Nikolaus Barbie dit Klaus Barbie, né le 25 octobre 1913 à Bad Godesberg en Allemagne et mort le 25 septembre 1991 à Pierre-Bénite en France, est un criminel de guerre allemand, officier de police SS sous le régime nazi.
Il est chef de la section IV (Sipo-SD) dans les services de la police de sûreté allemande basée à Lyon, durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie. Sous l'uniforme nazi, il est responsable d'exécutions, de tortures, et de la déportation vers les camps de la mort d’environ 14 000 personnes dont des résistants et des juifs.
Surnommé « le Boucher de Lyon », en fuite durant près de quarante ans, il parvient à échapper aux poursuites judiciaires en travaillant pour les services de renseignement américains pendant la guerre froide, puis s'exile en Bolivie sous le nom de Klaus Altmann et obtient la nationalité bolivienne en 1957. Il y vit pendant plus de 30 ans et y conseille les multiples régimes militaires boliviens successifs.
En 1983, il est finalement arrêté en Bolivie et expulsé vers la France, où il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour crime contre l’humanité lors de son procès à Lyon en 1987, première condamnation de ce type en France. Il meurt en prison en 1991.
Origines et débuts SS en Allemagne
Nikolaus « Klaus » Barbie naît le 25 octobre 1913 à Godesberg (actuelle Bad Godesberg, en Allemagne), une petite ville proche du Rhin, au sud de Bonn.
La famille Barbie est originaire de Merzig, dans la Sarre près de la frontière française, où elle réside depuis la Révolution française. Selon Klaus Barbie lui-même, ses ancêtres patrilinéaires sont des Français, probablement du nom de « Barbier », qui ont quitté la France en tant que réfugiés pendant le règne de Louis XVI.
Son père, également nommé Nikolaus, était employé de bureau puis a enseigné dans l'école primaire où Klaus Barbie était scolarisé jusqu'à l'âge de onze ans. Par la suite, il a fréquenté un pensionnat à Trèves. En 1925, toute la famille Barbie s'installe à Trèves.
En 1914, son père s'engage comme volontaire pour combattre durant la Première Guerre mondiale. D'après Klaus Barbie, son père est blessé par balle au cou à Verdun.
Klaus Barbie obtient son Abitur (équivalent du baccalauréat en France, du diplôme d'études secondaires au Canada ou de la maturité gymnasiale en Suisse) en 1933 et adhère aux Jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend). En 1933, son père décède à l'âge de 45 ans.
En 1935, il entre dans la SS. La même année, il commence à travailler à Berlin, au service central du Sicherheitsdienst (SD), le service de sécurité du parti nazi, déclaré service de renseignements du Reich par un décret du 11 novembre 1938. Il reçoit ensuite une formation d’enquêteur au quartier général de la police de l’Alexanderplatz. Après quelques semaines à la brigade criminelle, il est affecté à la brigade des mœurs. En 1936, il est muté à Düsseldorf. L’année suivante, il passe par l'école du SD à Bernau bei Berlin avant d’être envoyé suivre un cours d’officier à Berlin-Charlottenburg. Les listes du NSDAP ayant été fermées en avril 1933, ce n’est qu’à leur réouverture en 1937 que Barbie devient membre du parti. Il est alors âgé de 23 ans.
Fin 1938, durant trois mois, il effectue son service militaire au 39e régiment d’infanterie, puis poursuit sa formation d’officier. Le 20 avril 1940, il est nommé SS-Untersturmführer (sous-lieutenant SS). Quelques jours plus tard, il épouse Regine Willms qui a adhéré au parti nazi en 1937 et travaille dans une crèche de l’association des femmes nazies.
En 1940, après l'invasion des Pays-Bas, Klaus Barbie y est envoyé au sein d'un détachement de la Sipo-SD (Sicherheitspolizei und Sicherheitsdienst, police de sécurité — État — et service de sécurité — parti nazi) à la section VI (Amt VI, Ausland-SD, renseignements à l'étranger) chargée de la préparation du débarquement en Grande-Bretagne. Avant même que celui-ci ne soit annulé, Klaus Barbie est muté à la section IV (Amt IV, improprement appelée Gestapo, en fait formée des sections [Abteilungen] II et III de la Gestapo et de la section centrale [Zentralabteilung] III2 du SD Hauptamt). Dans ce cadre, d'abord à La Haye, puis à Amsterdam, il participe activement à la poursuite et à la rafle des Juifs, des francs-maçons et des émigrés allemands. Il travaille avec tant de zèle qu'en octobre 1940, il est promu SS-Obersturmführer (lieutenant SS). Pour avoir été l'un des officiers les plus énergiques dans l'assaut du ghetto juif d'Amsterdam et pour avoir commandé des pelotons d'exécution, il est décoré de la croix de fer de seconde classe (Eisernes Kreuz II.Klasse) le 20 avril 1941.
