Léon Bourgeois, né le 29 mai 1851 à Paris et mort le 29 septembre 1925 au château d’Oger (Marne), est un homme d'État français.
Issu d'une famille modeste et républicaine, Léon Bourgeois commence sa carrière dans l'administration, qu'il quitte après son élection à la Chambre des députés en 1888. Radical, il exerce ensuite plusieurs fonctions ministérielles.
En 1895, il est nommé président du Conseil des ministres, formant le premier gouvernement radical homogène, avec le soutien des républicains modérés. Il démissionne six mois après son investiture, en raison de la contestation de sa politique par le Sénat.
Législateur aguerri, il est l'un des rares hommes politiques à avoir présidé les deux chambres du Parlement français. Il est considéré comme l'inspirateur et le théoricien du solidarisme.
En 1920, il devient président du premier Conseil de la Société des Nations, ainsi que lauréat du prix Nobel de la paix.
Léon Bourgeois est le fils de Marie Victor Bourgeois, horloger, et Augustine Euphrosine Élise Hinoult. Il naît le 29 mai 1851 au 12 rue Saint-Louis-en-l'Île, à Paris. Il grandit dans une famille républicaine et commence ses études à l’institution Massin. Il entre en 1859 au lycée Charlemagne, dont il préside l'association des élèves. Après l’obtention de son baccalauréat ès lettres et ès sciences, il entre à la faculté de droit de Paris. Il se porte volontaire en 1870 pour défendre Paris. Brigadier-fourrier dans la légion d’artillerie, il est deux fois médaillé[réf. nécessaire] pour la défense du fort de l'Est. À la fin de la guerre, il reprend ses études. À vingt et un ans, il obtient sa licence de droit avec une thèse sur l’« acte public ». Léon Bourgeois a de multiples centres d’intérêt : la philosophie, l’art. Il se passionne notamment pour le sanskrit. En 1875, il rejoint le cabinet de l'avocat Albert Christophle ; la même année, il accède au poste de secrétaire de la conférence du stage. Il soutient sa thèse de doctorat — sur les chemins de fer à voie étroite et sur accotements — le 5 avril 1876.
Le 18 avril 1876, il se marie avec Virginie Marguerite Sellier, une Châlonnaise née cinq jours après lui. Son beau-père, Jules Auguste Eugène Sellier, est propriétaire-vigneron à Oger dans la Marne. La femme de Léon Bourgeois, rencontrée par l'intermédiaire de l'avocat et président du conseil général de la Marne Désiré Médéric Leblond, est issue d'une famille plus fortunée que lui. Ils auront deux enfants : Georges, né le 16 janvier 1877, et Hélène, née le 27 avril 1879.
En 1876, il préfère l’administration au métier d’avocat et intègre le ministère des Travaux publics, comme sous-chef du contentieux. C’est alors que Albert Christophle en est le ministre. Après la démission du ministère Simon, le président Mac Mahon nomme un gouvernement de droite dirigé par Albert de Broglie. De nombreux fonctionnaires sont alors révoqués au sein des ministères pour « républicanisme », Léon Bourgeois fait partie de ceux-ci. Lors des élections législatives qui suivent, il aurait fait campagne pour Albert Christophle dans l’Orne (dans la circonscription de Domfront).
Lorsque les républicains reviennent au pouvoir, Léon Bourgeois demande au ministère de l’Intérieur — par le biais de Christophle — à devenir secrétaire général de préfecture. Avec l’aide des relations de sa belle-famille et de Désiré Leblond, on lui trouve en décembre 1877 un poste à Châlons-sur-Marne, d’où est originaire sa femme, auprès du préfet de la Marne Paul Duphenieux. Soutenu à nouveau par Désiré Leblond, mais aussi par Eugène Courmeaux et l’ensemble du conseil général, dont son beau-père fut membre, il est nommé sous-préfet de Reims par Ernest Constans le 17 novembre 1880. À ce poste, il pacifie les relations tendues entre la municipalité rémoise et la préfecture. Durant l’été 1882, il est initié à la loge maçonnique « la Sincérité », membre du Grand Orient de France. Il devient après deux mois compagnon et maître. Cette ascension rapide est probablement due à sa nomination dans le Tarn où il ne devait pas être un simple apprenti.
