Ce Jour-là

Kaïs Saïed

Homme d'État tunisien

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Kaïs Saïed (arabe : قيس سعيد), né le 22 février 1958 à Tunis, est un homme d'État tunisien, président de la République depuis le 23 octobre 2019. Universitaire spécialisé en droit constitutionnel et juriste de profession, il est président de l'Association tunisienne de droit constitutionnel de 1995 à 2019.

Candidat indépendant à l'élection présidentielle de 2019, bénéficiant d'une image de probité, il est élu au second tour avec 72,7 % des suffrages exprimés, face à l'homme d'affaires Nabil Karoui.

En 2021, alors qu'il jouit toujours d'une importante popularité dans un contexte de blocages politiques et de la pandémie de Covid-19, il s'octroie les pleins pouvoirs, démet des membres du gouvernement et gèle les activités du Parlement, puis le dissout, ce qui constitue un coup d'État selon des opposants et analystes. En 2022, il abroge la Constitution de 2014 et en fait adopter par référendum une nouvelle, caractérisée par un pouvoir exécutif fort et faisant référence à l'islam comme objectif de l'État et source du droit dans le cadre d'un processus contesté.

Largement considéré comme un autocrate, il est aisément réélu en 2024 pour un second mandat lors d'un scrutin verrouillé et marqué par la plus forte abstention à une élection présidentielle depuis l'avènement de la démocratie en 2011.

Kaïs Saïed est le fils de Moncef Saïed et Zakia Bellagha. Selon Kaïs Saïed, son défunt père a protégé la jeune Gisèle Halimi des nazis. Son père est fonctionnaire au ministère des Finances. Sa mère, issue de la bourgeoisie tunisoise, est femme au foyer, bien qu'éduquée. Sa famille est membre de la classe moyenne. Son oncle paternel, Hicham Saïed, est le premier chirurgien pédiatre de Tunisie, connu pour avoir séparé des siamois dans les années 1970.

Il est marié à la magistrate Ichraf Chebil, rencontrée à la faculté de droit de Sousse où elle était une de ses étudiantes. Il est père de trois enfants (deux filles et un fils : Sarah, Mouna et Amrou). Son frère, Naoufel Saïed, est également impliqué dans la vie politique et le soutient.

Kaïs Saïed effectue ses études secondaires au collège Sadiki.

Juriste de formation, sans doctorat, il est spécialiste en droit constitutionnel, et secrétaire général de l'Association tunisienne de droit constitutionnel entre 1990 et 1995 puis vice-président de ladite association depuis 1995.

Directeur du département de droit public à l'université de Sousse entre 1994 et 1999, puis à la faculté des sciences juridiques et politiques de Tunis de 1999 à 2018, il est membre du groupe d'experts du secrétariat général de la Ligue arabe entre 1989 et 1990, expert auprès de l'Institut arabe des droits de l'homme de 1993 à 1995 et devient membre du comité d'experts chargé de réviser le projet de la Constitution tunisienne en 2014. Il est par ailleurs membre du conseil scientifique de plusieurs commissions universitaires.

Professeur invité dans plusieurs universités arabes, il refuse en 2013 de faire partie de la commission d'experts ayant pour mission de trouver une issue juridique au problème de l'Instance supérieure indépendante pour les élections. Il prend sa retraite en 2018.

En 2010-2011, Kaïs Saïed participe à la révolution tunisienne. Le 15 janvier 2011, au lendemain de la fuite de Zine el-Abidine Ben Ali, Kaïs Saïed soutient, au sein de sa faculté, la nécessité de convoquer une assemblée constituante. Il prône, le remplacement de l'Assemblée des représentants du peuple, élue au scrutin direct, par une assemblée composée de 165 membres élus au scrutin indirect sur une base régionale par les élus locaux, ainsi que l'instauration pour ces derniers d'un mandat révocable. En 2013, au sujet de la réforme de la Constitution, il déclare que « ne pas mentionner la charia permettra d'éviter les effets négatifs/rétrogrades de celle-ci » et qu'« il est préférable de se contenter de l'article premier de la Constitution de 1959 ». Il obtient le soutien du collectif Kasbah 1, qui entend préserver l'héritage de la révolution et dès 2013-2014, Kaïs Saïed participe à plusieurs clubs politiques et réunions, qui rassemblent des jeunes. En 2016 est créé le mouvement Mouassissoun pour soutenir l'action et les projets de Saïed.

