Keith Jarrett, né le 8 mai 1945 à Allentown (Pennsylvanie), est un musicien américain. À la fois pianiste, organiste, claveciniste, saxophoniste, flûtiste, percussionniste, compositeur et chef d'orchestre, il œuvre autant dans le jazz que dans la musique classique.
Il est considéré, par de nombreux musiciens et critiques musicaux, comme le plus grand improvisateur de l'histoire du jazz. Son concert entièrement improvisé, à Cologne, en Allemagne, en 1975, est le sujet principal de centaines de livres, d'émissions, de films documentaires et d'un long métrage de fiction. La captation discographique de ce Köln Concert est le disque de piano solo le plus vendu au monde, toutes catégories musicales confondues.
Le trio que Keith Jarrett a formé, durant plusieurs décennies, avec Gary Peacock et Jack DeJohnette reste une référence absolue pour toutes les formations de jazz piano/contrebasse/batterie.
Keith Jarrett est descendant d'immigrants écossais et hongrois. Lorsque ses parents divorcent, il est élevé par sa mère Irma Jarrett. À un an il parle déjà et tandis qu'il se montre intéressé par la musique, sa mère — elle-même musicienne — lui offre un piano et l'accompagne dans son apprentissage. Il prend ses premières leçons de piano à trois ans. En 1950, il remporte un prix à l'émission Paul Whiteman TV Teen Club. Il donne son premier concert à sept ans et un récital de ses propres compositions à dix-sept. C'est en accédant au Real Book qu'il découvre les standards de jazz. Il joue dans les bars d'Allentown mais comprend qu'il devra quitter sa ville natale s'il veut persévérer dans la musique.
S'il refuse une bourse d’études à Paris chez Nadia Boulanger, il accepte celle de la Berklee School of Music à Boston, où il forme son premier trio.
En 1965, parti pour New York avec sa femme Margot Erney avec laquelle il s'est marié en 1964, il enregistre avec Don Jacoby and the College all Stars et collabore avec divers musiciens (Roland Kirk, Tony Scott, etc.) puis fait partie des Jazz Messengers d’Art Blakey : enregistré en 1966, l’album Buttercorn Lady en sera la seule trace phonographique.
Cette même année, il intègre le groupe du saxophoniste Charles Lloyd (avec Jack DeJohnette, Cecil McBee ou Ron McClure) et devient alors la nouvelle révélation du piano, volant la vedette au leader du groupe. Tournée mondiale et prolixité phonographique, le saxophoniste n'hésite pas à laisser Jarrett jouer seul au moins une de ses propres compositions à chaque concert. Le groupe se sépare en 1968.
Keith Jarrett forme alors un trio en compagnie de Charlie Haden à la basse et Paul Motian à la batterie, et commence à enregistrer sous son propre nom, avec Life Between the Exit Signs (en) (1967).
À cette même époque, produit par Atlantic, le pianiste se fait chanteur de pop-folk en assurant lui-même l'accompagnement musical par le système de re-recording sur l'album Restoration Ruin (en).
En 1970, il devient le pianiste du groupe de Miles Davis — qui lui impose de jouer sur des claviers électriques — tout en menant une carrière de sideman (auprès de Gary Burton, Freddie Hubbard, Paul Motian) ; son trio devient quartette en intégrant le saxophoniste Dewey Redman, issu du groupe d'Ornette Coleman. À l’occasion de concerts ou d’enregistrements, cette formation est parfois augmentée d’un ou de deux percussionnistes : Guilherme Franco (en) et/ou Danny Johnson.
En 1972, entre deux concerts avec Miles Davis, Keith Jarrett enregistre son premier opus au piano solo sur ECM Facing You, prélude à une très longue association avec Manfred Eicher, producteur de la célèbre compagnie phonographique allemande. Il obtient dans la foulée la bourse Guggenheim qui, couplée avec ses succès, lui permet de vivre plus confortablement et notamment de jouer du piano à toute heure dans son nouveau domicile.
Trois ans plus tard, le même producteur enregistrera Keith Jarrett seul avec son piano lors d'un concert à Cologne (The Köln Concert, 1975) organisé par une jeune fille de 18 ans, Véra Brandès, à l'Opéra de Cologne. Cet album est un succès qui ne se démentira pas avec le temps. Il s'agit de l'un des disques de jazz les plus vendus au monde et de l'album de piano solo, quel que soit le genre, le plus distribué de tous les temps avec ses 3,5 millions d'exemplaires vendus. Plus tard, en 1993, Nanni Moretti utilisera un des motifs de la première partie de ce concert dans son film Journal intime.
Après une brève collaboration avec Gus Nemeth (basse), Jean-François Jenny-Clark (basse) et Aldo Romano (batterie), Keith Jarrett forme son second quartette, dit « quartette européen », avec Jan Garbarek aux saxophones, le bassiste Palle Danielsson et le batteur Jon Christensen, sans délaisser pour autant sa formation américaine. Le quartette européen enregistre son premier album Belonging, en 1974.
Le quartette américain est dissout en 1976, le Belonging Band (quartette européen) en 1979.
Keith Jarrett inaugure en 1977 un nouveau trio avec l'album Tales of Another, sous le nom du contrebassiste Gary Peacock, en compagnie de Jack DeJohnette. Standards et compositions originales, la formation traverse les décennies pour atteindre le succès qu'on lui connaît encore aujourd'hui.
Dans les années 1970 et jusqu'aux années 1990, Keith Jarrett se consacre parallèlement à la scène classique. Outre ses expériences d’improvisation à l’orgue baroque et au clavecin, il interprète Bach, Haendel, Mozart mais aussi Chostakovitch, ainsi que des compositeurs contemporains comme Alan Hovhaness, Lou Harrison, Peggy Glanville-Hicks, Arvo Pärt (Fratres, duo avec Gidon Kremer, violon, dans Tabula rasa, ECM 1984) et compose lui-même pour ce répertoire des pièces pour orchestre (In the Light (en), 1973 ; The Celestial Hawk (en), 1980) et de la musique de chambre (Bridge of Light (en), 1993). Il enregistre deux albums de compositions originales pour orchestre à cordes et Jan Garbarek en soliste : Luminessence en 1974 et Arbour Zena en 1975.
À la fin des années 1990, atteint du syndrome de fatigue chronique, le pianiste est contraint de réduire momentanément son activité. En 1998, sa mobilité étant réduite par la maladie, Jarrett enregistre à son domicile The Melody at Night, With You, recueil de standards interprété seul au piano et qu'il dédiera à son épouse de l'époque.
Depuis 2000, à l'exception de Jasmine enregistré en duo avec Charlie Haden, Keith Jarrett oscille entre sa formation en trio et le piano solo.