Le krach d'octobre 1987 s'est déroulé en deux temps : une remontée vive des taux d'intérêt à long terme qui culminera le 19 octobre 1987, jour où l'indice Dow Jones de la Bourse de New York, sous la pression de cette remontée des taux, perdit 22,6 %, ce qui constitue la seconde plus importante baisse jamais enregistrée en un jour sur un marché d'actions, devancée seulement par le krach de la bourse islandaise de 2008.
L'expression « lundi noir », traduction de l'anglais Black Monday, utilisée parfois pour désigner le 19 octobre 1987, constitue une référence indirecte au Black Thursday, ou jeudi noir, du 24 octobre 1929, première journée du long krach de 1929 de la bourse de New York, qui fit entrer les États-Unis dans la Grande Dépression.
L'origine du krach est avant tout à chercher dans :
le doublement de l'endettement global depuis la fin des années 1970, endettement matérialisé par l'afflux énorme de liquidité. L'indice du Dow Jones triple en dix ans.
les importantes et brutales fluctuations du dollar au milieu des années 1980 dans le système de changes flottants (adopté depuis mars 1973) et entériné avec les accords de la Jamaïque (1976) ;
un mécanisme d'immunisation des portefeuilles, dit portfolio insurance (en) en anglais, très en vogue à l'époque, destiné à réduire les risques mais que sa généralisation transforma en système vicieux ;
les systèmes automatiques d'achats et de ventes d'actions (program trading) relativement récents à l'époque, qui ont amplifié et accéléré le plongeon des cours. Après le krach, Wall Street se dote de coupe-circuits qui se déclenchent automatiquement au-delà d'une certaine baisse de l'indice Dow Jones.
1979-1985 : l'envolée du dollar
À la fin de 1979, le nouveau gouverneur de la banque centrale américaine, Paul Volcker, décide d'une violente remontée des taux d'intérêt pour combattre - avec succès - l'inflation. Le remède est sévère : pour une inflation moyenne de 13,5 % en taux annuel en 1980, les taux d'intérêt à court terme montent jusqu'à 19 %. Les taux d'intérêt réels atteignent des sommets sans précédent et, au prix d'une sévère récession, l'inflation disparaît : en 1983, elle n'est plus qu'à 3,2 %. Ces taux d'intérêt réels provoquent un afflux de capitaux aux États-Unis, et le dollar s'apprécie pendant cinq ans, jusqu'à revenir, en mars 1985, au niveau qu'il avait lorsqu'il était, avant 1971, encore convertible en or. Compte tenu des déficits américains, cela est manifestement exagéré ; les pouvoirs publics décident de réagir.
1985-1987 : les Accords du Plaza, puis les Accords du Louvre
À l'Hôtel Plaza de New York, le 22 septembre 1985, les pays dits du G7 (moins le Canada et l'Italie) s'entendent publiquement pour intervenir sur le marché des changes et organiser un repli du dollar (Accords du Plaza). 10 milliards de dollars sont ainsi dépensés, avec un effet immédiat et spectaculaire. En à peine quinze mois, le dollar US efface tous ses gains par rapport au Deutsche Mark et, à la fin de 1986, il se retrouve à son plus bas niveau historique, celui de 1979.
Désireux de stopper le mécanisme qu'ils ont mis en route mais dont la maîtrise maintenant leur échappe, les pays du G7 (moins l'Italie), signent alors à Paris le 22 février 1987 les Accords du Louvre, destinés cette fois-ci à mettre fin à la baisse du dollar.
1987 : la remontée des taux d'intérêt
Seulement, l'économie américaine, dopée par cette dépréciation de près de 50 % de sa devise, est en plein boom, les marchés d'actions s'envolent et les tensions inflationnistes deviennent inévitables, ce dont les gestionnaires de fonds sur le marché obligataire américain se préoccupent de plus en plus, car ces tensions entraîneront certainement la remontée des taux à court terme par la banque centrale américaine, la Fed.
À partir de janvier 1987, les taux d'intérêt des emprunts d'État à long terme commencent ainsi à remonter. De 7 % en janvier, les taux des T-Notes à 10 ans passent (cf graphique ci-contre) à 9,50 % à la fin du mois de septembre. Ce mouvement de taux correspond à une baisse des cours desdits emprunts de 17 %.
Le mouvement commence dès la signature des accords du Louvre car, aux yeux des gestionnaires de fonds, ces accords ont une implication simple : si le dollar doit s'arrêter de baisser, les taux d'intérêt américains doivent remonter pour le rendre à nouveau intéressant en tant que placement. Taux d'intérêt et valeur externe de la devise sont en effet deux grandeurs liées l'une à l'autre mais qui évoluent en sens inverse. Si on fixe autoritairement l'une à un niveau arbitraire, l'autre doit pouvoir par ses fluctuations compenser le déséquilibre ainsi créé.
Au printemps 1987, les marchés obligataires du monde entier commencent à vivre les yeux rivés sur le déficit commercial américain. Chaque publication de données statistiques montrant un accroissement du déficit, ce qui accroît la pression à terme sur le dollar, donne lieu à une plongée des cours des emprunts d'État, c'est-à-dire une remontée de leurs taux.
Si les gestionnaires obligataires sont un peu en avance sur le calendrier, ils n'ont absolument pas tort dans leur raisonnement, car le nouveau gouverneur de la Réserve fédérale des États-Unis, Alan Greenspan, nommé le 11 août 1987, va effectivement, l'année suivante, remonter violemment les taux à court terme : de 6,50 % à l'été 1988, ils passeront à 10,50 % au printemps 1989.