Jules Lequier (ou Lequyer selon l'orthographe de l'acte d'état civil), né le 30 janvier 1814 à Quintin et mort par noyade dans la Manche en baie de Saint-Brieuc le 11 février 1862 est un philosophe français.
Lequier a produit une œuvre fragmentaire et inachevée. Ses principaux manuscrits, publiés de manière posthume en 1865 par Charles Renouvier sous le titre de La Recherche d'une première vérité, portent exclusivement sur la question philosophique de la liberté humaine (au sens du libre arbitre) dans sa relation avec le déterminisme et la prescience divine, avec le souci de concilier la toute-puissance de Dieu et l'absolue liberté de l'homme.
Si à la fin du XIXe siècle Charles Renouvier évoque la pensée de Lequier, il faudra attendre les travaux de Jean Grenier et de plusieurs autres spécialistes du philosophe pour comprendre les raisons pour lesquelles il a parfois été surnommé le « Kierkegaard français » et peut être considéré comme un précurseur de mouvements aussi divers que le néokantisme, le pragmatisme, l'existentialisme ou les philosophies du processus.
Joseph-Louis-Jules Lequier, né le 29 janvier 1814 dans le village de Quintin, est fils unique. Son père, Joseph Lequier (1779-1837), était médecin, et sa mère, Céleste-Reine-Marie-Eusèbe Digaultray (1772-1844), soignait les pauvres et les malades à l'hôpital.
Son certificat de naissance indiquait « Lequier », mais en 1834, son père a fait modifier légalement l'orthographe en « Lequyer ». Selon André Clair au cours de sa vie, Lequier n'a pas été cohérent dans la façon dont il a épelé son nom . « Lequyer » est l'orthographe de la plaque commémorative de son lieu de naissance à Quintin et de sa pierre tombale à Plérin.
Les parents de Lequier se sont installés à Saint-Brieuc, où leur fils étudie dans un petit séminaire. À l'âge de treize ans, il excelle en grec et en latin. Une éducation catholique nourrit l'intérêt de Lequier pour la philosophie et la théologie, en particulier la question du libre arbitre. La famille passait ses vacances près de Plérin, où Lequier se lie d'amitié avec Mathurin Le Gal Lasalle, c'est là aussi qu'il rencontre Anne Deszille, Nanine qu'il demande en mariage à deux reprises (en 1851 et en 1861) et qui refuse par deux fois.
En 1834, Lequier intègre l'École polytechnique à Paris (sous le nom orthographié « Lequyer ») mais l'emploi du temps rigide ne convient pas à ses habitudes contemplatives, son camarade de classe est Charles Renouvier.
Son père meurt en 1837. L'année suivante, il échoue à l'examen qui lui aurait permis de devenir lieutenant. Considérant l'offre d'entrer dans l'infanterie comme une insulte, il annonce sa démission à l'officier examinateur.
Ses études à Paris lui font découvrir le déterminisme de Pierre-Simon de Laplace.
Après Paris et l'École Polytechnique, Lequier utilise l'héritage de son père pour se retirer à Plermont où il vit avec sa mère et la servante de la famille. En 1843, ils s'installent tous les trois à Paris où Lequier acquiert un poste d'enseignant de composition française à l'École Égyptienne. La mère de Lequier décède l'année suivant son installation à Paris. Inquiète de l'état d'esprit de son fils, elle le confie à la servante avec ces mots : « veille sur mon pauvre Jules. Il a dans le cœur une passion qui, je le crains, sera la cause de sa mort ».
Le 15 août 1846, jour de la célébration de l'Assomption de Marie, Lequier vit une expérience mystique occasionnée par ses méditations sur la Passion du Christ. Il décrit son expérience en alternant le français et le latin. L'indignation de Lequier à l'égard de ceux qui ont causé la souffrance du Christ se transforme, premièrement, en un profond sentiment de repentance lorsqu'il se rend compte que lui aussi a « ajouté un fardeau à la croix » par ses péchés, et, deuxièmement, en reconnaissance de l'amour de Dieu et du pardon de ses péchés. Le 19 août, l'extase religieuse lui est revenue, en communiant à l'église Saint-Sulpice. Le thème de la souffrance du Christ est primordial ; Le premier biographe de Lequier, Prosper Hémon (1846-1918), parle de la « religiosité bizarre » du philosophe.
Lequier retourne à Plermont avec la servante en 1848, après la révolution de février de Paris, il annonce, avec l'aide de Renouvier, sa candidature à un siège au Parlement des Côtes-du-Nord comme « Républicain catholique ». Son programme publié identifie la liberté comme le fondement des droits et des devoirs et mentionne explicitement les libertés de presse, d'association, d'éducation et de religion. Cependant, Lequier n'est pas élu.
Après l'élection, qui a lieu en avril 1848, Lequier se retire à Plermont et passe ses journées dans l'étude et la méditation. Le problème des finances se fait plus pressant. En 1851, il vend la propriété familiale de Saint-Brieuc, ne gardant que Plermont.
Les lettres de Lequier à Renouvier indiquent qu'il fait des progrès dans son travail philosophique. Dans une lettre de novembre 1850, il note qu'il écrit « quelque chose d'inouï », à savoir que la première et la plus certaine des vérités est la déclaration de sa propre liberté qui débouche sur l'idée que l'on est son propre travail, responsable envers soi-même, et « envers Dieu, créateur de moi-même ». Toutefois, ces travaux n'ont pas suffi à sauver Lequier du poids de ses projets ni de son dénuement ce qui, selon toute vraisemblance, a contribué à une rupture mentale. Le 28 février 1851, un voisin trouve Lequier errant avec une hache avec laquelle il avait l'intention de se couper le bras ; Lequier est emmené à l'hôpital de Saint-Brieuc pour observation. Les médecins déterminent qu'il représente un danger pour lui-même et qu'il devrait être transféré dans un établissement psychiatrique. Le 3 mars, Le Gal La Salle et l'abbé Cocheril emmènent Lequier à l'asile près de Dinan, utilisant un subterfuge pour l'y attirer. Le 12 avril, avec l'aide de Paul Michelot et de quelques amis, Lequier est emmené à Passy, près de Paris, dans le centre hospitalier du Dr Esprit Blanche.
Lequier libéré de Passy, s'est amélioré mais n'est pas complètement rétabli. Il retourne à Plermont et rompt les liens avec Le Gal La Salle.
Pendant deux ans après les événements de 1851, on ignore où Lequier se trouve. Ses lettres à Renouvier dans les derniers mois de 1855 indiquent que deux ans plus tôt, il était allé à Besançon comme professeur de mathématiques au Collège Saint-François Xavier.
À la fin de 1855, Lequier est de retour à Plermont, pour ne jamais repartir.
En 1858, sur une recommandation, Lequier devient tuteur de Jean-Louis Ollivier, le fils âgé de treize ans d'un douanier qui admire la rhétorique de Lequier.