Selon Olfa Lamloum, directrice du bureau de Tunis de l'ONG International Alert, « [Saïed] a réussi à gagner la confiance de cette jeunesse dans les quartiers et les régions de l'intérieur, non pas à travers les promesses mais en apportant des réponses à l'échec de la démocratie représentative ». Pour le sociologue Mohamed Jouili, « [il] a su ces dernières années établir une relation de confiance forte avec les jeunes en les rencontrant partout dans le pays, ce qui lui a permis de construire autour de lui une ceinture de jeunes ayant mené sa campagne ».

Élection présidentielle de 2019

Candidat à l'élection présidentielle de 2019, il n'est affilié à aucune formation politique et mène une campagne aux moyens très limités misant sur sa voix timbrée, son allure d'ascète et s'exprime dans un arabe littéraire (alors que ses adversaires parlent souvent en dialecte). Il présente un programme anti-corruption et dénonce le non-respect des lois constitutionnelles, prônant une révision de la manière d'exercer le pouvoir législatif. Il promet de ne pas résider au palais présidentiel de Carthage et refuse de recevoir des financements publics pour sa campagne. Ses traits figés et son élocution monocorde, mis en lien avec ses thèmes favoris de campagne portant sur le droit et la justice le font surnommer « Robocop ». Le cœur de son électorat est composé de jeunes diplômés. Également francophone, il accorde plusieurs entretiens dans cette langue au cours de la campagne.

Il arrive en tête du premier tour avec 18,40 %, devant Nabil Karoui (15,58 %), homme d'affaires emprisonné. Dans l'entre-deux tours, Saïed reçoit les soutiens des candidats Abdelfattah Mourou, Hechmi Hamdi, Moncef Marzouki, Lotfi Mraïhi, Seifeddine Makhlouf et Mohamed Abbou. Il cesse, le 5 octobre, de faire campagne pour le second tour afin de respecter l'égalité des chances avec son adversaire Nabil Karoui, en prison depuis fin août qui faisait campagne par l'intermédiaire de sa femme. Il participe le 11 octobre à un débat télévisé face à son adversaire libéré quelques jours avant le second tour.

Kaïs Saïed l'emporte largement au second tour de scrutin selon les sondages de sortie des urnes, ce qui est confirmé par les résultats préliminaires : il obtient en effet 72,71 % des voix contre 27,29 % pour son adversaire. L'analyste Michaël Ayari, de l'International Crisis Group, affirme : « Personne ne croyait vraiment à ce candidat hors norme, sans aucune expérience politique. Kaïs Saïed incarne la probité et la lutte contre la corruption, c'est un homme qui croit que tout se règle en appliquant les lois à la lettre. Kaïs Saïed incarne les espoirs déçus de 2011, il parle au nom des marginaux, veut rétablir la dignité et combattre les inégalités régionales ». Durant la campagne, il cultive l'image d'un homme modeste. Habitant dans son logement de fonction, il se déplace en bus et en métro et vient à la rencontre des citoyens en allant dans un café populaire.

Investiture et premières mesures

Les résultats de l'élection présidentielle sont proclamés à l'identique par l'Instance supérieure indépendante pour les élections le 17 octobre. Le même jour, Kaïs Saïed choisit son frère Naoufel, lui aussi professeur de droit constitutionnel, pour nommer les conseillers et membres du cabinet présidentiel. Le bureau de l'Assemblée des représentants du peuple se réunit le 18 octobre et fixe la prestation de serment au 23 octobre. Cette date correspond à la durée maximale de l'intérim présidentiel de 90 jours.

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