françaises ne s'opposent pas à sa désignation au poste de chef supérieur de l'Estuaire par ses collègues.

Durant ces années, selon toute vraisemblance, Léon Mba, devient un adepte du Bwiti auquel les Fangs sont tout particulièrement réceptifs. En 1931, des sectateurs du Bwiti sont accusés du meurtre d'une femme dont les restes sont découverts près du marché de Libreville. Accusé de complicité, même si sa participation au crime n'est pas prouvée, Léon Mba est destitué et est condamné à trois ans de prison et dix ans d'interdiction de séjour, pour les détournements d'impôts et les abus commis dans le traitement de la main-d'œuvre locale.

En détention en Oubangui-Chari, tout d'abord à Bambari puis à Bria, il continue d'exercer une influence chez les Fangs de sa région d'origine grâce à une correspondance avec ses compatriotes à Libreville. Inquiété par cette situation, le gouverneur-général Antonetti ordonne en 1934, qu'à la fin de sa peine carcérale, il soit placé sous surveillance en Oubangui-Chari.

Il profite de ces années d'exil pour transcrire les usages coutumiers du peuple Fang dans l'Essai de droit coutumier pahouin, qu'il publie en 1938, dans le Bulletin de la société des recherches congolaises. Cet ouvrage devient rapidement la référence obligée des juges coutumiers fangs. En 1939, l'ex-chef indigène est toujours persona non grata au Gabon, comme en témoigne cette lettre du chef de département de l'Estuaire, Assier de Pompignan :

« C'est que Léon M'Ba n'était pas seulement le chef qui s'était approprié pour des besoins personnels les deniers de la colonie. Il jouissait aussi aux yeux de ses congénères d'un prestige considérable qu'il tirait des pratiques de sorcellerie auxquelles il s'adonnait. Comme il était intelligent, il exploitait cette situation pour rançonner les gens qu'il avait charge d'administrer et qui le redoutaient ainsi que la camarilla dont il s'était entouré. Mais il savait, par contre, amadouer les représentants de l'autorité, endormir leur vigilance et capter leur confiance. C'est ce qui explique qu'il ait, des années devant, commis toutes sortes d'exactions sans jamais être autrement inquiété. »

Bien qu'en exil, Léon Mba est employé par les administrateurs locaux. Placé dans des fonctions subalternes et n'exerçant aucun pouvoir propre, il est un employé compétent et précieux. Grâce à des rapports élogieux, il est de nouveau perçu comme un élément indigène fiable sur lequel l'administration coloniale peut compter. En 1942, une réduction de peine lui est accordée.

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