Ce Jour-là

Karl Polanyi

Économiste austro-hongrois

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Karl Polanyi ou Károly Polányi, né Károly Pollacsek ([ˈkaːɾoj], [ˈpolaːɲi]) le 25 octobre 1886 en Autriche-Hongrie, à Vienne, mort le 23 avril 1964 au Canada à Pickering, au bord du Lac Ontario, est un économiste austro-hongrois, généralement considéré comme étant d'obédience politique socialiste ou marxiste occidentale chrétienne ou marxiste hétérodoxe (marxien), chercheur à l'université Columbia à New York, naturalisé américain et canadien, spécialiste d'histoire et d'anthropologie économiques.

Son livre majeur, La Grande Transformation, souligne l'absence de naturalité et d'universalité de concepts tels qu'homo œconomicus, le marché et la compétition, souvent présentés comme naturels et évidents, car inhérents aux sociétés ou ayant une valeur et une signification uniques ou intemporelles. Vision erronée et utopique qui résulte selon lui du « désencastrement » de l'économie opéré par le libéralisme, terme signifiant son autonomisation vis-à-vis de toutes lois sociales, morales, éthiques ou même juridiques des sociétés humaines traditionnelles. Polanyi y défend au contraire une vision de l'économie construite sur les vulnérabilités et solidarités assumées entre les hommes, issues de leur incomplétude.

Un autre ouvrage, La Subsistance de l'homme, publié à titre posthume en 1977 sous le titre original anglais The Livelihood of Man, se veut une contribution à l'élaboration d'une histoire économique générale comparative rassemblant les recherches sur les sociétés antérieures à la « société de marché », qui est la nôtre depuis deux siècles seulement. S'inspirant des fondateurs de l'anthropologie comme des grands théoriciens de l'histoire économique, Polanyi y déploie et précise sa conception originale en l'appliquant aux économies de l'Antiquité. Développant le concept de « substantivisme », il y défend le fait qu'une société doit garantir à chaque individu les conditions matérielles et morales de sa subsistance.

Son idéal – d'après son traducteur québécois B. Chavance – est celui d'un socialisme démocratique où les activités seraient soumises à une réglementation politique de la société, conformément aux exigences de la « Liberté dans une société complexe ». Les marchés y auraient toute leur place pour les produits, mais non pour la détermination des revenus liés au travail ou à la terre ; la prétendue autorégulation de l'économie de marché serait ainsi remplacée par une combinaison plus équilibrée de la redistribution, de la réciprocité et de l'échange.

Intellectuel juif issu d'une famille de la bourgeoisie ashkénaze, Karl Polanyi soutient un socialisme séculariste et laïc. Dans l'exercice privé de sa foi, il se convertit au christianisme par conviction politique et éthique en 1922, et pour « embrasser l'amour du Christ » selon ses propres mots. Il voit dans la religion chrétienne l'une des doctrines défendant l'avènement de l'universalisme, de la justice sociale, de la démocratie sociale et de la modernité politique, mais également d'une forme de socialisme autonomisant où chaque individu est libre de son destin, et endosse la responsabilité morale en découlant.

Figure intellectuelle du socialisme, son nom est souvent mobilisé par les théoriciens et partisans de l'économie sociale et solidaire et par les défenseurs de l'altermondialisme, notamment par les sociologues du MAUSS, les activistes d'Attac et les économistes de l'école économique de Toulouse en France (Geneviève Azam, Bernard Maris).

L'héritage de sa pensée a été diffusé par sa fille, Kari Polanyi-Levitt, doctorante à la London School of Economics, enseignante à l'Université McGill de Montréal et créatrice de la Fondation Karl Polanyi au Québec, qui a poursuivi son analyse historique de longue durée en faisant paraître l'ouvrage From the Great Transformation to the Great Financialization.

