Léon-Gontran Damas, né le 28 mars 1912 à Cayenne et mort le 22 janvier 1978 à Washington, DC, est un poète, écrivain et homme politique français.
Enfant d'un père guyanais et d'une mère martiniquaise, il grandit au sein de la classe aisée créole. Il a une scolarité brillante ce qui lui permet de poursuivre des études universitaires en droit puis en langues (russe, japonais et baoulé) à l'École des langues orientales de Paris. Là, il rencontre de nombreux intellectuels et artistes noirs de tous horizons et participe par cette émulation intellectuelle à l'émergence du mouvement de la Négritude.
Aux côtés d'Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor, il lutte contre l'assimilationnisme et critique le colonialisme. Il commence à écrire dans des revues parisiennes telles que La Revue du monde noir (1931-1932), puis publie son premier recueil de poèmes, Pigments, en 1937. Son œuvre la plus reconnue est le recueil Black-Label paru en 1956. Les thèmes principaux de ses œuvres sont la solitude, l'exil, la honte de l'assimilation et la critique de l'exotisme. Contrairement à ses pairs, il n'hésite pas à se consacrer exclusivement à la littérature et à demeurer plus libre dans ses propos qui sont par conséquent, plus virulents et teintés d'humour grinçant.
Il s'engage brièvement en politique et est député de Guyane de 1948 à 1951. Il est proche de la gauche marxisante de laquelle il est issu de par ses fréquentations parisiennes. Jusqu'à la fin de sa vie, il entreprend de nombreux voyages afin de promouvoir les cultures africaines et ainsi faire émerger un sentiment d'appartenance à une identité africaine.
Léon-Gontran Damas est généralement moins connu du grand public que Aimé Césaire ou Léopold Sédar Senghor mais reste une figure incontournable de la Négritude.
Léon-Gontran Damas naît le 28 mars 1912 à Cayenne, en Guyane, d'Ernest Damas, agent des travaux publics et Guyanais d'origine européenne et africaine, et de Marie Damas (née Aline), Martiniquaise d'origine amérindienne et africaine. Il est ainsi dit « mulâtre », c'est-à-dire un métis, statut qu'il revendique dans son recueil Black-Label en parlant des « trois fleuves [qui] coulent dans mes veines », ces fleuves étant ceux de ses origines amérindiennes, européennes et africaines. Le début de sa vie est marqué par trois disparitions successives. Tout d'abord, sa sœur jumelle Gabrielle meurt peu après leurs naissances. Puis, l'année suivante, c'est sa mère qui décède. Enfin, en 1914, sa grand-mère Bathilde meurt à son tour. Il sera, dès lors, recueilli par sa tante, Man Gabi. Le souvenir de la mise en bière de sa grand-mère fut pour lui un traumatisme qui pourrait être à l'origine du mutisme dont il est atteint jusqu'à l'âge de six ans. Il arrive en 1924 en Martinique où il intègre la sixième A au lycée Schœlcher de Fort-de-France et rencontre son ami et futur collègue Aimé Césaire.
Il poursuit ses études en métropole et devient interne au collège de Meaux en 1928. Il se retrouve seul et fait face aux stéréotypes comme en témoignent les propos du directeur de l'établissement à son encontre : « Si mon père était bagnard, je serais aussi blanc que vous... La Guyane est le dépôt des bagnards, mais la France en est bien la fabrique... ». En 1929, il s'installe à Paris pour y suivre des études de droit à l'université selon la volonté de sa famille qui désire qu'il devienne notaire. Il est un étudiant plutôt dilettante et s'inscrit, en parallèle, à l'École des langues orientales et suit divers cours de langue. Il désire apprendre le baoulé, mais aussi le russe pour lire Pouchkine dans la langue et le japonais afin de « mieux connaître le peuple nippon qu’on dit avoir du sang nègre dans les veines ». Il s'inscrit plus tard en faculté de lettres et étudie par la suite à l'Institut d'Ethnologie de Paris, puis à L’École pratique des hautes études.
