Kit Carson (né Christopher Houston Carson le 24 décembre 1809 dans le comté de Madison au Kentucky et mort le 23 mai 1868 à Fort Lyon dans le Colorado) est un général et un pionnier de la conquête de l'Ouest américain. Orphelin de père à 7 ans, il travaille à la ferme familiale puis dans une sellerie, avant qu'attiré par les récits des trappeurs, il ne parte, à 16 ans, découvrir le continent. La connaissance qu'il acquiert de l'Ouest sauvage l'amène à servir de guide à l'explorateur John Charles Frémont.
Il sert ensuite dans l'US Army, sur le théâtre des opérations en Californie, lors de la guerre américano-mexicaine, sous les ordres du général Kearny. Lors de la guerre de Sécession, il fait partie de l'Armée de l'Union dont il est nommé brigadier-général en 1865, trois ans avant sa mort. Il mène une brutale campagne visant au déplacement de toute la nation des Navajos du Nouveau-Mexique, se vantant d'avoir réussi en tuant peu de personnes (quelques dizaines) dans les villages , mais surtout anéanti « plus de deux millions de livres de grain indien » et détruisant leurs vergers.
Natif du comté de Madison dans le Kentucky, près de la ville de Richmond, Carson grandit à Franklin dans le Missouri, où sa famille s'installe deux ans après sa naissance. Il est le fils de Lindsey Carson, un paysan d'origine irlando-écossaise, qui combattit lors de la guerre d'indépendance sous les ordres du général Wade Hampton I et de Rebecca Robinson, seconde épouse de Lindsey. La famille Carson s'installe dans le Missouri après avoir reçu une proposition des fils de Daniel Boone, qui y avaient acheté des terres aux Espagnols avant la vente de la Louisiane. Les familles Boone et Carson devinrent d'ailleurs amies et quelques mariages vinrent sceller cette amitié.
Carson n'a que sept ans quand son père est tué par la chute d'un arbre alors qu'il est en train de défricher ses terres. Cette mort laisse la famille dans le dénuement et contraint le jeune Kit à abandonner l'école pour se consacrer aux travaux de la ferme et à la chasse.
À 14 ans, il fait un apprentissage chez un sellier de Franklin. La localité est alors située à l'extrémité est de la piste de Santa Fe, qui s'est ouverte deux ans auparavant. Nombre des clients de son employeur sont des trappeurs et des commerçants faisant la traite des fourrures. Ils vont nourrir son adolescence de leurs récits sur le Far West.
À seize ans, Carson s'engage, en secret, comme palefrenier, dans une grande caravane de marchands en partance pour Santa Fe. Il passe l'hiver 1826-1827 avec Matthew Kinkead, un trappeur et explorateur, à Taos qui est alors la capitale de la traite de la fourrure dans le sud-ouest. Kinkead avait été un ami du père de Carson dans le Missouri, et il transmet petit à petit son savoir de trappeur à Kit qui apprend également l'espagnol et diverses langues amérindiennes comme le navajo, l'apache, le cheyenne, l'arapaho, le paiute, le shoshone et l'ute.
Après avoir acquis de l'expérience sur la piste de Santa Fe et au Mexique lors de diverses expéditions, Carson est engagé par Ewing Young et une quarantaine d'hommes au printemps 1829, sa première saison en tant que trappeur. Leur périple conduit les hommes dans une région du territoire apache, alors encore inexplorée par les conquérants blancs, le long de la rivière Gila. Le groupe est attaqué par des Apaches et c'est à cette occasion que le jeune Kit tue un homme pour la première fois.
Durant l'été 1835, Carson participe au rendez-vous annuel de trappeurs des montagnes qui se tient le long de la Green River dans le sud-ouest du Wyoming. Il s'éprend alors d'une jeune arapahoe, nommée Waa-ni-beh, que l'on peut traduire approximativement par « vent qui chante » ou « herbe qui chante », dont la tribu campe à proximité. Waa-ni-beh semble avoir été assez populaire à ce rendez-vous, puisqu'elle attire également la convoitise d'un trappeur canadien-français, Joseph Chouinard. Lorsque Waa-ni-beh choisit Carson, Chouinard, jaloux, le provoque. Il s'ensuit un duel à cheval, les deux hommes chargeant pistolet au poing. Le tir de Carson arrache le pouce de son adversaire alors que celui-ci le manque. On dit que cet incident fut à la base de la renommée de Carson dans les montagnes, mais il semble assez incongru par rapport à son comportement habituel.
