Ce Jour-là

Jules Bonnot

Anarchiste français

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Jules Joseph Bonnot est un anarchiste et criminel français, né le 14 octobre 1876 à Pont-de-Roide (Doubs) et mort le 28 avril 1912 dans le 4e arrondissement de Paris. Il est le meneur de ce que la presse appela la « bande à Bonnot », un groupe illégaliste ayant multiplié les braquages et les meurtres en 1911 et 1912.

Sa mère meurt le 23 janvier 1887 à Besançon alors qu’il n'a que dix ans. Le père de Jules, ouvrier fondeur, doit alors assumer seul l’éducation du garçon.

Indiscipliné et bagarreur, il déteste ses frères et une sœur que son père a eue d'un second mariage, et est rétif à l'autorité dès son plus jeune âge. La scolarisation se passe mal — « Il était paresseux, indiscipliné, insolent », dit de lui un instituteur —, et il abandonne vite l’école. À quatorze ans, il entre en apprentissage, est rebuté par des emplois pénibles et se dispute souvent avec ses patrons successifs. En 1891, à quinze ans, Bonnot est condamné pour la première fois pour pêche avec engin prohibé, puis en 1895 à la suite d'une bagarre dans un bal. Après avoir frappé son père, il est chassé de la maison familiale et se réfugie à Nancy où il est repéré par la police en compagnie d’une prostituée et suspecté de « vagabondage spécial » (proxénétisme).

En 1897, il est condamné à nouveau à trois mois de prison pour « coups, outrage, rébellion ». Il est appelé au service militaire le 15 novembre 1897 et rejoint le 133e d'infanterie à Belley. Il termine sa carrière de soldat muni d'un certificat de bonne conduite et d'un brevet de tireur d'élite. Après son service militaire, il est alors ajusteur mécanicien, il se marie le 14 août 1901 à Vouvray avec Sophie Burdet, une jeune couturière. Son frère aîné Justin Louis se suicide par pendaison en 1903 à la suite d'une déception amoureuse.

Héritier des Apaches, c’est à la Belle Époque que Bonnot commence à militer pour l’anarchisme. Il se fait renvoyer des chemins de fer de Bellegarde à la suite de son engagement syndical et politique, et désormais plus personne n’accepte de l’engager. Il décide alors de partir pour la Suisse. Il trouve un poste de mécanicien à Genève. Le couple attend un enfant mais le nouveau-né, Émilie, meurt quelques jours après l’accouchement. Bonnot milite toujours pour l’anarchisme et acquiert une réputation d’agitateur. Il est alors expulsé de Suisse. Ses dons en mécanique lui permettent cependant de retrouver rapidement un emploi chez le constructeur automobile Berliet de Lyon. Le 23 février 1904, sa femme accouche d’un second enfant, Justin. Les convictions politiques de Bonnot restent vivaces : dénonçant les injustices et menant des grèves, il s’attire les foudres des patrons. Il décide alors de quitter Lyon pour Saint-Étienne. Dès cette époque, il est fiché par la police comme « très violent et méchant ».

À Saint-Étienne, il est mécanicien dans une firme reconnue. Il loge avec sa famille chez le secrétaire de son syndicat, un certain Benoit Antoine Besson, qui devient l’amant de sa femme (ils se marieront à Toulouse, le 2 septembre 1935). Pour échapper à la colère de Bonnot, Besson part en Suisse avec Sophie et son fils. Jules adresse à Sophie des messages désespérés. En vain. Il ne reverra plus sa femme ni son fils (un décret présidentiel du 30 mars 1925 homologué par ordonnance du président du tribunal civil de Lyon du 31 mai 1926 obligea Justin à adopter le patronyme de « Besson » à la place de celui de « Bonnot »). Quant à Bonnot, son engagement est toujours plus fort. Il perd son emploi et devient, comme bien d’autres à cette époque, un chômeur miséreux.

De 1906 à 1907, il commet plusieurs cambriolages avec Joseph Platano (1883-1911), son bras droit, un boulanger italien originaire de Peveragno. Bonnot s'exerce notamment à l'ouverture de coffres-forts, ce qui lui permet d'ouvrir deux ateliers de mécanique à Lyon, les voitures et motos qu'il répare lui permettront la nuit de réaliser ses braquages. En 1910, il se rend à Londres pour y rencontrer des cellules anarchistes et serait, selon la légende, devenu le chauffeur de Sir Arthur Conan Doyle (ou d'Ashton Wolfe, ami et collaborateur du romancier), grâce à ses talents de chauffeur qui lui seront plus qu’utiles dans son aventure illégaliste. Ce fait est toutefois controversé : certaines biographies de Bonnot y font bien référence, mais aucune biographie de Conan Doyle ne le confirme. Edmond Locard rapporte, quant à lui, que Conan Doyle, alors qu'il visitait son laboratoire de police scientifique à Lyon, tomba en arrêt devant un portrait et s'écria : « Mais c'est Jules, mon ancien chauffeur ! ».