Bien que cela ne soit pas mentionné sur ses états de service, Klaus Barbie aurait été envoyé en URSS, de l'été 1941 au printemps 1942, dans un commando spécial de la Sipo-SD, chargé de la lutte contre les partisans sur les arrières de l'armée allemande (« J'avais suivi un stage de parachutisme [en Russie en 1941] »).
Au printemps 1942, comme il est bien noté et parle français, Klaus Barbie est nommé chef de la sécurité à Gex, sous-préfecture de l'Ain en France, à proximité de la frontière suisse. En fait, une mission délicate l'attend : il doit enlever Alexander Foote, un agent secret britannique travaillant pour l'URSS à Genève. Barbie réussit à soudoyer le chef d'un poste de la garde-frontière suisse et s'introduit en Suisse par le poste de Prévessin-Moëns, douane proche de sa résidence privée, avant de constater qu'Alexander Foote avait disparu.
En juin 1942, Klaus Barbie est affecté au Kommando der Sipo-SD (KDS) de Dijon où il est chargé de la surveillance des douaniers allemands. À partir de juillet 1942, il est au casino de Charbonnières-les-Bains (à l'ouest de Lyon) d'où, avec une partie du commando DONAR, il est chargé de détecter des radios clandestines. Après l'invasion de la zone libre par les Allemands en novembre 1942, il est affecté au KDS de Lyon (commandé par Rolf Mühler de novembre 1942 à janvier 1943, par Heinz Hollert et, à partir de l'été 43, par Werner Knab), où il prend le commandement de la section IV (lutte contre les résistants, les communistes, les Juifs…).
En février 1943, Klaus Barbie devient le chef de la Gestapo de la région lyonnaise (troisième officier, par ordre d'importance, au sein du KDS de Lyon) et s'installe dans les bâtiments du centre Berthelot. Sous ses ordres, sont torturés et exécutés de nombreux résistants, dont Marc Bloch et Jean Moulin. Il arrête aussi personnellement, à la demande de Joachim von Ribbentrop, en août 1943, Albert Lebrun et André François-Poncet en Isère. Surnommé « le boucher de Lyon », il donne l'ordre d'exécuter de nombreux otages et de déporter des milliers de Juifs à Drancy — étape intermédiaire avant Auschwitz. Parmi ses victimes, se trouvent les 86 personnes raflées le 9 février 1943 au siège de l'UGIF, situé 12 rue Sainte-Catherine à Lyon, mais aussi les 44 enfants d'Izieu raflés le 6 avril 1944. Le 11 août de la même année et dans un contexte d'intensification des bombardements alliés, Barbie fait partir de Lyon le dernier convoi de déportés avec 650 personnes, provenant essentiellement de la prison de Montluc, avec comme destination Natzweiler-Struthof pour les hommes, Ravensbrück pour les femmes et Auschwitz pour 308 Juifs. Lors de son procès, il est accusé d'avoir fait fusiller 22 otages, dont des femmes et des enfants, en représailles d'un attentat sur deux policiers allemands en 1943, d'avoir torturé ou fait torturer au moins une vingtaine de personnes en 1943 et d'en avoir fait fusiller au moins une quarantaine la même année, d'avoir fait fusiller 70 Juifs à Bron et beaucoup d'autres parmi les 120 prisonniers de la prison Montluc exécutés à Saint-Genis-Laval durant l'été 1944, où il est vrai que, selon Max Payot (un agent français de la Gestapo), Fritz Hollert, deuxième officier du KDS de Lyon, donc supérieur à Klaus Barbie, est présent.
Durant le premier semestre de l'année 1944, Barbie dirige également le commando de la Sipo-SD qui accompagne les troupes de répression des maquis, notamment dans l'Ain et le Jura : il torture, tue ou fait tuer de nombreux villageois censés soutenir les maquisards. L’organigramme des services de la Gestapo à Lyon publié par le journal clandestin Spartakus (juin 1944) du groupe des Révolutionnaires communistes allemands et autrichiens (RKD) exilés en France le mentionne sous le nom de Mayer.