Ce Jour-là

Jun'ichirō Tanizaki

Écrivain japonais

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Jun'ichirō Tanizaki (谷崎 潤一郎, Tanizaki Jun'ichirō) est un écrivain japonais né le 24 juillet 1886 à Tokyo et mort le 30 juillet 1965 à Yugawara. Son œuvre révèle une sensibilité frémissante aux passions propres à la nature humaine et une curiosité illimitée des styles et des expressions littéraires. Son surnom, de son vivant, de « Tanizaki le Grand » est « un signe parmi beaucoup d'autres [...] du statut exceptionnel qui lui fut réservé ».

Jun'ichirō Tanizaki est né en 1886 dans une riche famille marchande d'un vieux quartier de Tokyo. La maison Tanizaki jouissait à l’époque d’une prospérité remarquable grâce à l’esprit d’entreprise de son grand-père, Kyūemon Tanizaki.

Cet homme adopte et prend pour gendres deux garçons de la famille Ezawa, grossiste en saké, autrefois très fortunée. Il marie sa fille aînée Hana au deuxième fils, Kyūbei. Sa fille cadette épouse le troisième fils, Kuragorō, et donne naissance à un garçon, Jun'ichirō Tanizaki. Il est l’aîné de sept enfants, trois filles et quatre garçons.

Choyé au sein de cette grande famille, Jun'ichirō passe plusieurs années de bonheur auprès de sa mère, réputée pour sa beauté, et de sa vieille nourrice affectueuse. Son père n’avait pas une personnalité très forte ; Jun'ichirō évoquera l’image d’un homme faible de caractère, incapable de s’adapter à une société japonaise en pleine mutation. Sa première enfance se déroulera dans une ambiance harmonieuse sur le plan affectif et matériel.

De multiples activités populaires, les fêtes traditionnelles de quartier et le spectacle de kabuki rythmaient la vie des Tanizaki ; ces manifestations de la culture ancestrale laissent des impressions profondes chez le jeune Jun'ichirō. La bonne tradition d’une famille marchande consistait à former ses enfants dans l’apprentissage pratique du commerce. Rien donc ne le prédestinait à être écrivain.

Le grand-père maternel meurt en 1888. S’amorce un inéluctable déclin familial qu’il ressent avec acuité. En 1894, la famille doit déménager dans une maison plus que modeste. Malgré d’excellents résultats, sa formation scolaire se poursuit avec beaucoup de difficultés sur le plan pécuniaire. Il se trouve contraint d’aller vivre dans une riche famille. Engagé pour donner des leçons particulières aux enfants, il comprend vite qu’il est traité en réalité comme un domestique. Au bout de cinq ans, il est renvoyé lorsque sa liaison avec une jeune femme employée par la même famille est dévoilée.

Le sentiment de son humiliation tourmente sérieusement l’adolescent qui ne manque pas d’ambition. C’est durant cette période que naît son amour pour la littérature. L’heureuse rencontre avec Inaba Seikichi, enseignant féru de belles-lettres chinoises et japonaises ainsi que de pensée bouddhique, lui permet d’acquérir une maturité littéraire et intellectuelle précoce.

Deux orientations se dessinent dans ses premiers textes : création et information. Plusieurs articles montrent son intérêt pour le genre du reportage. Vers 1910, il projette même de travailler comme journaliste.

Mais sa passion pour la création littéraire prédomine. Courts récits romanesques, dialogues de pièces de théâtre, essais, poèmes traditionnels à forme fixe en japonais classique ou en chinois classique, poèmes en japonais moderne ou en nouveau style poétique, ce qui frappe, c’est sa gourmandise linguistique et sa curiosité des différents genres et styles. Durant cette dernière période du XIXe siècle, la langue japonaise elle-même se trouvait en pleine évolution et plusieurs formes d’écriture coexistaient.

En 1908, Tanizaki s’inscrit au département de littérature japonaise à la prestigieuse université impériale de Tokyo. Sa décision est prise : il deviendra écrivain. Ce choix est lourd de conséquences pour le fils aîné d’une famille commerçante en déclin qui n’attendait que la réussite professionnelle du premier garçon. Le problème pèsera durablement sur Jun'ichirō.

