Kangxi (chinois : 康熙 ; pinyin : Kāngxī ; EFEO : K'ang-Hi ; API : /kʰáŋɕí/), dont le nom personnel est Xuanye (chinois : 玄晔 ; pinyin : Xuányè ; Mandchou : ᡥᡳᠣᠸᠠᠨ ᠶᡝᡳ), né le 4 mai 1654 à Pékin dans la Cité interdite et mort le 20 décembre 1722, est un empereur de Chine, le quatrième de la dynastie Qing. Il fut l'empereur qui eut le règne le plus long de l'histoire de la Chine, de 1661 à 1722, soit plus de soixante-et-un ans. Il est considéré comme l'un des plus grands empereurs de la Chine impériale.
Troisième fils de l'empereur Shunzhi, il est désigné comme son successeur à la mort de celui-ci (1661) alors qu'il n'a que 7 ans. À l'âge de 15 ans, en 1669, il prend le pouvoir en écartant le régent Oboi. Il se retrouve à la tête d'un empire qui est loin d'être consolidé depuis sa conquête par les mandchous et l'installation de la dynastie Qing. Souverain cultivé, ouvert, pieux et profondément sinisé, Kangxi met fin aux principales mesures qui dressaient la population han contre les souverains mandchous. Il restitue les domaines confisqués par les conquérants. Il limite la fiscalité pesant sur la paysannerie et favorise le développement des lettres et des arts. Il aménage l'organisation de l'administration locale héritée des Ming en privilégiant son efficacité et en limitant drastiquement ses effectifs.
Les armées de Kangxi mettent fin à la résistance des derniers partisans de la dynastie Ming en venant à bout de la piraterie qui paralysait les activités et avait chassé la population le long de la côte sud-ouest de la Chine et en prenant possession de l'île de Taïwan, fief des pirates. Il reprend le contrôle des provinces du sud devenues quasiment autonomes sous la houlette des généraux Hans, à qui avaient été confiés leur conquête pour le compte des mandchous, en venant à bout de la rébellion des trois feudataires (1673-1681). Au nord-ouest il mate les tribus mongoles en 1696 pour prévenir une alliance dirigée contre l'empire chinois. Pour la même raison une guerre civile qui éclate au Tibet pousse Kangxi à intervenir militairement et les armées chinois occupent la capitale tibétaine Lhassa en 1720. Enfin il fige par le traité de Nertchinsk (1689) les frontières avec l'Empire russe en pleine expansion en Sibérie et dont les colonies menacent d'empiéter sur le nord de l'empire chinois.
Sous le règne de Kangxi, la population et l'économie chinoise, qui avaient été profondément affectées par la déliquescence de la dynastie Ming puis par les différents conflits découlant de la conquête du pays par les mandchous, renouent avec une ère de prospérité qui se poursuivra durant tout le XVIIIe siècle sous les règnes de son fils Yongzheng et de son petit-fils Qianlong. Kangxi est à l'origine de plusieurs publications remarquables : une encyclopédie de près d'un million de pages, un dictionnaire recensant les 47 035 caractères de l'écriture chinoise et une anthologie rassemblant 49 000 poésies produites durant la dynastie Tang (en).
Contexte : un pouvoir mandchou fragile et en cours de consolidation
Kangxi est le quatrième empereur de la dynastie Qing qui a conquis la Chine au milieu du XVIIe siècle en supplantant la dynastie Ming. Contrairement à celle-ci la dynastie Qing est d'origine non chinoise (han). Issues de la Mandchourie, région située à la périphérie nord-est de la Chine, les armées mandchoues assistées d'armées mongoles et chinoises ralliées ont conquis la Chine du nord en s'emparant en 1644 de la capitale Pékin. Lorsque Kangxi nait en 1654 le pouvoir mandchou est loin d'être stabilisé. Les occupants ont pris plusieurs mesures qui les ont rendu largement impopulaires auprès des autochtones. Ils ont confisqué de larges domaines agricoles qu'ils font cultiver par des esclaves chinois. La coiffure traditionnelle mandchoue a été imposée à la population masculine en signe de loyauté au nouveau régime ce qui a entrainé de violentes révoltes réprimées dans le sang. De manière générale les lettrés chinois, qui forment l'élite, sont hostiles aux mandchous qu'ils considèrent comme des barbares. Pour conquérir la Chine du sud, les mandchous, peu nombreux, ont dû confier cette tache à des généraux hans disposant d'une très large autonomie et ceux-ci sont désormais à la tête des provinces du sud constituant une menace latente pour le pouvoir mandchou. Les derniers partisans des Ming poursuivent une guerre de harcèlement qui se traduit par des actes de piraterie qui paralysent les échanges commerciaux par la mer et ont entrainé l'abandon des agglomérations situées sur la côte. Enfin durant la régence qui précède la prise de pouvoir de Kangsi, les principaux dirigeants mandchous ont formé plusieurs clans fortement divisés qui étendent leurs influences jusque dans les provinces.