Le 8 novembre 1882, il est officiellement nommé préfet du Tarn par Armand Fallières. Dans le Tarn, il fait d’abord face aux catholiques tarnais opposés au manuel scolaire Éléments d’éducation civique et morale de Gabriel Compayré, qui défend le mariage civil. Le clergé menace de ne pas communier les enfants utilisant ce manuel et l’ouvrage est mis à l’Index par le Vatican. En février 1883, Léon Bourgeois retire leur salaire à cinq prêtres et limoge le maire de Lavaur. De plus en plus d’enfants quittent l’école publique et Bourgeois révoque d’autres maires et prêtres. En juin 1883, un compromis est finalement trouvé entre le gouvernement et le clergé. Certains trouvent Bourgeois trop favorable aux républicains et il s’estimera plus tard « [avoir] été battu » lors de cet épisode.
Au mois de février 1883, une grève des mineurs éclate à Carmaux, dans le Tarn. La direction demande aux forces de l’ordre d’intervenir, mais Léon Bourgeois s’y oppose trouvant cette solution comme disproportionnée. Il juge qu’elle entraînerait une déception vis-à-vis de la République parmi les mineurs et les pousserait vers le socialisme. Préférant le dialogue et le droit à la force, il se place alors comme médiateur entre les ouvriers et les propriétaires des mines. Après quatre tentatives d’accord ayant échoué, Léon Bourgeois se rend à Paris pour rencontrer le conseil d’administration des mines, fait « insolite » pour l’époque. Voyant que la direction ne fera plus de concessions, il encourage les ouvriers à reprendre le travail après six semaines de grève. Il assiste à l’assemblée générale des grévistes, qui suivent son conseil et le remercient de son aide, malgré la faible augmentation des salaires. Pour son rôle pacificateur, les parlementaires du Tarn demandent que lui soit remise la Légion d’honneur, dans une lettre du 6 avril 1883 adressée au ministre de l’Intérieur Pierre Waldeck-Rousseau. Le 24 avril, il est nommé par décret chevalier de la Légion d’honneur et est décoré le 31 mai à Paris.
En raison de la maladie de son père qui décédera peu après, il demande en août 1883 à se rapprocher de la capitale. Lucien Pasquier, un ancien collègue, l’appuie pour le poste de secrétaire général de la Seine, qu’il avait lui-même décliné en raison de problèmes de santé. Trois jours après sa nomination, il entre en fonction le 22 octobre. À ce poste, il entretient des relations tendues avec le préfet Eugène Poubelle. Le 28 novembre 1885, il est nommé préfet de la Haute-Garonne et prend ses fonctions le 7 décembre ; il le reste jusqu’en novembre 1886. Il refuse d’être candidat aux législatives dans la Marne ainsi qu’une proposition de fonction à Annam. Il est ensuite affecté en tant que directeur du personnel et du secrétariat au sein du ministère de l’Intérieur à Paris ; moins d’un mois plus tard, il prend le poste de directeur des affaires départementales.
En janvier 1887, il devient assistant du président du Conseil René Goblet, sur le budget, en tant que conseiller d’État extraordinaire. Il est promu officier de la Légion d’honneur par un décret du 13 juillet. Il la reçoit de Louis Herbette le 27 août. Celui-ci lui propose le poste de préfet de police de Paris, mais il estime la fonction comme étant la « plus antipathique ». Il rejoint finalement la préfecture de police au mois de novembre, après la démission d’Arthur Gragnon à la suite du scandale des décorations. Cette affaire pousse également à la démission le président Jules Grévy et des manifestations ont lieu dans la capitale en parallèle de l’élection présidentielle. Léon Bourgeois y fait maintenir l’ordre « sans effusion de sang », mais son travail affecte sa santé.
À nouveau sollicité par les radicaux et les opportunistes marnais pour être député, Léon Bourgeois est candidat pour l’élection partielle du 26 février 1888, due à l’élection au Sénat de Camille Margaine. Opposé au cumul des fonctions, il promet renoncer à son poste de préfet de police s’il est élu. Atteint d’un « grave embarras gastro-intestinal » et toujours préfet, il effectue peu de déplacements dans le département. Les conservateurs ne lui opposent pas de candidat : ils estiment qu’à un an des élections et qu’étant minoritaires, un élu de plus ne changerait pas leur situation. Ils recommandent le vote blanc ou nul. Certains estiment qu’ils veulent laisser le champ libre au général Boulanger qui se présente dans plusieurs départements dont la Marne. Critiqué par Le Journal de la Marne, Léon Bourgeois insiste sur sa relative implantation locale : sur les cinq ans passés dans l’administration marnaise, mais aussi sur le prestige de sa belle-famille châlonnaise. Il est élu avec 48 050 voix, soit 65 % des suffrages, contre 16 167 au général Boulanger ; 9 695 bulletins portent sur d’autres noms.