Ce Jour-là

Justinien II

Empereur byzantin de 685 à 695 et de 705 à 711

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Justinien II (latin : Flavius Justinianus Augustus, grec : Ιουστινιανός Βʹ), né vers 668 et mort le 4 novembre 711, dit Rhinotmète — latin Rhinotmetus (ὁ Ῥινότμητος « Nez coupé ») —, est un empereur byzantin ayant régné entre 685 et 695, puis entre 705 et 711. Il est le fils de Constantin IV et de sa femme Anastasie, et le dernier représentant ayant régné de la dynastie des Héraclides.

Très jeune, il est traité comme l'héritier du trône de son père. Il lui succède à seize ou dix-sept ans, dans un Empire confronté à de multiples menaces extérieures. Il s'impose comme un souverain énergique mais parfois brutal et prompt à certaines décisions hâtives. Il profite des désordres internes aux Omeyyades pour reprendre un peu de terrain en Orient. Il est sur la défensive après une grave défaite à la bataille de Sébastopolis en 692. Dans les Balkans, il stabilise la situation autour de Thessalonique, et ne reprend guère de terrain aux Slaves et aux Bulgares.

Sur le plan intérieur, il se distingue par une politique fiscale agressive et des réformes parfois hostiles à l'aristocratie. Il est connu pour sa réforme monétaire, qui fait figurer le Christ sur les pièces de monnaie. Il porte de l'intérêt aux questions religieuses et organise le concile in Trullo en 692, qui attise les dissensions avec la papauté et confirme le déclin de l'influence impériale en Italie. Renversé en 695 par une coalition hétéroclite menée par le général Léonce, il est mutilé et exilé en Crimée.

Il revient au pouvoir grâce à une alliance avec les Bulgares en 705. Son second règne est dépeint par des chroniqueurs byzantins souvent hostiles, comme une ère de violence et de vengeance. Il ne parvient pas à rétablir sa légitimité alors que la pression des Arabes se fait toujours plus intense en Asie mineure. Contesté à Ravenne malgré sa réconciliation avec le pape Constantin, il est renversé par un soulèvement parti de la cité de Chersonèse en Crimée, en 710-711. Mené par le général arménien Philippicos, ce soulèvement s'achève avec l'exécution de Justinien et de son fils, Tibère, qui plonge l'Empire dans une ère troublée de coups d'État et de guerres civiles, jusqu'en 717. Alors qu'il est dépeint comme tyrannique, les historiens modernes s'efforcent de pondérer l'appréciation de son règne, sans contester les défauts et les limites de sa politique.

Le règne de Justinien II intervient au cours d'une période de crise profonde de l'Empire byzantin. Ce dernier est confronté à des invasions de grande ampleur et à une rétraction significative de son aire d'influence. Cette crise politique s'accompagne d'un déclin de la production littéraire, y compris des chroniques historiques : celles qui ont pu être composées lors de son règne n'ont pas été préservées. C'est le cas de celle de Trajan le Patricien. Il est le seul historien connu de cette époque, mais son témoignage semble particulièrement hostile à Justinien.

Cette rareté des écrits est souvent soulignée comme le principal obstacle à une bonne compréhension de son règne. La principale source pour appréhender cette époque est la Chronique de Théophane le Confesseur, composée plusieurs décennies après la mort de Justinien II. Il est d'ailleurs probable qu'il a repris des écrits aujourd'hui disparus, possiblement plus contemporains de Justinien II, comme la Chronique de Théophile d'Édesse ou bien la chronique de 720, perdue mais en partie recopiée par d'autres, parfois attribuée à Trajan. Certains historiens ont surnommé cette dernière la chronique de Justinien : ils considèrent que son règne en constitue le sujet principal. La Chronique de Théophane est une source indispensable pour la période du règne de Justinien II, mais sa fiabilité doit être évaluée avec prudence et sa chronologie est parfois erronée. L'interprétation moralisatrice et le biais anti-Justinien de Théophane ont influencé durablement la perception de cet empereur, contribuant à construire une légende noire autour de sa personnalité et de son règne.

