Jules Sébastien César Dumont d’Urville, né à Condé-sur-Noireau (Calvados) le 23 mai 1790 et mort accidentellement à Meudon le 8 mai 1842, est un officier de marine et explorateur français qui participa à plusieurs voyages d'exploration scientifique entre 1822 et 1840, notamment à bord de l'Astrolabe.
En 1840, il est un des premiers à poser le pied en Antarctique et découvre la terre Adélie.
Né au sein d’une ancienne famille de Normandie, son père, Gabriel Charles François Dumont, seigneur d’Urville, est bailli de la nouvelle Haute Justice de Condé. Après la mort de ce dernier, son éducation est confiée au frère de sa mère, l'abbé de Croisilles, chanoine à Caen. Il poursuit ses études au collège de Bayeux puis, bon élève, au lycée de Caen. À 17 ans, il s'engage dans la Marine et, après avoir réussi avec succès un examen sévère, il est nommé aspirant de première classe en novembre 1807. À 20 ans (en 1810), il se présente à l’examen de l’École polytechnique, mais son âge trop avancé l'empêche d'y entrer. Il commence sa carrière dans la marine à Brest en 1811 sur le vaisseau l’Aquilon, puis il passe successivement sur l'Amazone, le Suffren, le Borée et la Ville de Marseille et parvient en 1812 au grade d’enseigne de vaisseau. Le premier voyage de Dumont d’Urville a lieu sur la Ville de Marseille qui conduit en 1814 le duc d’Orléans à Palerme et qui l’en ramène avec sa famille. Il rencontre à Toulon Adèle Pépin, fille d’un horloger de la marine originaire de Cluses en Haute-Savoie, qu'il épouse le 1er mai 1815 à Toulon. Le couple a cinq enfants :
Jules Eugène Gustave (1816-1823)
Jules Eugène Hector (1826-1842)
En août 1816, Dumont d'Urville apprend le projet de circumnavigation de Louis de Freycinet. Il quitte Toulon pour Paris afin de convaincre Freycinet de le prendre à bord de l'Uranie mais l'état-major est déjà complet. Ensuite, il retourne à Toulon où il reprend ses études : physique, astronomie, sciences naturelles et langues étrangères.
Jules Dumont d'Urville est connu pour son caractère difficile. Il est à la fois « fascinant et repoussant » selon les mots de Hans-Otto Meissner.
En 1819, Jules Dumont d'Urville fait partie, avec le capitaine Pierre-Henry Gauttier du Parc, d’une expédition scientifique envoyée en mer Noire et dans les îles grecques avec le navire la Chevrette pour déterminer les positions géographiques de l'archipel grec. Il est chargé lors de cette expédition des observations d'histoire naturelle et de l'archéologie. Il est le premier à signaler à l’ambassadeur français à Constantinople une statue récemment exhumée et dont il perçoit immédiatement l’inestimable valeur. C’est la fameuse Vénus de Milo, sculptée en 130 av. J.-C. C'est en ces mots que Dumont d'Urville la décrit : « La statue dont je mesurai les deux parties séparées avait à peu de chose près six pieds de haut ; elle représentait une femme nue, dont la main gauche relevée tenait une pomme, et la droite soutenait une ceinture habilement drapée et tombant négligemment des reins jusqu'aux pieds : du reste, elles ont été l'une et l'autre mutilées, et sont actuellement détachées du corps. Les cheveux sont retroussés par derrière, et retenus par un bandeau. La figure est très belle, et serait bien conservée si le bout du nez n'était pas entamé. Le seul pied qui reste est nu : les oreilles ont été percées et ont dû recevoir des pendants. ». C’est sur la notice qu’il en avait tracée que M. de Marcellus organise l’achat par la France de cette statue, aujourd’hui exposée au musée du Louvre, qui est devenue l’une des plus célèbres au monde. En 1820, la reconnaissance complète du périple de la mer Noire fut exécutée.
