Ce Jour-là

Justinien Ier

Empereur byzantin de 527 à 565

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Justinien Ier ou Justinien le Grand (latin : Imperator Caesar Flavius Petrus Justinianus Sabbatius Augustus, grec ancien : Φλάβιος Πέτρος Σαββάτιος Ἰουστινιανός), né vers 482 à Tauresium, près de Justiniana Prima en Illyrie, et mort le 15 novembre 565 à Constantinople, est un empereur romain d'Orient ayant régné de 527 jusqu'à sa mort. Il est l'une des principales figures de l'Antiquité tardive. Que ce soit sur le plan du régime législatif, de l'expansion des frontières de l'Empire ou de la politique religieuse, il a laissé une œuvre considérable.

D'origine modeste, il parvient au faîte du pouvoir grâce à l'action de son oncle et empereur Justin Ier dont il est l'un des principaux conseillers avant de devenir son successeur. Si son arrivée au pouvoir n'est pas sans troubles, puisqu'il doit faire face à la sédition Nika, il impose progressivement son autorité sur un Empire qui, depuis sa fondation, est constamment sur la défensive face aux assauts de nombreux adversaires et tente de faire perdurer l'héritage de Rome, au travers du projet de la renovatio imperii (« restauration de l'Empire »).

Justinien est parfois considéré comme le dernier empereur romain, avant que l'Empire byzantin (Empire romain d'Orient) ne commence à se différencier de l'Empire romain dont il est le continuateur direct. Il est le dernier empereur à chercher à rétablir l'unité et l'universalité de l'Empire romain, ce qui l'amène à mener des guerres expansionnistes, principalement en Italie et en Afrique, tout en défendant victorieusement les frontières contre les Perses et les Slaves. Au-delà de ses succès militaires, il entreprend une œuvre de codification législative de grande ampleur qui influence profondément l'évolution du droit en Europe pour les siècles à venir. Très pieux, il intervient fortement dans les affaires religieuses. Son ambition de reconstituer un Empire romain universel se confond avec sa volonté d'une foi chrétienne unique et universelle. De ce fait, il est très actif dans la lutte contre les dissidences religieuses, usant parfois de l'oppression et parfois du dialogue, notamment avec les monophysites, même si ses résultats en la matière sont contrastés. En outre, il contribue à l'épanouissement de l'art byzantin, représenté par la construction de la basilique Sainte-Sophie à Constantinople, mais aussi par de multiples autres édifices. Enfin, le règne de Justinien ne peut se concevoir sans le rôle des multiples personnages dont il a su s'entourer et qui lui ont permis de concrétiser ses ambitions, à l'image de son épouse, l'impératrice Théodora, de ses généraux, dont Bélisaire est le plus célèbre, du juriste Tribonien ou du préfet du prétoire Jean de Cappadoce. Il est également probablement le dernier empereur à avoir le latin comme langue maternelle.

Le règne de Justinien peut être décomposé en deux parties. De 527 à 540, les succès sont réels, souvent rapides et de grande ampleur. En revanche, la deuxième partie de son règne est plus contrastée : les frontières de l'Empire sont assaillies et ses nouvelles conquêtes, notamment en Italie, sont compromises. Pour autant, si l'Empire vacille, la situation se rétablit sur l'ensemble des fronts et à sa mort, l'Empire romain d'Orient est à son apogée territorial. Sur le plan interne, la situation se dégrade, parfois pour des raisons extérieures à l'empereur. La peste de Justinien et une série de catastrophes naturelles aboutissent à une profonde crise démographique dont les effets se font surtout ressentir après sa mort.

Sur bien des points, l'œuvre de Justinien apparaît inachevée. Ainsi, ses conquêtes territoriales ne lui survivent pas, de même que l'idée d'un Empire romain universel. Certains historiens ont pu critiquer les ambitions d'un empereur inconscient des forces réelles de son Empire et des enjeux les plus urgents auxquels il fait face. Pour autant, il reste encore aujourd'hui considéré comme un dirigeant de grande qualité, contribuant à faire rayonner l'héritage de la Rome antique.

