Julien Maunoir (1er octobre 1606 à Saint-Georges-de-Reintembault, Ille-et-Vilaine − 28 janvier 1683 à Plévin, en Côtes-d'Armor) était un prêtre jésuite français, prédicateur et missionnaire dans les campagnes bretonnes. Communément appelé de son vivant comme par l'historiographie "le Père Maunoir" en français et "Tad Maner" en breton, son action et sa mémoire furent honorées par les catholiques qui instruisirent son procès en béatification du titre d'« apôtre de la Bretagne ». Il a été béatifié le 4 mars 1951 par décret pontifical du pape Pie XII, qui le fait bienheureux le 20 mai 1951 et l'élève au rang des protecteurs de la Bretagne.
Il étudie au collège des Jésuites de Rennes à partir de 1621. Il y rencontre le père Pierre Coton, confesseur du roi Henri IV devenu provincial de France. Ce dernier le reçoit au noviciat de Saint-Germain de Paris le 16 septembre 1625, où il prononce ses premiers vœux en 1627.
Il étudie ensuite la philosophie au collège de La Flèche (1627-1630) et enseigne le latin et le grec au collège de Quimper (1630-1633). En novembre 1630, il reçoit la visite de dom Michel Le Nobletz qui voit en lui celui qui lui succédera comme missionnaire des campagnes bretonnes. C'est alors qu'il se met à l'étude de la langue bretonne pour être mieux à même de communiquer la foi aux paysans bretons. Certains hagiographes enthousiastes affirment que Julien Maunoir reçut d'un ange le don de la langue bretonne... Cela se serait passé dans la chapelle de Ty Mamm Doue à Kerfeunteun où le Comité de sauvegarde perpétue le souvenir de l'action du Père Maunoir dans ce lieu où la langue bretonne est supposée lui avoir été révélée, tout en maintenant une fête de quartier, à l'époque paroisse limitrophe de Quimper. Au bout de deux ans il la maîtrise suffisamment pour enseigner le catéchisme, visiter les malades dans les hôpitaux et instruire de la religion en deux ans plus de 30 000 personnes.
Un an d'enseignement à Tours (1633-1634) et quatre ans d'études théologiques à Bourges (1634-1638) complètent sa formation académique. Maunoir est ordonné prêtre le 6 juin 1637. Il fait ensuite son troisième an à Rouen (1638-1639).
En 1640 Julien Maunoir est enfin de retour à Quimper. À la suite d'un rêve et d'une guérison qu'il estima miraculeuse (peu après la Noël 1636), il s'était voué à être missionnaire. Voulant initialement évangéliser les Hurons, il se rabat sur la Basse-Bretagne. Il commence ce ministère avec une première mission à Douarnenez (1641). Ensuite, pendant 43 ans, de 1640 à 1683, il parcourt la Bretagne, de Crozon à Rennes, prêchant 439 missions rurales dans tous les diocèses de la Bretagne. Il aurait, d'après lui, instruit 40 000 personnes et permis 3 000 conversions en une année et certains considèrent qu'il a prêché à 500 000 Bretons. Il se fit accompagner d'abord par le P. Bernard puis par d'autres prêtres séculiers car les paroissiens étaient souvent nombreux à vouloir se faire confesser.
Lors de ses missions, il compte sur les femmes pour catéchiser les paroissiens. Pour évangéliser, il reprend les cartes allégoriques du père Michel Le Nobletz - les « taolennoù » ou tableaux de mission. Il met en place l'apprentissage des cantiques en breton et fit clore les missions paroissiales par une procession dans laquelle il retraçait les scènes de la vie de Jésus. Les fidèles accouraient en grands nombres à ces clôtures de missions où il prenait la parole. Des conversions éclatantes, des guérisons extraordinaires venaient confirmer l'action du missionnaire.
Dans ces missions, il part à la recherche des sorciers. Il écrivit vers 1650 un « directoire du confesseur » intitulé La Montagne dans lequel il détaille comment interroger les potentiels sorciers.
Julien Maunoir mourut à la peine après une vie de fatigues et d'austérités, le 28 janvier 1683 en préparant une dernière mission à Plévin.
Les actions de Julien Maunoir font encore l'objet de controverses de nos jours, par exemple entre Fanch Morvannou, auteur d'une biographie de Julien Maunoir et la revue Courrier du Kreiz Breizh.
En 1641, il publie un premier recueil de cantiques bretons, qu'il utilise pour la première fois lors d'une mission à Douarnenez. En 1678, il en est déjà à la quinzième édition, enrichie au fil des ans : Canticou spirituel hac instrutionou profitable evit disqui an hent da vont dar Barados. Composed gant an Tat Julian Maner Religius eus ar Gompagnunez Iesus, corriget ganta a nevez en Edition pemzegvet man. La Bibliothèque nationale de France possède un exemplaire de l'édition de 1686.
Ces cantiques en langue bretonne, vendus lors de ses missions par un mercier qui l'accompagnait, Guillaume Yvonnic, devinrent vite très populaires ; on les vendait dans tous les évêchés bretonnants.
Il publia deux autres ouvrages contenant des cantiques, l'un en 1671 (Templ consacret dar passion Jesus-Christ batisset gant ar Speret glan er galon ar Christen devot) qui eut aussi de nombreuses éditions, l'autre (An Abrege eus an Doctrin christen ..), recueil de prières cournouaillaises.
La défense de Marie-Amice Picard
Julien Maunoir a écrit La vie de Marie Amice Picard, manuscrit dans lequel il défend Marie-Amice Picard, cette bretonne léonarde mystique et stigmatisée décédée à Saint-Pol-de-Léon le 25 décembre 1652. Ce manuscrit a été repris en version abrégée depuis par le père jésuite Jean-François de la Marche en 1756, et par l'abbé Peyron, chanoine à Quimper, en 1892.
Canticou spirituel hac instructionou profitabl evit disqui an hent da vont d'ar barados (vers 1642)
Ar Vuhez Sant Caurintin (Vie de saint Corentin en 766 vers bretons. Elle se trouve en tête des Canticou spirituel, mais a été souvent rééditée à part).
Le Sacré-Collège de Jésus (catéchisme en breton, avec dictionnaire grammaire et syntaxe), 1659
an Templ consacret d'ar Passion Jesus-Christ (1671)