Carson considère lui-même que ces années comme trappeur furent les plus heureuses de sa vie. Accompagné de Waa-ni-beh, il travaille alors pour la compagnie de la Baie d'Hudson avec le fameux Jim Bridger, piégeant des castors le long de la Yellowstone, de la Powder et de la Bighorn. Ils parcourent ce qui est aujourd'hui le Colorado, l'Utah, le Wyoming, l'Idaho et le Montana. Le premier enfant de Carson est une fille qui naît en 1837, prénommée Adaline. La femme de Carson est prise de fièvres peu après la naissance et meurt en 1838.
À cette époque, les États-Unis traversent une sévère dépression. L'industrie de la fourrure est elle-même à un tournant car, d'une part, la mode en Europe n'est plus aux fourrures mais à la soie et, d'autre part, le commerce intensif des fourrures a dévasté les ressources en castors. Cette combinaison conduit à une demande restreinte de trappeurs. Carson dira, « Le castor devint rare, il était nécessaire de se lancer dans autre chose ».
À l'été 1840, il participe au dernier rendez-vous des montagnes (toujours à Fort Bridger près de la Green River), puis part pour Bent's Fort, où il est embauché comme chasseur. Carson épouse une Cheyenne, nommée Making-Out-Road, en 1841, mais elle le quitte peu après pour suivre la migration de sa tribu. Vers 1842, il rencontre et se fiance avec la fille d'une bonne famille de Taos : la très jeune Josefa Jaramillo, qui n'a alors que 14 ans. Après avoir suivi le catéchisme du Padre Antonio José Martínez, il est baptisé dans la foi catholique et, à 34 ans, le 6 février 1843, se marie pour la troisième fois, avec Josefa. Ils élèveront huit enfants dont les descendants vivent encore dans la vallée de l'Arkansas au Colorado.
Début 1842, Carson décide de repartir dans l'est afin de confier sa fille Adeline à des parents vivant à Franklin, pour qu'elle puisse recevoir une meilleure éducation. Cet été là, il rencontre John C. Frémont sur un bateau à vapeur du Missouri, à Saint-Louis. Frémont se prépare à conduire sa première expédition et cherche un guide pour se rendre à South Pass. Carson lui offre ses services, car il a passé lui-même un certain temps dans cette région. Le voyage long de cinq mois, accompli avec 25 hommes, est un succès et le rapport de Frémont est publié par le Congrès des États-Unis. Il attirera une vague de caravanes d'émigrants partant pour l'Ouest, nouvelle terre promise.
Le succès de la première expédition de Frémont le conduit tout naturellement à en lancer une seconde en été 1843, afin de cartographier et de décrire la seconde moitié de la piste de l'Oregon, du South Pass au fleuve Columbia. Grâce à l'excellence de ses services lors de la première expédition, on fait à nouveau appel à Carson pour servir de guide. Ce périple les entraîne du Grand Lac Salé à l'Oregon, cartographiant les terres du Grand Bassin ce qui permit une meilleure compréhension de la géographie nord-américaine à cette époque. Sur le Grand Lac Salé, sur l'île Antilope, une stèle commémore le passage de Kit Carson. Leur voyage les conduit également au pied des monts Rainier, Saint Helens et Hood.
L'un des buts de l'expédition est de découvrir la Buenaventura, un fleuve coulant d'est en ouest censé relier les Grand Lacs à l'océan Pacifique, et dont l'existence est acceptée par de nombreux scientifiques à cette époque. Non seulement la seconde expédition de Frémont ne la découvre pas, mais elle permet d'établir que cette rivière mythique n'est qu'une légende.
L'expédition se retrouve bloquée par la neige dans la Sierra Nevada pendant l'hiver et manque de mourir de faim. Elle est ensuite attaquée dans le désert de Mojave par des indigènes, qui tuent l'un de ses membres. Puis elle se retrouve en Californie, ce qui constitue à proprement parler une invasion du Mexique. La menace d'une intervention militaire mexicaine pousse l'expédition plus au sud-est, dans ce qui est aujourd'hui le Nevada, vers un point d'eau nommé Las Vegas. La troupe part ensuite vers Bent's Fort, et vers août 1844, rentre à Washington, un peu plus d'un an après son départ. Un autre rapport au Congrès est rédigé pour décrire la seconde expédition Frémont, en 1845, forgeant la renommée de Frémont et Carson dans le pays.