La naissance de l’écrivain se fait attendre. Ses premières tentatives de faire publier ses œuvres dans des revues reconnues échouent. La dépression nerveuse ne tarde pas à se manifester chez le jeune homme déçu. Enfin, en 1910, le numéro inaugural de la revue Shinshichō (新思潮, « nouveaux courants de pensée ») accepte sa pièce de théâtre Naissance, et publie également un essai critique sur un roman de Sōseki Natsume. Plusieurs œuvres se succèdent : Le Tatouage, Le Kilin. En 1911, la revue Subaru lui ouvre ses pages et publie Shōnen (Les Jeunes Garçons).

Tanizaki est frappé pour la première fois par la censure au nom des bonnes mœurs. La revue Mita Bungaku qui publie son texte Hyofu (Tourbillon) est interdite à la vente. Son récit étudie la question du désir sexuel chez les jeunes. Tanizaki est désormais étroitement surveillé et nombre de ses œuvres connaissent le même sort.

La consécration arrive de façon éclatante par le biais d’un article élogieux de Kafū Nagai dans la revue Mita Bungaku en novembre 1911. La publication d’un premier recueil confirme la naissance d’un véritable écrivain.

Dans les années 1910-1911, le roman moderne japonais est en pleine effervescence. De très grands écrivains sont en activité : Ōgai Mori, Natsume Sōseki, Kafū Nagai, Kyōka Izumi ou Tōson Shimazaki. Plusieurs jeunes écrivains apparaissent : Naoya Shiga et Saneatsu Mushanokōji.

Quelle est l’originalité de la tonalité de l’œuvre de Tanizaki ? Il accorde une importance primordiale au respect de la nature humaine et à la vraisemblance de sa représentation. Sa sensibilité singulière et son goût de la provocation lui font découvrir en l'homme des aspects troublants, qu'il observe et analyse avec étonnement ou émerveillement, sans les juger, sans préjugés, notamment la faiblesse de caractère, l'absence de volonté, la cruauté, le manque de sincérité, les perversions sexuelles. Il se tient au degré zéro du moraliste, mettant en question la morale existante, contrairement à ses contemporains fortement influencés par le confucianisme moralisateur.

Plusieurs traits psychologiques considérés alors comme des perversions marquent ses premiers récits : sadomasochisme, homosexualité, fétichisme et scatologie. Tout se joue dans le registre de la beauté et de l’érotisme, au-delà de toute préoccupation morale, religieuse ou spirituelle.

Considéré comme un écrivain « de génie », le jeune Tanizaki voit s’ouvrir de nouvelles perspectives dans les années 1912-1913. Deux quotidiens importants publient ses romans en feuilleton, Atsumono (Potage bien chaud) et Konjiki no shi (Une mort dorée). Le jeune auteur est entraîné dans le tourbillon du monde de l’édition et maintient une cadence de production littéraire très élevée pour conserver sa place. Un succès aussi fulgurant transforme la vie de Tanizaki qui veut mener une vie d’artiste en toute liberté, en dehors des contraintes familiales et sociales. Il n’a pas de domicile fixe et vit dans le monde des plaisirs, guidé par ses pulsions intérieures. Malgré sa vie erratique, il publie en deux ans et demi dix-huit ouvrages et fait paraître cinq recueils de ses œuvres. Ces ouvrages se caractérisent par une surexcitation frénétique qui frôle l’état de névrose.

Paru en 1919, le récit intitulé Ma mère, mon amour (Haha o kouru ki) révèle une autre facette de son œuvre et de sa vision de la nature humaine, puisque l'acte même de l'écriture y apparaît comme une quête de l'image de la Mère, symbole d'une beauté idéale : « ici, la beauté féminine n'a rien de diabolique. Elle symbolise une douceur infiniment salutaire. » Un autre livre, paru plus tard, en 1931, Le Lierre de Yoshino (Yoshino-kuzu), évoque aussi le même thème de la quête de sa mère, dans le cadre de Yoshino, lieu riche en souvenirs historiques et coutumes anciennes.

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