La connaissance du règne de Justinien repose sur un grand nombre de sources. Certaines proviennent de Justinien, notamment les nombreuses Novelles de Justinien qu'il a prises durant son règne et qui éclairent sa conception de la fonction impériale. Au-delà, plusieurs chroniqueurs ont écrit sur son règne. Procope de Césarée est de loin la principale source. Ses ouvrages portent principalement sur les guerres menées par Justinien, au sein de sa chronique Les Guerres de Justinien comprenant La Guerre des Perses, La Guerre des Vandales et La Guerre des Goths. Il y livre des détails précieux sur le déroulement de ces conflits et présente généralement Justinien de manière positive, touchant parfois au panégyrique. De même, son ouvrage intitulé Les Monuments ou Les Constructions donne un aperçu intéressant de la politique architecturale de Justinien. Toutefois, l'originalité de cet auteur vient de son Histoire secrète de Justinien. Cet ouvrage, paru après sa mort, livre une version beaucoup plus négative de Justinien et de son entourage, que ce soit sa femme, qu'il présente comme étant à l'origine de nombre des décisions de Justinien, ou Bélisaire, dont il a pourtant été l'assistant. Par bien des aspects, cet ouvrage s'apparente à un pamphlet haineux, tout en conservant une qualité d'écriture réelle, comme souvent chez Procope. De ce fait, il est parfois difficile de démêler le vrai du faux ou, tout du moins, de savoir jusqu'où Procope va dans l'exagération, même si ces deux ouvrages doivent être appréhendés comme complémentaires et non opposés.

Dès lors, il est nécessaire d'accorder de l'importance aux autres chroniqueurs pour corriger les éventuels biais des récits de Procope. Jean le Lydien est aussi une source importante. Son ouvrage historique, Sur les magistratures de l'État romain, est un panégyrique généralement favorable à l'empereur, probablement en partie par nécessité, pour éviter de le mécontenter. Toutefois, il n'hésite pas à le critiquer à l'occasion. Il blâme par exemple la politique fiscale causée par les guerres coûteuses de Justinien, même s'il s'attaque surtout à Jean de Cappadoce et, plus généralement, à l'entourage de l'empereur. Agathias est la troisième source majeure à propos de Justinien. Après la mort de ce dernier, il écrit cinq ouvrages qui prétendent être la suite des Guerres de Procope et recueille des témoignages byzantins, mais aussi perses. Toutefois, son style pâtit d'un manque de rigueur au profit d'envolées rhétoriques et poétiques, un trait par ailleurs souvent présent dans les chroniques de l'époque et qui rend parfois difficile leur exploitation. De son côté, Jean Malalas a rédigé une longue chronologie qui prétend raconter l'histoire du monde depuis sa création. L'un de ses livres est consacré à Justinien, qu'il juge favorablement, et ses informations reprennent souvent le discours officiel. D'autres historiens, comme Évagre le Scholastique, Jean d'Éphèse ou Zacharie le Rhéteur, apportent des informations complémentaires, mais leurs œuvres ne subsistent parfois que partiellement. Certains événements du règne de Justinien sont aussi éclairés par des œuvres diverses, à l'image de la Johannide, le récit épique de Corippe, qui s'inspire grandement des grands auteurs de l'Antiquité comme Virgile. Il y narre les exploits de Jean Troglita en Afrique et, au-delà de l'aspect laudateur, fournit des informations précieuses sur le contexte historique dans la région.

Origines, formation et caractère

À l'origine, rien ne destine Justinien, né vers 482, à exercer la fonction impériale. En effet, il est originaire d'une famille de paysans vivant en Thrace, dans le village de Tauresium (près de la future Justiniana Prima). Il pourrait être d'ascendance illyrienne selon plusieurs chroniqueurs, mais d'autres sources, comme celle de Jean Malalas, indiquent une origine thraco-romaine. Quoi qu'il en soit, un de ses oncles, Justin Ier, est alors présent à Constantinople et joue un rôle fondamental dans le destin de Justinien. Selon Georges Tate, « l'élévation au trône de Justinien est entièrement due à Justin. Sans lui, ses chances étaient inexistantes ». Justin est d'origine modeste, mais à la suite de raids des Huns dans sa région natale, il rejoint Constantinople et s'engage dans le prestigieux corps des Excubites avant de grimper dans la hiérarchie. Par la suite, il invite son neveu à venir dans la capitale avant de l'adopter. Sa date d'arrivée à Constantinople est incertaine. Pierre Maraval estime qu'il a autour d'une dizaine d'années, Georges Tate pense qu'il a plutôt une vingtaine d'années. Ce qui est sûr, c'est que son oncle lui fait donner, alors qu'il est lui-même sans grande culture, la meilleure instruction possible ; l'éducation d'alors se base sur le droit, la rhétorique et la théologie. Justinien dispose donc d'une éducation de qualité, même si Procope de Césarée affirme qu'il reste un barbare dans son langage. Il entame ensuite une carrière militaire au sein de la schole palatine, même s'il sert uniquement dans une unité d'apparat. Il est alors l'un des gardes impériaux, ce qui lui permet d'être à proximité directe du pouvoir.

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