Karl Jaspers (en allemand: /kaʁl ˈjaspɐs/, ? Écouter [Fiche]), né le 23 février 1883 à Oldenbourg et mort le 26 février 1969 à Bâle, est un psychiatre et philosophe germano-suisse représentatif de l'existentialisme. Ses travaux ont eu une grande influence sur la théologie, la psychologie, la psychiatrie et la philosophie.
D'abord formé comme médecin, il s'oriente vers la psychiatrie et est nommé professeur de psychologie à l'université de Heidelberg en 1913. Après la Première Guerre mondiale, il se tourne vers la philosophie. Ami de Heidegger, il dirige la thèse d'Hannah Arendt (1928). Évincé par les nazis en 1937, il revient à l'université de Heidelberg en 1945, mais déçu par la situation en Allemagne, où d'anciens nazis restent en poste, il part en Suisse à l'université de Bâle en 1948, et renonce à la nationalité allemande, obtenant la nationalité suisse en 1967.
Un astéroïde (48435) Jaspers est nommé en son honneur.
Origines familiales et formation
Né en 1883 d'un père juriste et d'une mère travaillant dans une coopérative agricole, Jaspers montre un intérêt précoce pour la philosophie. Il commence cependant par des études de droit, à l'instar de son père.
À 18 ans (1901), on lui diagnostique une maladie grave, ne lui donnant plus qu'une dizaine d'années à vivre. Il abandonne le droit en 1902 pour des études de médecine et obtient un doctorat en médecine en 1909.
Carrière comme médecin psychiatre (1909-1913)
Il commence alors à travailler dans un hôpital psychiatrique de Heidelberg, où Emil Kraepelin avait lui-même exercé quelques années auparavant. Jaspers ne se satisfait pas de la façon dont la médecine de l'époque approche la maladie mentale et s'efforce d'améliorer cette approche.
Professeur à l'université de Heidelberg (1913-1937)
En 1913, il est nommé sur un poste de professeur de psychologie à l'université de Heidelberg, d'abord temporaire, puis permanent, ce qui lui permet de ne pas reprendre son activité clinique.
À 40 ans (1923), au début de la République de Weimar, Jaspers se tourne vers la philosophie, explorant les thèmes qu'il avait entamés durant son activité de psychiatre. Il devient un philosophe renommé, influent au sein de la communauté philosophique jusqu'à sa mort en 1969.
La jeune Hannah Arendt, élève de Martin Heidegger, est envoyée par celui-ci faire son doctorat sous la direction de Jaspers, ami de Heidegger jusqu'en 1933 (ils entretiennent une correspondance régulière). Arendt soutient sa thèse, Le Concept d'amour chez Augustin, le 28 novembre 1928. Julia Kristeva, biographe et commentatrice d'Arendt, signale le « rapport réservé » de Jaspers, qui reproche à Arendt l'approximation de ses citations et le fait de ne pas avoir utilisé tout ce qu'Augustin a écrit sur l'amour.
En 1931, Jaspers publie La Situation spirituelle de notre temps, ouvrage conservateur et hostile au communisme, dans lequel il voit la Première Guerre mondiale comme une sorte de guerre civile européenne et croit à la nécessité d'un conflit d'ordre civilisationnel avec l'URSS.
Son mariage avec une juive, Gertrud Mayer (1879-1974), le pousse cependant à s'éloigner du nazisme, ainsi que le fait qu'il considère que les « origines de l'Occident » se trouvent tant chez les philosophes grecs que chez les prophètes juifs.
L'avènement du nazisme en 1933 le place dans une position difficile.
En 1937, il est mis à la retraite d’office et en 1938, frappé d’une interdiction de publier.
L'après-guerre à Heidelberg (1945-1948)
Jaspers revient à l'Université de Heidelberg en 1945. Il prononce une série de conférences sur la « culpabilité allemande », dans lesquelles il se montre assez optimiste quant à la prise de conscience des Allemands de l'atrocité des événements de la période du Troisième Reich et de la Seconde Guerre mondiale.