Justus von Liebig (en allemand : ˈliːbɪç), né 12 mai 1803 à Darmstadt, Landgraviat de Hesse-Darmstadt et mort le 18 avril 1873 à Munich, Royaume de Bavière, baron von Liebig à partir de 1845, est un chimiste allemand. Par son travail de chercheur mais aussi d'enseignant et de propagandiste, il apporta des contributions majeures à la chimie organique et à l'agronomie. Il est considéré comme un des fondateurs de l'agriculture industrielle, fondée sur la chimie organique. L'apport de Liebig à la science agronomique a toutefois été réévalué ; au lieu d'opérer une rupture, comme l'historiographie l'a longtemps présenté, il est plutôt désormais considéré comme un remarquable effort de mise en forme de travaux préexistants. Quoi qu'il en soit, tant par ses erreurs que par ses découvertes — propres ou empruntées — Liebig, parfois par les outrances mêmes de ses attaques, contribua de façon éminente au développement des recherches dans le domaine agricole.
À Pâques 1811, Justus von Liebig commence ses études secondaires au lycée Louis-Georges (de) de Darmstadt – d'un bon niveau – qu'il doit quitter en 1817 avant d'avoir pu passer son Abitur (probablement à la suite des difficultés financières de son père : le duché de Darmstadt-Hesse, ancien allié de la France lors des guerres napoléoniennes, traverse une crise consécutive aux mesures de rétorsion prises par Metternich après la défaite de Napoléon).
Très jeune curieux de chimie, dont il apprend quelques rudiments dans l'atelier de son père marchand de couleurs et commerçant à Darmstadt, il est placé en apprentissage auprès d'un pharmacien de Heppenheim, Gottfried Pirsch en septembre 1817. En juin 1818, Pirsch le congédie. Il existe plusieurs versions concernant les raisons de ce renvoi.
À l'automne 1819, il entame des études de sciences naturelles à l'université de Bonn, avec Karl Kastner, alors considéré comme le meilleur chimiste organicien allemand, puis à l'université d'Erlangen où Kastner a accepté un nouveau poste en 1821.
En 1822, Liebig publie son premier article, portant sur les fulminates, dans le Repertorium für die Pharmacie.
C'est Kastner qui l'invite à postuler une bourse pour étudier à Paris, alors un lieu important de savoir et d'enseignement de la chimie. Sa bourse accordée initialement pour une durée de six mois lui est régulièrement renouvelée.
Il obtient alors une bourse du gouvernement de la Hesse pour étudier à Paris. Il y arrive en novembre 1822 logeant non loin de la Sorbonne où il suit les enseignements de Louis Joseph Gay-Lussac , Louis Jacques Thénard et Jean-Baptiste Biot mais aussi de Cuvier de Geoffroy Saint-Hilaire et de Pierre Louis Dulong. Il suit également les cours de chimie industrielle donnés par Nicolas Clément au Conservatoire des Arts et Métiers. Thenard lui obtient une place d'étudiant chercheur dans le laboratoire privé de Gaultier de Claubry. Liebig y reprend ses travaux sur les fulminates, travaux qui donnent lieu à une présentation à l'Académie des Sciences le 28 juillet 1823 en présence d'Alexander von Humboldt. Celui-ci suggéra à Gay-Lussac d'accepter Liebig dans son laboratoire privé de l'Arsenal pour y poursuivre son travail sur les fulminates. Les résultats de cette collaboration (« Analyse du fulminate d'argent », Annales de chimie et de physique, Paris, 1824) connaissent un grand retentissement. Ambitionnant d'obtenir un poste à Darmstat, mais n'étant pas encore docteur, Liebig soutient un doctorat in abstentia en adressant à Kastner une courte réponse à la question : « Qu'apporte la chimie minérale à la chimie des plantes ? » Le doctorat en philosophie lui est conféré le 23 juin 1823 par l'université d'Erlangen. Quittant Paris en avril 1824, il part pour l'université de Giessen, où il est nommé professeur extraordinaire de chimie le 26 mai.
En 1824, grâce à l'appui de Humboldt, il devient professeur à l'université Justus-Liebig de Gießen, université qui porte désormais son nom. Il y crée le premier laboratoire destiné à l'enseignement pratique de la chimie.
En 1825 il est titulaire de la chaire de chimie de l'université de Gießen.
Avec les professeurs Friedrich Wernekingk et Hermann Umpfenbach il fonde un institut privé – une École Pharmaceutique et technique (Pharmazeutisch-technischen Lehranstalt) – à la suite du refus des autorités de l'université de le créer en son sein.
De 1827 à 1828-1829, tout en poursuivant ses activités à l’université, il exerce un travail de vérification des pharmacies sur la demande du ministère de l'intérieur et de la justice du grand-duché de Hesse.
Avec son ami Friedrich Wöhler, Liebig travaille sur des sels d'argent. Il établit vers 1830 la théorie des radicaux (en) grâce à laquelle la grande diversité des liaisons en chimie organique pouvait pour la première fois être expliquée de façon systématique.
En 1831, à la demande de Phillip Lorenz Geiger, un pharmacien d'Heidelberg, il devient coéditeur du Magazin für Pharmacie (qui prendra le nom de Annalen der Pharmacie en 1832 et qui deviendra la principale publication sur la chimie de son temps).
En 1831, à la suite de son invention de l'appareil à cinq ampoules (en) (Fünf Kugel Apparat ou Kali-Apparat, autrefois appelé appareil à Potassium), il accède à un prestige d'analyste réputé en chimie organique, une branche que les scientifiques pensaient ne pas pouvoir être étudiée en dehors des organismes vivants. Ce petit instrument de laboratoire en verre a permis de mesurer rapidement et facilement la masse relative du carbone dans de petits échantillons organiques, même par des chimistes non expérimentés. Un grand nombre d'analyses organiques ont été publiées, ce qui a impressionné le chimiste suédois Berzelius.
En 1832, il fait état de la découverte d'une nouvelle substance – qui ne s'appelle pas encore le chloroforme. Cela génère une querelle d'antériorité d'une part avec Eugène Soubeiran, mais aussi avec Samuel Guthrie (en) tandis que Jean-Baptiste Dumas rétablira plus tard certaines erreurs commises par ses devanciers.
En 1832, il publie avec Wöhler un article considéré par Berzelius comme fondateur de la chimie organique (Untersuchungen über das Radikal der Benzoesäure, Ann. Pharm. 3 (1832)). Dans cette étude Liebig et Wöhler ont recours au terme « radical » pour désigner le groupe benzoyle [C6H5CO] (la définition du radical que Liebig donnera en 1838 peut être rapprochée de celle que Lavoisier avait lui-même formulée). Liebig et Wöhler découvrent également le premier exemple de polymorphisme cristallin sous la forme d'un composé qu'ils nomment benzamide.
Il synthétise la mélamine en 1834 à partir de thiocyanate de potassium (en réalité, le produit que Liebig appelle Melam, est composé surtout de mélamine liée à son sel thyocianate ; la production industrielle de Mélamine ne sera possible que dans les années 1940).
En 1835, en étudiant les aldéhydes, il découvre que l'argent peut se déposer sur du verre par réduction chimique d'une solution de nitrate d'argent. Cette découverte, à l'origine de nombreuses initiatives pour fabriquer des miroirs, est d'abord considérée par Liebig comme un moyen de reconnaître la présence de l’aldéhyde.