Le patriarche Nicéphore Ier de Constantinople a composé un Breviarium qui peut servir de contrepoids au récit de Théophane. Cet ouvrage est plus concis, plus neutre par rapport à Justinien II, sans l'épargner pour autant. Il est précieux dans l'appréhension de la politique religieuse de l'empereur. Georges le Moine, qui écrit encore quelques décennies plus tard, reprend généralement la narration de Nicéphore ou de Théophane, tout en l'amendant parfois, ce qui laisse penser qu'il s'appuie sur la même source depuis disparue.

Pour Constance Head, l'importance de ces écrits, composés principalement au début du IXe siècle, doit être analysée au prisme de leur contexte d'écriture, soit les troubles liés à l'iconoclasme. La question des relations entre l'empereur et le clergé est alors prégnante, de même que le sujet de l'autoritarisme de certains souverains. La politique de Justinien II, parfois jugée tyrannique et peu respectueuse de l'autonomie de l'Église, devient source de fortes critiques, s'apparentant à une forme de damnatio memoriae. À ce contexte s'ajoute le fait que des écrits disparus ont été composés plutôt sous Léon III l'Isaurien. Cherchant à fonder une nouvelle dynastie et la légitimer, il a pu s'en prendre à la réputation de Justinien, dernier souverain de la dynastie des Héraclides, pour en justifier la disparition.

Quant aux écrits issus du concile in Trullo, qui apportent un éclairage sur le contexte théologique du règne de Justinien II, ils sont relativement parcellaires au regard de l'importance accordée à l'événement et de la densité habituelle des sources liées à un concile œcuménique.

Perspectives extérieures à l'Empire

D'autres sources extérieures à l'Empire enrichissent la connaissance du règne de Justinien. Elle font parfois appel à des écrits disparus ou non utilisés par les chroniqueurs byzantins. Parmi les textes les plus utilisés, figure le récit tardif de Michel le Syrien. Auteur oriental du XIIe siècle, il reste critique à l'encontre de Justinien, qu'il surnomme « l'Arrogant » et accuse d'être à l'origine de nombreux maux.

La chronique plus contemporaine de Paul Diacre permet d'appréhender les relations entre l'Empire et l'Italie. C'est aussi le cas des sources proches du pape telles que le Liber Pontificalis ou encore le récit d'Agnellus de Ravenne, centré sur la capitale de l'exarchat de Ravenne. Le chroniqueur arménien Ghévond offre un témoignage précieux sur le contexte général des conquêtes musulmanes et des rapports entre l'Arménie et Byzance. Souvent plus neutres, ces textes pondèrent certains jugements des chroniqueurs byzantins, par exemple sur la répression de Justinien II à son retour au pouvoir.

Les historiens arabes représent aussi des sources crédibles. La chronique d'Al-Tabari ou celle d'Al-Baladhuri sont postérieures aux événements de l'époque de Justinien mais il est possible qu'elles s'appuient sur des travaux disparus. La principale limite de ces sources reste leur traitement, souvent laconique, des affaires byzantines, au prisme des guerres avec le califat.

Les analyses plus modernes du règne de Justinien II oscillent entre la prise en compte plus ou moins littérale des sources byzantines et la recherche d'une distanciation vis-à-vis d'elles.

Au XVIIIe siècle, Edward Gibbon en fait un tyran extravagant. Les travaux spécifiquement consacrés à Justinien II sont peu nombreux. En 1923, l'historien français Charles Diehl lui consacre un article, qui reprend largement la vision négative des chroniqueurs byzantins. Il y dépeint la vie pleine d'aventures d'un souverain régnant dans les temps les plus tragiques de l'Empire byzantin. Il dit de sa vie que « peu de romans d'aventure sont plus mouvementés et plus pittoresques que ne le fut la vie de ce souverain ; et si Justinien II fut un des monstres les plus authentiques qui se soient assis sur le trône de Byzance, c'est un beau monstre aussi, et assez représentatif du temps où il vécut ». Il le décrit inexpérimenté et impulsif, surtout vaniteux et cherchant à imiter la gloire de son célèbre homonyme, Justinien Ier. Georg Ostrogorsky n'a pas un avis très différent : il dit « qu'il lui manquait le jugement pondéré et l'équilibre qui sont la marque du vrai homme d'État. Nature passionnée et impulsive, il rappelait plutôt son grand-père par sa complexion psychologique ». Il mentionne qu'il était porté par une soif inextinguible de gloire propice aux excès, tout en n'étant pas dénué de qualités et en gardant avec une claire vision des exigences de l'État.

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