Né à Vienne, Karl est le fils de Mihály et Cecília Pollacsek (née Cecília Wohl), respectivement des juifs ashkénazes séculiers de Ungvár (alors en Hongrie et maintenant en Ukraine) et de Vilnius, en Lituanie. La famille de son père était composée d’entrepreneurs issu de la bourgeoisie hongroise, tandis que le père de sa mère était le grand-rabbin de Vilnius. La famille part pour Budapest et magyarise son nom en Polányi.

Son père convertit ses enfants au christianisme. Dès les années 1920, Karl Polanyi s'intéresse aux enseignement moraux, aux idéaux de justice sociale et à la doctrine sociale de l'Église catholique. Il développe alors une foi profonde, qui ne cesse de s'intensifier malgré ce qu'il confesse être des moments de doute.

Son père participe alors à la construction d'une grande partie du système ferroviaire hongrois, mais perd la majeure partie de sa fortune en 1899, en raison du mauvais temps qui fait exploser le budget de l'un de ses projets. Il meurt en 1905. Cecília Polányi établit alors un salon qui était très connu parmi les intellectuels de Budapest, et le maintient jusqu'à sa mort en 1939.

Le frère cadet de Karl est Michael Polányi (1891-1976), chimiste, épistémologue et penseur libéral, ayant assisté à la fondation du néolibéralisme lors du colloque Walter Lippmann de 1938, et sa nièce Éva Zeisel, céramiste.

Karl Polanyi a trois cousins célèbres : l'intellectuel marxiste Ervin Szabó, Ernő Seidler et Ernő Pór.

Il a également une fille, Kari Polanyi-Levitt (née en 1923), professeur d'économie à l'Université McGill à Montréal, au Canada. Kari Polanyi-Levitt fut l'élève de ses contemporains Karl Popper et Friedrich Hayek lors de ses études à Londres dans les années 1950, à la London School of Economics.

Alors qu'il est étudiant à l'université de Budapest (Budapesti Tudományegyetem), il fonde en 1908 le Cercle Galilée, dont il est le premier président, et qui rassemble des étudiants progressistes de cette université. Les caractéristiques affichées de ce cercle de radicaux « éclairés » sont :

Ses motivations : « Qu'il soit libre d'esprit, qu'il se tienne à l'écart des partis politiques, qu'il soit dévoué, honnête, qu'il attire la multitude des étudiants qui vivent dans la pauvreté ; qu'il soit un mouvement dont le but est d'apprendre et enseigner ».

Sa mission : « Mobiliser contre le cléricalisme et la corruption, contre les privilégiés, contre la bureaucratie contre ce bourbier partout présent dans ce pays resté à demi-féodal ».

La liberté d'esprit : « Par liberté d'esprit nous n'entendons ni déni de la vérité, ni déni de l'éthique, de la loi ou de l'autorité. Nous entendons bien au contraire qu'un esprit libre soit en quête inlassable de vérité, se conforme aux règles de la morale et agisse dans le respect de la loi et de l'autorité. Inlassablement et constamment. Sans jamais battre en retraite devant les considérations d'aucune sorte, sans jamais laisser la somnolence prendre le pas sur une vigilance alerte. Chercher la vérité au-delà de toute vérité de classe ou de race, suivre le chemin de l'éthique pure, dépasser les préceptes tout faits des “moralistes” , prendre appui sur les fondements de la justice, quitte à se méfier de la loi, pour ne s'incliner que devant l'autorité de la bonté et de la vérité, et se retourner contre toute fausse autorité qui repose sur un succès corrompu et l'étalage de la puissance ».

La quête de la vérité : « Chercher ainsi la vérité, et quand les tabous de la tradition se dressent sur la route, agir selon les postulats de l'éthique, quand bien même les adeptes des compromis ou les opportunistes dénigreraient cette attitude en la taxant de “super-idéalisme”, de “juvénilisme”, de “donquichottisme” ou simplement de manque de maturité. Se battre pour la justice, même contre la loi, et élever un autel à l'autorité des héros de la bonté et de la vérité sur les ruines de l'autorité des conventions, du cynisme, de l'ignorance et de la léthargie de l'âme ».

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