Toutefois pour tenter d'imposer leur pouvoir autrement que par la force, les mandchous ont rétabli les examens impériaux destinés à former de nouvelles élites plus favorables aux nouveaux empereurs. Ils ont par ailleurs largement conservé les structures administratives héritées des Ming.
Kangxi était le fils du troisième empereur Qing, Shunzhi, et d'une concubine issue d'une famille Jurchen (ethnie à laquelle appartiennent les Mandchous). Sinisée de longue date, elle portait le nom chinois de Tong (佟), mais avait repris un nom mandchou (Tunggiya) à l'avènement des Qing. La mère de Kangxi était donc certainement en partie une Han. Une légende fait de Kangxi le fils secret d'une autre concubine, Dong Guifei, dont son père était très épris, et à la mort de laquelle il aurait pris l'habit de moine en feignant sa mort. On peut encore en entendre les échos de nos jours.
Shunzhi, le troisième empereur Qing, meurt le 5 février 1661 à l'age de 23 ans après avoir contracté la variole. Son règne d'une durée de 8 ans n'avait pas été particulièrement marquant. Peu avant son décès Shunzhi désigne un de ses fils, Xuanye âgé de 7 ans, comme son successeur. Celui-ci prend comme nom de règne Kangxi (qui signifie littéralement empeur de la santé et de la gloire). En attendant la majorité de Kangxi le gouvernement de l'empire est confié à quatre régents choisis par son père parmi des membres de bannières mongoles vétérans des conquêtes des décennies 1640 et 1650 : Soni, Suksaha, Ebilun et Oboi (Aobai, 鳌拜). Ce dernier écarte progressivement les autres régents (il fait exécuter Suksaha en 1667). Par ailleurs il pratique une politique particulièrement dure vis-à-vis des chinois. En 1669, alors qu'il est seulement âgé de 15 ans, Kangxi décide de prendre le pouvoir avec l'assistance de sa grand-mère l’impératrice douairière Xiaozhuang. Il parvient à piéger Obio et à le faire emprisonner et condamner à mort pour outrage à l'empereur. Obio est gracié mais meurt en prison la même année.
Grâce à de nombreux témoignages, notamment des missionnaires chrétiens vivant dans la Cité interdite, on dispose d'une description assez précise de la personnalité de Kangxi. Dans sa relation avec les autres, il est bienveillant, capable d'humour et familier (bien qu'exigeant le respect). Il est toutefois parfois sujet à des colères violentes mais celles-ci sont de courte durée. Kangxi est sensible et compatissant avec les souffrances du peuple et plus généralement des démunis et des personnes âgées. Il est cultivé, ouvert d'esprit et est passionné par les sciences, en particulier l'astronomie, et n'hésite pas à participer à des débats philosophiques ou religieux. C'est un gros travailleur qui a un sens élevé de son devoir en tant que souverain. Bien qu'il admire la culture chinoise dont il maitrise les arcanes, il est resté très mandchou et a la nostalgie de son pays d'origine. Il s'échappe chaque fois qu'il peut dans la steppe, où il pratique la chasse y compris du gros gibier (ours, tigre). Le jésuite Louis Le Comte a dressé un portrait de l'empereur qu'il a rencontré vers 1688 : « L'empereur m'a paru d'une taille au-dessus de la médiocre, plus gros que ne sont les gens ordinaires qui se piquent en Europe d'être bien faits, mais un peu moins qu'un chinois ne souhaite paraître. Il a le visage plein et marqué par la petite vérole. Il a un large front, un nez et des yeux petits à la manière des chinois, la bouche belle et le bas du visage fort agréable. Enfin quoi qu'on ne voie rien de fort grand en sa physionomie, il a l'air bon et on remarque dans ses manières et dans toute son action quelque chose qui sent le maître et qui le distingue ».