En parallèle, il fréquente le salon de littérature de Paulette Nardal et y rencontre l'ensemble des diasporas noires présentes à Paris. C'est en 1930 qu'il fait la rencontre de son futur collègue de la négritude, Léopold Sédar Senghor. Le trio du mouvement est complet quand arrive Aimé Césaire en 1932. L'émulation artistique et intellectuelle est importante. Il vend Légitime Défense, périodique de ses amis René Ménil et Thélus Léro, et La Revue du monde noir de Léo Sajous (pl). Il fréquente Robert Desnos auprès duquel il diffuse de la poésie noire-américaine. Il y rencontre des artistes et poètes de tous horizons, s’intéresse au Surréalisme et au jazz exporté par des musiciens américains. On compte parmi ses proches, en plus de ceux cités précédemment, le poète martiniquais Gilbert Gratiant, l’Haïtien Jacques Roumain, l'Américain Langston Hughes, le Jamaïcain Claude McKay ou le Cubain Nicolás Guillén, formant cet ensemble de « la poésie noire présente à Paris. » Il y développe sa pensée et rejette le modèle assimilationniste de la colonisation tout en affirmant son identité noire. Ce qui le conduit à se brouiller avec sa famille qui, dès lors, lui coupe les vivres, l'obligeant à travailler comme barman, plongeur ou encore ouvrier.
Vers un engagement politique marqué (1934-1951)
Cinq de ses poèmes sont publiés dans la revue Esprit en 1934. Il crée, en 1935, aux côtés de Senghor et Césaire la revue L'Étudiant noir où il publie trois poèmes : Obsession, Pour Sur et Limbé(r). Il publie le premier ouvrage de la Négritude en 1937 avec son recueil de poèmes Pigments ; il y adopte un ton direct, simple, voire incisif à l'égard de la société coloniale de son temps. Ce qui lui vaudra, d'ailleurs, de voir son œuvre censurée aux prémisses de la Seconde Guerre mondiale. Daniel Maximin explique ainsi la poésie damassienne : « Partant du silence, il va essayer de forger des poèmes à partir de l’impossibilité de parler. C’est pour cela qu’il choisit la poésie, la parole essentielle. Il y a peu de mots, qu’il va falloir bien choisir, bien mettre en évidence, des mots coupés en morceaux. » La même année, il est choisi par le musée d’ethnographie du Trocadéro afin de mener une mission sur sa terre natale : la Guyane. De cette expérience naît un ouvrage publié en 1938 : Retour de Guyane, complété par deux articles parus en août et octobre de la même année puis par Misère Noire en juin 1939. L'analyse marxisante et la critique des élites noires guyanaises, notamment de la corruption et du discours assimilationniste tenu par ces derniers, lui valent l’antipathie de l'administration coloniale qui aurait tenté de faire disparaitre un nombre important d'ouvrages. Finalement le livre est censuré rétroactivement en 1939.
Il s'engage dans la Résistance en 1939 aux côtés de Jean-Louis Baghio'o et de Marguerite Duras. En 1943, il est arrêté, puis relâché le jour même, par la Gestapo. Après le conflit mondial, il est décoré pour son engagement . D'un point de vue privé, il épouse la Martiniquaise Isabelle Victoire Cécilia Achille en 1949. À l'instar d'Aimé Césaire et Léopold Senghor, il entre dès 1946 en politique en participant au « Mouvement de la renaissance guyanaise » avec René Jadfard afin de faire contrepoids aux idées assimilationnistes défendues par le célèbre Gaston Monnerville. Il est député de Guyane de 1948 à 1951 remplaçant son camarade René Jadfar mort dans un accident d'avion.. Un an après le début de son mandat, il est interviewé par Pierre Fromentin dans l'émission radiophonique Ainsi va le monde. Le député du nouveau département d'Outre-Mer (DOM), y est questionné sur la situation socio-économique de la Guyane. Il donne son sentiment sur le nouveau statut juridique et la nouvelle administration qui en découle mais également sur les perspectives sociales et économiques de ce territoire français d'Amérique du Sud. Il siège aux côtés de la SFIO marquant son attachement au socialisme et s'oppose farouchement à Gaston Monnerville, élu guyanais adhérant aux thèses assimilationnistes. En outre il critique la loi de départementalisation de 1946 qui fait de la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique des départements français. En 1950, il est nommé à la tête d'une commission d'enquête à la suite de la fusillade de Dimbroko en Côte d'Ivoire le 30 janvier 1950. Toutefois le Rapport Damas, accablant vraisemblablement les autorités coloniales et confortant Houphouët-Boigny, n'est pas publié.