Léon Campion, dit Léo Campion, né le 24 mars 1905 dans le 18e arrondissement de Paris, ville où il est mort le 6 mars 1992 dans le 15e arrondissement, est un personnage à multiples facettes, chansonnier, acteur, humoriste et caricaturiste, Régent du Collège de ’Pataphysique et Grand Maître de la Confrérie des Chevaliers du Taste Fesses, mais aussi franc-maçon, libre-penseur, objecteur de conscience, pacifiste, antimilitariste, libertaire et historien de l'anarchisme.
Il est l'auteur, en 1969, de l'ouvrage Les Anarchistes dans la franc-maçonnerie ou les Maillons libertaires de la chaîne d'union.
Le père de Léo Campion est belge et sa mère française (montmartroise, de nationalité belge à la naissance).
En 1923, Léo Campion est expulsé de France à l'issue d'une campagne menée contre lui par l'Action française : il est toujours de nationalité belge.
Il s'installe à Bruxelles où il rencontre le bouquiniste anarchiste et franc-maçon, Marcel Dieu alias Hem Day. Une rencontre qui marquera sa vie.
Il devient secrétaire de la Libre Pensée de Bruxelles et secrétaire de la section belge de l'Internationale des résistant(e)s à la guerre (IRG-WRI).
Premier objecteur de conscience avec Hem Day
« Le refus du service militaire est une assurance contre la mort, cette assurance sera viable dès qu'il y aura suffisamment d'assurés. »
En 1933, une figure de proue du parti libéral belge, Albert Devèze, ministre de la Défense nationale, dépose un projet de loi interdisant toute propagande pacifiste et toute diffusion d'idées antimilitaristes. Sans attendre, Léo Campion et Hem Day renvoient leurs livrets militaires. La réponse ne tarde guère, un mois après, Albert Devèze rappelle les deux hommes sous les armes par mesure de discipline ; ils doivent rejoindre leur unité. Ce qu'ils refusent de faire. Ils sont arrêtés quelques jours plus tard.
Le 19 juillet 1933, la foule se presse dans l'enceinte du tribunal militaire. Personne n'attend une condamnation, mais seulement une joute oratoire, les notes relatives au service militaire des prévenus sont bonnes et tout ce que l'on peut leur reprocher, est d'avoir refusé de répondre à un rappel imposé à titre de sanction. Prenant la parole, tour à tour, les accusés se transforment en accusateurs et ridiculisent les autorités judiciaires et militaires (voir Hem Day). Malgré tout, Léo Campion est condamné, à dix-huit mois de prison, son casier judiciaire étant vierge. L'affaire risque de tourner au cercle vicieux puisqu'une fois leur peine purgée, les condamnés allaient être rappelés et refuseraient immanquablement à nouveau de se soumettre à cette injonction et seraient à nouveau condamnés. De nouvelles protestations s’élèvent et en appel, la peine est réduite pour chacun des condamnés. Mais, ceux-ci refusent toute sanction et, avec un autre objecteur, Lionel de Vlaminck, entament une grève de la faim. Les avocats des accusés, Deublet et le futur secrétaire général de l'OTAN, Paul-Henri Spaak, et d'autres citoyens renvoient leurs livrets militaires. Des anciens combattants sont prêts à les imiter.
L'opinion publique, craignant que la plaisanterie ne tourne au tragique, exige une libération immédiate. La pression exercée est si forte que le sort du gouvernement s'en trouve menacé. Autorités et ministres ne savent comment se tirer de l'impasse. Par une formule saugrenue, ils tentent de sauver la face : Campion et Hem Day sont renvoyés de l'armée car indignes de figurer plus longtemps dans ses rangs. Ils sont chassés de l'armée pour cause d'avoir été condamnés pour ne pas vouloir y rester. Toute cette agitation aboutit donc à la libération des deux premiers objecteurs de conscience et, également, à l'abandon du projet Devèze.
Une brochure, Autour d'un procès, publiée en 1968 aux Éditions Pensée et Action, reviendra sur cette affaire, documents à l'appui (comptes-rendus, plaidoiries, témoignages, protestations, lettres, articles, études, précisions).
Engagement dans la franc-maçonnerie
Le 7 avril 1930, Léo Campion est initié en franc-maçonnerie à la loge Les Amis philanthropes du Grand Orient de Belgique à Bruxelles.
En 1937, il s'affilie à la loge La Clémente Amitié du Grand Orient de France à Paris. Il en gravit tous les degrés écossais jusqu'au 33e et siège au Consistoire d'Île-de-France.
De 1930 à 1936, il est caricaturiste pour le compte du journal bruxellois Le Rouge et le Noir tout en commençant une carrière de chansonnier.
À la fin des années 1930, Bruxelles devient un refuge pour de nombreux proscrits, dont les anarchistes Durruti et Ascaso (avec lequel Léo Campion lie une solide amitié). En 1937, il publie un journal d'informations sur la révolution espagnole : « Rebellion ».
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Léo Campion retourne en France. Fiché comme objecteur de conscience, il est interné avec d'autres anarchistes au camp de détention d'Argelès. Toutefois, il parvient à travailler pour la chaîne allemande Télé-Paris; à ce sujet en 1969, dans son opuscule Les anarchistes dans la franc-maçonnerie, Campion relate qu'un ami franc-maçon anarchiste allemand camouflé en citoyen suisse l'aurait aidé à obtenir un laisser-passer ou « ausweis ».