Jules Salvador Moch (prononcer /ʒyl mɔk/), né le 15 mars 1893 à Paris 16e et mort le 31 juillet 1985 à Cabris (Alpes-Maritimes), est un homme d'État français. Il est ministre à plusieurs reprises sous la Troisième République et surtout la Quatrième République.
Il adhère à la Section française de l'internationale ouvrière en 1924 et devient député de la Drôme puis de l'Hérault. Secrétaire général du gouvernement Blum I, il occupe ensuite plusieurs postes ministériels sous le Front populaire et s'oppose aux accords de Munich en 1938. Il résiste pendant la Seconde Guerre mondiale après avoir voté contre les pleins pouvoirs à Pétain, et rallie Londres et les Forces françaises libres.
Il devient ensuite une figure majeure de la Quatrième République, exerçant huit mandats ministériels, notamment à l'Intérieur où il réprime fermement les grèves de 1947 et de 1948, et à la Défense. Il est l'un des architectes de la Troisième Force, coalition contre les gaullistes et les communistes. Farouchement anticommuniste, il s'oppose à l'union de la gauche durant les années 1970 et quitte le Parti socialiste en 1975.
D'origine juive, son père, le capitaine Gaston Moch, avait été le condisciple à Polytechnique du capitaine Alfred Dreyfus.
Lui-même est polytechnicien (promotion X 1912) et ingénieur en chef du Génie maritime militaire. À la déclaration de la guerre de 1914, il est incorporé dans le Génie. Il se bat en première ligne et reçoit la croix de Guerre. Il participe à la guerre des mines, est cité quatre fois mais, gazé, il finit la guerre dans un centre d'instruction. La paix revenue, il choisit le génie maritime.
Il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en octobre 1924 et est élu député de la Drôme de 1928 à 1936. Il s'impose comme l'un des meilleurs techniciens de la SFIO. Foncièrement anticommuniste, depuis un voyage en URSS en 1921, il n'hésite pas à écrire qu'une bonne partie de la doctrine marxiste est dépassée. En 1931, il se fait remarquer en suggérant, dans le cadre de l'affaire de l'Aéropostale, la liquidation de la compagnie aérienne éponyme, prise dans un scandale de corruption. Les autres députés se rallient à sa position.
Ministre de Léon Blum et opposant aux accords de Munich
Ayant perdu, aux législatives de juin 1936, son mandat de député de la Drôme, Jules Moch ne participa pas officiellement au premier gouvernement du Front populaire, mais Léon Blum le nomme Secrétaire général du gouvernement, fonction créée à cette occasion. À ce titre il participe à tous les Conseils des ministres et conseils de Cabinet. Il coordonne les actions transversales comme l'aide à l'Espagne républicaine (ventes fictives d'armes vers d'autres pays, qui se retrouvaient en Espagne et transit des brigades internationales). Il préside un petit comité qui groupe Gaston Cusin représentant Vincent Auriol, ministre des Finances, et Jean Moulin représentant Pierre Cot, ministre de l'Aviation.
En 1937, à la faveur d'une élection partielle, il retrouve un siège de député, dans l'Hérault, et Léon Blum l'appelle au gouvernement, le 26 mai 1937, comme sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil, puis, en mars-avril 1938, dans le second cabinet, comme ministre des Travaux publics et des Transports.
En octobre 1938, il s'oppose aux accords de Munich, et ne vote leur ratification à la Chambre des députés que par discipline de parti, cédant notamment à l'insistance de Léon Blum. Il fut ensuite, avec Léon Blum, un des animateurs de la tendance de la SFIO prônant la fermeté face à Hitler ; il s'oppose ainsi à Paul Faure.
En 1938, officier de marine et convaincu que toutes les reculades devant Hitler ne feront que convaincre ce dernier de faire la guerre, et, voulant être combattant, il demande à l'amiral Darlan, chef d'état-major de la Marine, d'être mobilisable malgré ses 45 ans. Il accepte d'effectuer une période militaire d'un mois, mi octobre 1938, pour sa formation sur les matériels modernes. Il y devient alors capitaine de corvette.
La guerre déclarée, il est incorporé dans la Marine, sa première mission est de superviser la démagnétisation de la flotte (pour éviter les mines magnétiques), puis il est affecté au navire amiral de la flotte de Méditerranée, le croiseur Émile Bertin.
Cette flotte est transférée en Écosse pour soutenir le débarquement en Norvège. Il est muté sur l'escorteur Maillé-Brézé (ces deux navires sont très endommagés alors qu'il n'est pas à bord). Pour son action pour la démagnétisation de la Flotte il est nommé capitaine de frégate.
Muté au Centre de recherche de la Marine de Toulon, il passe à Bordeaux où le gouvernement s'est replié et rencontre Darlan qui, devenu défaitiste, le déçoit. Il va à Alger pour mettre à l'abri les documents secrets du Centre de recherche. De retour à Toulon, il apprend l'Armistice.
Le 10 juillet 1940, il fait partie des quatre-vingts parlementaires qui votent contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est pour cette raison surveillé par Vichy, qui le fait même arrêter le 25 septembre 1940. Il est incarcéré à Pellevoisin (Indre), en compagnie de Vincent Auriol, Marx Dormoy, Georges Mandel et Paul Reynaud, puis transféré à Aubenas et à Vals-les-Bains.
Au début de 1941, il est libéré par l'amiral Darlan. Il entre alors dans la Résistance, participe à X-Libre, un groupe de résistants de Polytechnique, et crée le mouvement 1793, qui se livre à des sabotages dans l'Aude et l'Ardèche.
Ayant demandé son transfert à Londres pour être intégré dans les Forces navales françaises libres, de nombreux contretemps l'obligent à passer par l'Espagne et il perd 4 mois. Il est déçu par de Gaulle car il estime que celui-ci n'a pas bien compris ce qu'était la Résistance intérieure. Il expose au Général que le Comité d'action socialiste est derrière lui « non parce qu'il est général mais bien qu'il le soit. »
L'amiral Auboyneau lui demande de créer une école de formation accélérée à l'artillerie de marine. Il effectue au nom du général de Gaulle des missions au Liban et en Afrique noire, ce qui lui vaut d'être nommé capitaine de vaisseau.