Karl Rahner, né le 5 mars 1904 à Fribourg-en-Brisgau (Empire allemand) et mort le 30 mars 1984 à Innsbruck (Autriche), est un prêtre jésuite allemand, écrivain et professeur de théologie, reconnu comme l'un des théologiens chrétiens les plus éminents du XXe siècle. Il eut une grande influence au concile Vatican II, dont il fut l'un des experts.
Après des études secondaires dans sa ville natale, Karl Rahner entre dans la Compagnie de Jésus le 20 avril 1922 trois ans après son frère Hugo Rahner, lui aussi théologien. Dix ans plus tard il est ordonné prêtre (26 juillet 1932). De 1934 à 1936, il suit le séminaire de philosophie de Martin Heidegger à l'université de Fribourg. En 1936, il prépare une thèse en philosophie avec une étude sur la métaphysique de la connaissance chez Thomas d'Aquin (tr. fr. L'Esprit dans le monde, 1968). Il s'inscrit dans un courant théologique post-kantien, à la suite du jésuite et philosophe belge Joseph Maréchal, et est marqué par la philosophie existentialiste.
Au terme de sa formation, il est nommé professeur de théologie dogmatique à l'université d'Innsbruck. En 1938 l'université est fermée par les nazis. Ne pouvant plus enseigner, il poursuit ses recherches en théologie tout en exerçant une activité pastorale à Vienne en Autriche. Entre 1945 et 1948, il est nommé professeur au philosophat jésuite de Pullach, près de Munich, puis à partir de 1948, il retourne à Innsbruck pour reprendre son enseignement en théologie dogmatique. De 1964 à 1967, il est professeur à Munich (où il succède à Romano Guardini), dirigeant la thèse de Leonardo Boff, et enfin de 1971 à 1974 à Münster.
Arrivé à Rome comme théologien du cardinal Franz König, il est nommé en 1962 par Jean XXIII expert (peritus) à la Commission théologique du concile Vatican II, où il joue un rôle important dans la préparation des textes conciliaires majeurs Lumen gentium et Dei Verbum, en partie sur la question épineuse du rapport entre l'Écriture et la Tradition : il était important de substituer au traditionnel langage catholique des 'Deux Sources de la Révélation' celui de l'unique référence à la 'Parole de Dieu'. En fait avant même cette nomination officielle Rahner avait déjà été consulté par les évêques allemands à propos de divers « schémas préparatoires ».
Il fonde, en 1965, avec Yves Congar et Edward Schillebeeckx, la revue internationale de théologie Concilium.
De 1969 à 1974, nommé par Paul VI, il est membre de la Commission théologique internationale.
Entre 1971 et 1981, il est professeur émérite à Munich, puis à partir de 1981 à Innsbruck. Son frère Hugo Rahner fut aussi jésuite, théologien et mariologiste reconnu.
Au soir de sa vie, Rahner confie ce qui fut toujours sa ligne de conduite intellectuelle : J'ai toujours fait de la théologie au service de l'annonce de l'Évangile, de la prédication, de la pastorale. Le même souci l'a animé tout au long de sa vie : faire dialoguer les affirmations de la foi chrétienne avec la culture du monde contemporain.
Mort à Innsbruck le 30 mars 1984, Karl Rahner est enterré dans la crypte de l'église des Jésuites d'Innsbruck.
Karl Rahner a publié de très nombreux ouvrages de théologie, et en particulier les Écrits théologiques (tr. fr., 12 volumes, 1959-1970) et le Traité fondamental de la foi (1976, tr. fr. 1983).
Ses apports théologiques concernent notamment la Trinité, la christologie, la grâce, l'Église et les sacrements. Il insiste en particulier sur la transcendance et l'autocommunication de Dieu à l'homme. Karl Rahner est aussi l'un des premiers théologiens catholiques à tenter une compréhension herméneutique de la doctrine chrétienne.
Karl Rahner est l'auteur d'une thèse à la fois fameuse et discutée en sotériologie, celle des « chrétiens anonymes ». Selon cette théorie et pour simplifier beaucoup, quiconque mène une vie droite et sainte sera sauvé qu'il soit catholique ou non, parce qu'il est un « chrétien anonyme » (orienté vers le Christ et sauvé par lui, sans en avoir un savoir thématisé). Par le « oui » que l’homme pose au plus profond de lui-même comme réponse à cette attente qui est en lui, ce « oui » qui est un « oui » à l’existence la plus profonde, qui est un « oui » tendu vers l’infini, quelle que soit sa croyance, il parvient au salut par le Christ. C'est cet acte de foi implicite qui en fait un « chrétien anonyme ». Cette perspective sotériologique a pour mérite de résoudre l'exclusivisme contenu dans Extra ecclesia nulla salus, et de chercher comment Dieu sauve dans le Christ ceux qui ne le connaissent pas, sans faute de leur part.
Il développe aussi des réflexions sur l'Eucharistie. Par exemple, il parle de « trans-signification » pour rendre compte de la transsubstantiation dans une tentative pour transposer la catégorie aristotélicienne de substance — propre à la philosophie qui sous-tend le Concile de Trente — en une langue et une philosophie contemporaines. Paul VI, dans l'encyclique Mysterium Fidei (1965), indiqua cependant qu'on ne pouvait « en rester simplement à ce qu'on nomme « transsignification » et « transfinalisation » pour exprimer « de façon exhaustive le mode de présence du Christ dans ce sacrement ».
L'enseignement et les publications de Rahner ont ainsi traversé de nombreux domaines de la théologie (philosophie de la religion, théologie dogmatique, théologie pastorale, théologie morale, spiritualité, etc.), mais il a aussi publié des prédications de retraites et des homélies, plus accessibles au grand public.
Le Traité fondamental de la foi
Son travail le plus important a été le Traité fondamental de la foi - Étude sur le concept du christianisme (1976, trad. fr. 1983 - 2011), œuvre systématique et souvent considérée comme d'accès difficile.
Ce traité comprend une introduction et neuf étapes :
Une grande partie des Schriften zur Theologie a été publiée en traduction française sous les titres suivants : Écrits théologiques, Tomes I à XII, Paris, DDB, entre 1959 et 1970 ; Éléments de théologie spirituelle, Paris, DDB, 1964 ; Est-il possible aujourd'hui de croire ? Dialogue avec les hommes de notre temps, Paris, Mame, 1966. (Mais il n'y a pas de correspondance directe entre les tomes des Schriften zur Theologie et ceux des Écrits théologiques)