Fin 1910, de retour à Lyon, il utilise l’automobile (une De Dion-Bouton) comme technique criminelle, une innovation, alors que les policiers et gendarmes se déplacent encore à cheval ou à vélo.

La police le recherche et il quitte précipitamment Lyon avec Platano pour Paris. En cours de route, il tue Platano dans des circonstances qui restent peu claires : selon la version qu’il donnera à ses futurs complices, Platano se serait grièvement blessé avec son revolver par accident, et il l’aurait achevé pour lui éviter de souffrir. Comme le note Alphonse Boudard, Bonnot ne pouvait donner d’autre version, d’autant plus que Platano était sa caution auprès des anarchistes parisiens. Bonnot ayant récupéré une forte somme d’argent que Platano, à la tête d'un héritage de 27 000 francs français, portait sur lui, l’hypothèse d’un meurtre prémédité ne peut être écartée.

Fin novembre 1911, Bonnot rencontre au siège du journal L'Anarchie, dirigé par André Lorulot, plusieurs sympathisants anarchistes qui vont devenir ses complices, dont les deux principaux, Octave Garnier dit « Le Terrassier » et Raymond Callemin dit « Raymond-la-science », et d’autres qui joueront un rôle moindre dans l’affaire, Étienne Monier dit « Simentoff » (ou Symentoff), Édouard Carouy, André Soudy, ainsi qu’Eugène Dieudonné, dont le rôle exact n’a jamais réellement été établi. Adeptes de la reprise individuelle, tous ont déjà commis de menus larcins, et brûlent d’envie de passer à l’étape supérieure. L’arrivée de Bonnot joue un rôle de déclencheur. Bien que l’idée de chef répugne aux anarchistes, Bonnot, plus âgé, plus expérimenté dans le crime, va virtuellement jouer ce rôle.

Braquage de la Société générale

Le 14 décembre 1911, Bonnot, Garnier et Callemin volent une voiture qu’ils comptent utiliser pour leurs projets. Utilisant ses connaissances des différents modèles, Bonnot a choisi une limousine Delaunay-Belleville verte et noire de 12 CV, modèle 1910, marque de luxe qu’il sait fiable et rapide (les moteurs étant conçus par Marius Barbarou).

Le 21 décembre 1911, à 9 h, devant le 148 rue Ordener à Paris, Bonnot, Garnier, Callemin et peut-être un quatrième homme se présentent à la rencontre d’Ernest Caby, garçon de recette de la Société générale, et de son garde du corps, Alfred Peemans. Lorsqu’ils les aperçoivent, Garnier et Callemin se précipitent hors de la voiture, la Delaunay-Belleville, Bonnot restant au volant. Garnier fait feu à deux reprises sur l’encaisseur qui s’effondre, grièvement blessé. Callemin ramasse sa sacoche, et tous deux s’enfuient en direction de la voiture, malgré l’intervention de passants que Bonnot tente de disperser en tirant en l’air. Une fois Callemin et Garnier montés à l’intérieur, Bonnot démarre, mais Callemin fait tomber la sacoche dans le caniveau. Il descend pour la récupérer, aperçoit quelqu’un qui court dans sa direction, sur lequel il tire sans le toucher, puis récupère son butin et remonte dans la voiture. Selon plusieurs témoins, un quatrième homme serait intervenu à ce moment. Enfin, Bonnot démarre, et la bande prend la fuite.

C’est la première fois qu’une voiture est utilisée pour commettre un braquage, et l’événement a un retentissement considérable, accru par la blessure grave de l’encaisseur. Le lendemain l’événement fait la une des journaux qui surnomme les braqueurs « la bande en automobiles » ou « les bandits tragiques ». La bande déchante pourtant en découvrant le butin qui n’est que de quelques titres et de 5 000 francs. Ils abandonnent leur voiture à Dieppe puis reviennent à Paris. Callemin, parti en Belgique pour tenter en vain de négocier les titres, les rejoint bientôt. Pendant ce temps la police découvre que le braquage est lié au milieu anarchiste, nouvelle qui, lorsqu’elle transpire dans la presse, augmente encore le retentissement de l’affaire.

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