À son retour en France, Dumont d'Urville est chargé au sein du dépôt des cartes de la Marine de mettre au clair les observations de la campagne. Il est encensé par l'Académie et la société de géographie. Nommé lieutenant de vaisseau en 1821, il s'associe à Louis Isidore Duperrey pour mettre à exécution un voyage de circumnavigation planifié par ces deux officiers et approuvé par le gouvernement. Il en résulte le voyage d’exploration scientifique de La Coquille, de 1822 à 1825 avec pour commandant, le capitaine Duperrey. Dumont d'Urville est chargé lors de ce voyage de la botanique et de l'entomologie. Il rapporte au Muséum national d'Histoire naturelle plus de trois mille espèces de plantes, dont quatre cents nouvelles et mille deux cents espèces d’insectes, dont trois cents nouvelles. Il publie à son retour divers mémoires scientifiques et une Flore des Malouines (en latin). Au retour de la Coquille, les éloges ne tarissent pas face au succès scientifique de l'expédition.
En 1826, le comte de Chabrol, ministre de la Marine, confie à Dumont d’Urville une nouvelle exploration de la mer du Sud. Il reçoit le commandement de la corvette la Coquille, renommée L'Astrolabe, avec le grade de capitaine de frégate. Il a pour mission d’explorer l’Océanie et l'expédition est envoyée dans l’océan Pacifique pour arpenter les côtes de la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande et d’autres îles. La seconde mission de l'expédition est de retrouver le lieu du naufrage de La Pérouse. Le 22 avril 1826, Jules Dumont d’Urville appareille de Toulon comme commandant de l'Astrolabe.
Dumont d'Urville choisit les officiers suivants pour l'expédition : Jacquinot, Lottin, Gressien, Guilbert, René Primevère Lesson (chirurgien de troisième classe), Gaimard (médecin major) assisté du professeur Quoy. Trois élèves de marine : Faraguet, Girard-Dumaine et François-Edmond Pâris, Sainson (dessinateur), un commis et un secrétaire. Presque tous sont des anciens de la Coquille ou de la Chevrette. Jacquinot se charge de constituer l'équipage. Au total, 80 personnes embarquent pour l'expédition.
Le capitaine Peter Dillon est le premier à avoir recueilli des objets provenant des épaves de La Pérouse à Tikopia en 1826 puis à Vanikoro sur les lieux du naufrage. Il identifie ces objets comme les restes de l'expédition de La Pérouse mais il refuse de communiquer les coordonnées précises des épaves. Dumont d'Urville aborde à Hobart le 19 décembre 1827 et apprend la découverte de Dillon. Il séjourne à Vanikoro du 21 février au 17 mars et il fait élever un monument à la gloire de La Pérouse. Grâce aux divers témoignages recueillis et à ses observations, d'Urville reconstitue le déroulement du drame.
L'Astrolabe est de retour à Marseille le 25 mars 1829. Le bilan est lourd : 12 morts, 14 malades débarqués dans un port et 3 déserteurs.
L'expédition de 35 mois a procuré à la géographie et à la navigation la reconnaissance positive de plus de 4 000 lieues de côtes les moins connues du globe sur la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Bretagne et la Nouvelle-Guinée ; elle a assuré la position de près de 200 îles ou îlots, dont une soixantaine n’avaient encore figuré sur aucune carte. Dumont d'Urville a cartographié les îles Loyauté, effectué un relevé des côtes de la Nouvelle-Zélande. Il a entrepris une exploration des îles Tonga et des Moluques. Ses rapports ont permis la classification des îles en Mélanésie, Polynésie et Micronésie.
Les immenses récoltes d’histoire naturelle, amassées durant tout le cours de la campagne, sont déposées au retour au muséum d’histoire naturelle et le musée maritime s’enrichit d’un nombre considérable d’objets des peuples visités. Dumont d'Urville a rassemblé une pléthore de matériaux précieux pour la géographie et la botanique. Il fait paraître les résultats de son expédition, sous le titre de Voyage de la corvette L'Astrolabe exécuté par ordre du Roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829 sous le commandement de M. J. Dumont d'Urville, capitaine de vaisseau (17 volumes, dont 4 atlas, 1830-1833 chez J. Testu). François Arago juge les résultats de l'expédition « décevants », mais la critique est principalement formulée en réponse à Dumont d'Urville qui avait déploré dans son journal de bord la faible qualité des instruments scientifiques livrés par Arago avant le départ de l'expédition. Le voyage contribue néanmoins à la cartographie et l'hydrographie de cette région du globe, notamment en proposant à la Société de géographie la subdivision devenue traditionnelle de l’Océanie en Polynésie, Micronésie et Mélanésie (dont il crée le nom) — et en Malaisie. Ces subdivisions sont désormais contestées par les géographes et les linguistes mais continuent d’être utilisées.