Le Kurdistan (litt. « pays des Kurdes » ; en kurde : Kurdewarî ou plus couramment Kurdistan), anciennement transcrit Gordyène ou Kardouchi, est une région géographique et culturelle transfrontalière d'Asie occidentale, majoritairement peuplée par les Kurdes. Cette région s'étend dans le sud-est de la Turquie, dans le nord-est de l'Irak, dans le nord-ouest de l'Iran et sur deux petites régions dans le nord-est et dans le nord-ouest de la Syrie. Sur ces quatre pays, seuls deux reconnaissent officiellement une région sous la dénomination de Kurdistan : l'Iran avec sa province du Kurdistan et l'Irak avec sa région autonome du Kurdistan.
Le Kurdistan est ainsi divisé entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Au XXe siècle, les Kurdes sont persécutés par les États dans lesquels se trouvent les principales populations. La partition de l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale a provoqué la division du Kurdistan ottoman entre l'Irak, la Syrie et la Turquie. La création de ces États-nations impliquait l'assimilation culturelle forcée et l'assimilation linguistique des Kurdes dans les cultures et les langues des Arabes, des Turcs ou des Persans. Outre ces trois groupes, les Kurdes sont le peuple le plus nombreux du Moyen-Orient.
Dans certaines villes kurdes, les établissements urbains peuvent remonter à la préhistoire, notamment à Piranshahr (8 000 ans d’habitat urbain) et à Erbil (6 000 ans d’habitation urbaine).
Les devises utilisées dans les régions du Kurdistan varient en fonction des États qui les gouvernent : au Kurdistan iranien, le rial iranien est utilisé (souvent désigné sous le nom de toman dans les transactions quotidiennes) ; au Kurdistan irakien, le dinar irakien sert de monnaie officielle ; au Kurdistan turc, la livre turque est en circulation ; et au Kurdistan syrien, la livre syrienne constitue la principale monnaie en usage.
Au Kurdistan, l’arabe, le persan, le kurde et le turc seraient reconnus comme langues officielles. Dans le territoire plus large du Kurdistan, la langue officielle correspond à celle du pays dans chaque région : l’arabe en Irak, le persan en Iran et le turc en Turquie. En Irak, le kurde est également désigné comme langue officielle aux côtés de l’arabe, bénéficiant d’un statut juridique dans les domaines gouvernemental, éducatif et administratif.
Le Kurdistan est connu par plusieurs termes apparentés au mot Kurde au cours de l'Antiquité. Les Sumériens l'appelaient Kur-a, Tritium ou encore le pays de Karda ; les Élamites : Kurdasu ; les Akkadiens : Kurtei ; les Assyriens : Kurti ; les Babyloniens : Qardu ; les Grecs : Καρδοῦχοι / Kardoûkhoi ; les Romains : Corduene.
La terminaison en -stan dans le mot Kurdistan est un suffixe utilisé par les langues iraniennes signifiant « pays de ». Le terme kurde le plus adéquat pour désigner la notion de région kurde serait le terme Kurdewarî.
Une des premières apparitions du terme Kurdistan dans l'histoire est due au Sultan Sanjar. Ce roi seldjoukide crée en 1150 une province appelée Kurdistan. Cette province était située entre l'Azerbaïdjan et le Lorestan ; elle comprenait les régions de Hamedan, Dinavar, Kermanchah et Sinneh sur le flanc est des Zagros et s'étendait jusqu'à Kirkouk et à Khuftiyan, sur le Petit Zab.
Le Kurdistan s'étend sur le territoire du Zarzien, une culture du Paléolithique final. La région montagneuse au sud et au sud-est du lac de Van, entre Perse et Mésopotamie, était en possession des Kurdes avant l'époque de Xénophon, et était connue sous le nom de « pays des Carduchi » par les Grecs (en grec Καρδούχοι), Cardyène ou Cordyène.
Au maximum de leur avancée au Proche-Orient, les Romains dominèrent des régions habitées par des Kurdes, particulièrement à l'ouest et au nord de ce qui deviendra le Kurdistan. Le royaume de Corduène était par exemple vassal de l'Empire romain entre 66 av. J.-C. et 384.
Certains des territoires correspondant au Kurdistan actuel et leurs noms modernes sont listés ci-après :
Gordyène (ou Corduène : Siirt, Bitlis et Şırnak)
Zabdicène ou Bezabde (Gozarto d'Qardu ou Jazirat Ibn Umar ou Cizre)
Basenia (Doğubayazıt (Bazîd, Daruynk)), province d'Ağrı
Dans la seconde moitié du Xe siècle, le Kurdistan était divisé en quatre grandes principautés kurdes. Dans le nord, les Chaddadites, (951-1174), à l'est, les Hasanwayhides (959-1015) et les Banû Annaz (990-1116) et à l'ouest les Marwanides (990-1096) de Diyarbakir. Ces principautés sont annexées par les peuples d'Asie centrale au cours de leurs conquêtes, et intégrées aux territoires contrôlés par les seldjoukides. Le sultan Sandjar, dernier grand souverain seldjoukide, crée en 1150 une province appelée Kurdistan, dont la capitale est Bahār, près de Hamadan. Cette province est située plutôt au sud du Kurdistan puisqu'elle englobe les territoires de Sindjar et Chehrizor à l'ouest des Zagros et d'Hamadan, Dinavar et Kermanchah à l'est de cette chaîne montagneuse.
Quelques années après la fondation de cette province, en 1171, Saladin, issu de la dynastie des Ayyoubides, d'origine kurde, renverse les califes fatimides et prend le pouvoir avec le titre de Sultan. Le Kurdistan est alors intégré au califat avec l'Égypte, la Syrie et le Yémen.
Après les invasions turco-mongoles, le Kurdistan retrouve une partie de son autonomie, mais n'est cependant pas un territoire uni. Le territoire habité par les kurdes est morcelé en une série de petits États appelés émirats. Une histoire de ces États, de leurs relations entre eux et avec leurs voisins persans et turcs est donnée dans le Sharafnāma du prince Charaf ad-Din Bitlisi, qui est considéré comme un travail historique de référence sur les Kurdes.
Les émirats étaient les suivants (liste non exhaustive) : Baban, Soran, Badinan et Garmiyan dans ce qui est maintenant l'Irak ; Bakran, Botan (ou Bokhtan) et Bitlis en Turquie, et Mukriyan et Ardalan en Iran.