Karl Leisner, né à Rees en Rhénanie, le 28 février 1915, mort le 12 août 1945 à Planegg près de Munich, est un prêtre allemand.
Déporté, puis interné le 9 novembre 1939, il est clandestinement ordonné prêtre au camp de Dachau le 17 décembre 1944, par Gabriel Piguet. Il meurt à l'été 1945, peu après la libération du camp.
Reconnu martyr, il est béatifié en 1996 par le pape Jean-Paul II. Il est fêté liturgiquement le 12 août.
Karl Leisner est né le 28 février 1915 à Rees en Rhénanie, et grandit ensuite à Clèves. Fervent chrétien, Karl Leisner s'engage rapidement dans le mouvement de jeunesse catholique de Clèves, dont il devient responsable à l'âge de 18 ans en 1933.
L'évêque de son diocèse, Clemens August von Galen, lui confie alors la charge de responsable de la jeunesse dans l'ensemble du diocèse de Münster, en Westphalie. La Gestapo commence alors à surveiller ce jeune militant, dont le journal intime, qu'il tient depuis l'âge de douze ans, témoigne de son aversion pour le régime nazi.
En 1934, alors que les partisans du Führer scandent « Heil Hitler », Leisner écrit dans son journal : « Le Christ est ma passion, Heil. »
Il rencontre le Mouvement de Schönstatt dès le lycée, mouvement qui deviendra la source principale de sa spiritualité, faisant partie d'un groupe de séminaristes.
Karl Leisner est ordonné diacre le 25 mars 1939. Mais il découvre peu après qu'il est atteint de tuberculose pulmonaire et part en convalescence en Forêt-Noire. C'est là qu'il est arrêté par la Gestapo le 9 novembre 1939, à la suite d'une remarque concernant l'attentat manqué de Georg Elser contre Hitler le 8 novembre.
D'abord emprisonné à Fribourg-en-Brisgau, il est transféré au camp de concentration de Sachsenhausen, puis à celui de Dachau en Bavière en décembre 1940.
Premier clerc lié à Schönstatt interné à Dachau, il fut suivi par plusieurs autres, dont le fondateur Joseph Kentenich lui-même. En 1941, le père Josef Fischer crée un groupe de prêtres de Schönstatt dans le camp, groupe que rejoint Karl. En juin 1943, il y a trois groupes, dont celui de Karl. Ce groupe choisit pendant l’automne 1944 une devise commune : « Victor in vinculis » (« Vainqueur dans les chaînes »).
Le dimanche de Gaudete 17 décembre 1944, dans le bloc 26 du camp de concentration, Gabriel Piguet, évêque de Clermont, déporté lui aussi, ordonne Karl Leisner prêtre. Celui-ci est alors mourant. Il ne célèbrera de fait qu'une seule messe, pour la fête de saint Étienne, premier martyr du christianisme, le 26 décembre 1944.
Gabriel Piguet écrivit plus tard dans un livre que cette ordination fut le jour le plus beau de sa vie, mais il insista surtout sur le fait que, malgré les conditions exceptionnelles, cette ordination célébrée dans la clandestinité respecta intégralement le rituel catholique : « Aucun rite prévu, si petit soit-il, ne fut supprimé. […] Rien, absolument rien ne fit défaut dans la grandeur religieuse de cette ordination sacerdotale qui est probablement unique dans les annales de l’histoire. »
La principale difficulté, pour que l'ordination fût licite, fut d'obtenir l'approbation écrite de Clemens August von Galen, évêque du diocèse d'origine de Leisner, ainsi que celle du cardinal Michael von Faulhaber, évêque de Munich (dans le diocèse duquel se trouve Dachau). Les détenus réussirent toutefois à introduire ces approbations dans le camp, ainsi que le saint chrême et le Pontifical romain (le livre qui contient le rite de l’ordination), grâce à l'aide d'une jeune fille de 20 ans nommée Josefa Mack (de), aspirant à la vie religieuse, qui avait accès à la plantation où travaillaient une partie des détenus et qui risqua sa vie pour faire passer les éléments nécessaires à l'ordination. La crosse épiscopale, la mitre et l'anneau épiscopal avaient été fabriqués par des détenus à l'intérieur du camp.
Le camp de Dachau est libéré par l'armée américaine le 29 avril 1945. Karl peut en sortir malgré la mise en quarantaine du camp le 4 mai 1945. Il part au sanatorium de Planegg (près de Munich) où il meurt le 12 août. Il écrit dans les dernières lignes de son journal : « Bénis aussi, Seigneur, mes ennemis ! »
Il est enterré dans la crypte de la cathédrale de Xanten.
Un procès en béatification est engagé en 1975. Le 15 mars 1980, Jean-Paul II donne son accord pour l'ouverture du procès de béatification et, le 23 juin 1996 célèbre au stade olympique de Berlin la béatification de Karl Leisner et de Bernhard Lichtenberg. Le pape utilise à cette occasion la crosse épiscopale que Gabriel Piguet avait utilisée en 1944 pour ordonner Karl. Dans la courbure de cette crosse est sculptée autour d'une croix la formule « Victor in vinculis » (« Vainqueur dans les chaînes »). La fête liturgique du bienheureux Karl est fixée au 12 août.
Son procès de canonisation est ouvert le 25 avril 2007.
Un modèle pour la jeunesse d'Europe