Ce Jour-là

Jules Saliège

Prélat catholique

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Jules-Géraud Saliège, né à Mauriac au lieu-dit Crouzit Haut le 24 février 1870 et mort à Toulouse le 5 novembre 1956, est un homme d'Église, évêque, puis archevêque de Toulouse et cardinal, particulièrement connu pour ses prises de position pendant l'Occupation, où il dénonça les déportations de Juifs, le STO et les exactions nazies.

Sans avoir jamais rejoint la Résistance proprement dite, le titre de compagnon de la Libération lui est décerné par le général de Gaulle.

Le 8 juillet 1969, Yad Vashem reconnaît Jules-Gérard Saliège comme Juste parmi les nations.

Après des études à Pleaux, puis au séminaire d'Issy-les-Moulineaux, il fut ordonné prêtre en 1895, devint professeur du petit séminaire de Pleaux, puis supérieur du grand séminaire de Saint-Flour dès 1907, fonction qu'il abandonna en 1914 pour devenir aumônier militaire. Intoxiqué par les gaz, démobilisé en 1917, puis prêtre infirmier au petit séminaire Saint-Gildas, il fut, à la fin de la guerre et après son retour à Saint-Flour, nommé évêque de Gap en 1925 et est consacré le 6 janvier 1926 par l'évêque de Saint-Flour Paul-Augustin Lecœur avec comme co-consécrateurs l'évêque titulaire de Mosynople (de) Benjamin-Octave Roland-Gosselin et l'évêque de Nancy-Toul Hippolyte-Marie de La Celle.

Il devient archevêque de Toulouse en 1928. Arrivant après des prélats d'allure aristocratique, affecté d'une maladie (paralysie du bulbe rachidien), fort handicapé à l'oral à partir de son attaque cérébrale de 1932, il choque par son caractère et ses méthodes abruptes une partie de son entourage, mais permet le développement de l'action catholique. Selon l'historien Germain Sicard, Jules Saliège était « hanté par la déchristianisation […], la baisse de la moralité, la recherche du plaisir et de la vie facile. » Il est élu mainteneur de l'Académie des Jeux floraux en 1932. Il a des rapports protocolaires corrects avec la municipalité socialiste de Toulouse mais ne s'engage politiquement pas particulièrement avant la guerre, même s'il est hostile aux totalitarismes condamnés par Rome (communisme, nazisme).

Du soutien à Pétain à la condamnation de la déportation

Il condamne assez tôt l'antisémitisme. Dès le 12 avril 1933, donc peu de temps après l'arrivée en janvier d'Hitler à la chancellerie, il prend la parole dans une réunion au Théâtre du Capitole pour la défense des Juifs menacés par la montée du nazisme : « Non seulement, déclare-t-il, je me sens frappé par les coups qui tombent sur les persécutés, mais encore mes tressaillements sont d’autant plus douloureux que se trouve méconnu et bafoué, non pas un idéal confus, une idée froide et abstraite, mais cet être vivant, personnel, dont le souffle a traversé et porte toute l’histoire d’Israël : Jéhovah, celui que j’appelle le bon Dieu, le Juste par excellence. […] Comment voulez-vous que je ne me sente pas lié à Israël comme la branche au tronc qui l’a porté ! […] » Comme supérieur de l'Institut catholique il soutient les initiatives d'aide aux réfugiés espagnols de Bruno de Solages. Il est informé de l'évolution en Allemagne par le père René de Naurois.

En 1936 sa maladie commence à le handicaper gravement pour parler en public. En juin 1937 paraît pour la première fois, dans la Semaine catholique de Toulouse, un bref article anonyme intitulé « Menus propos ». Très vite, on sait que Jules Saliège en est l’auteur. Écrits d'une plume élégante et incisive, ces « Menus propos » paraîtront chaque semaine pendant dix ans et aborderont avec une extraordinaire liberté de ton les sujets les plus variés de l'actualité. Ils seront republiés en sept cahiers thématiques en 1947 (Éditions l’Équipe, Toulouse). On y trouve exprimée dans toutes ses facettes la profondeur et l'originalité de sa personnalité.

Le 19 février 1939, avec son ami Bruno de Solages, recteur de l'Institut catholique de Toulouse, il rappelle avec fermeté que l'Église condamne le racisme, erreur dont le pape Pie XI a montré en 1937 dans l'encyclique Mit brennender Sorge qu'elle est fondamentalement contraire aux enseignements de l'Évangile.

La région de Toulouse est un centre important des réfugiés lors de l'exode de 1940 (Léon Blum y est arrêté). L'Église contribue à l'effort de réception des civils et l'archevêque reçoit en 1940 le maréchal Pétain à Toulouse, affirmant son respect pour le régime de Vichy.

Dès mars 1941, Jules Saliège agit pour aider matériellement les détenus (majoritairement étrangers) des camps de Noé et du Récébédou et exprime son soutien, dans une lettre au rabbin Moïse Cassorla à la suite des attentats contre des synagogues de Paris en octobre suivant.

Repéré à Londres comme un des archevêques qui s'opposent aux Allemands et à la collaboration, il reçoit des émissaires gaullistes (dont Michel Debré) et une lettre du général de Gaulle qui lui demande, comme à d'autres prélats, un geste montrant un certain désalignement de l'Église sur les autorités de la France collaborationniste. À la mi-août 1942, le père de Lubac, l'abbé Glasberg et le père Pierre Chaillet lui font rencontrer l'avocat et résistant Charles Lederman alors actif au sein de l'Union des Juifs pour la résistance et l'entraide (UJRE) qui le convainc de l'existence des camps et de l'extermination de Juifs. Au moment de l'occupation de la zone Sud, le nonce Valerio Valeri recommande aux évêques de la zone Sud de ne pas accepter les persécutions antisémites.

Une condamnation sans ambiguïté des persécutions antisémites

Le 23 août 1942, Jules Saliège ordonne la lecture, dans toutes les paroisses de son diocèse, d'une lettre pastorale intitulée Et clamor Jerusalem ascendit.

LETTRE DE S.E. MONSEIGNEUR L’ARCHEVÊQUE DE TOULOUSE SUR LA PERSONNE HUMAINE

Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.

Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ?

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