Marc-Antoine-Jules Barrême, né le 25 avril 1839 à Avignon et mort le 13 janvier 1886 à Maisons-Laffitte, est un avocat puis haut fonctionnaire français dont l’assassinat n’a pas été élucidé.
Formation et carrière d'avocat
Fils d'un professeur de langues et ancien directeur du mont-de-piété d'Avignon, Hippolyte Barrême et d'Euphrasie Gassin, Marc-Antoine-Jules Barrême obtient son baccalauréat dans la cité des papes. Il poursuit ensuite ses études à Paris, au collège Sainte-Barbe, au lycée Louis-le-Grand puis à l’École de droit.
Devenu avocat à la Cour d’appel en 1860, il est admis à la Conférence du stage, dont il est nommé secrétaire en 1863-1864. Également membre des conférences Portalis et Molé, il passe à la Cour de cassation en devenant le secrétaire de Stanislas Brugnon. Le 30 novembre 1866, il succède à Léonor Duquesnel comme avocat au conseil d’État.
Endetté depuis ses études de droit, il se retrouve ruiné en voulant rembourser un détournement de son père dont il ne veut pas que la réputation soit salie. En rémunérant une de ses maîtresses, il se fait présenter à une riche héritière bordelaise, Marie Louise Augusta Caroline Delrue, dont la fortune est estimée à 600 000 francs. Il l'épouse le 15 janvier 1870 à Bailleul dans le département du Nord. Le couple aura quatre enfants, deux garçons et deux filles.
Carrière dans l'administration
Appartenant tout d’abord à un milieu légitimiste et clérical, Barrême va rapidement évoluer vers le républicanisme dans la seconde moitié des années 1870, époque qui voit les républicains arriver enfin au pouvoir et pendant laquelle il entame une carrière de haut fonctionnaire. Selon Taxil et Verdun, c'est sous la protection du duc Decazes, membre orléaniste du gouvernement Dufaure, que Barrême serait entré dans l'administration. En réalité, c'est un ministre de l'Intérieur issu du Centre gauche (républicains modérés), Émile de Marcère, qui lui attribue son premier poste. Par la suite, ses adversaires politiques dénonceront l'opportunisme carriériste de cette « conversion » à la République.
Nommé sous-préfet à La Réole le 24 mai 1876, Barrême y fait preuve d'un zèle républicain et d'un interventionnisme qui lui attirent les foudres du député bonapartiste local, Robert Mitchell. Celui-ci n'hésite pas à porter ses doléances à la tribune de la Chambre le 26 janvier 1877, y accusant le sous-préfet de tentative de détournement de fonds (au sujet de la caisse du comice agricole) et de faux en écriture (à propos d'un permis de chasse antidaté), ce qui pousse le ministre de l'Intérieur et chef du gouvernement Jules Simon à prendre la défense de son fonctionnaire, qu'il présente comme « un républicain sage, honnête, respectueux des lois ». Barrême prouve ses convictions républicaines en démissionnant quelques jours après la crise du 16 mai 1877.
Les républicains ayant remporté les élections, il rejoint l’administration au mois de décembre, comme secrétaire général de la préfecture de Gironde. À ce titre, il se signale par son efficacité lors des inondations de la Garonne en janvier 1879.
Le 3 mai 1879, il est promu préfet des Deux-Sèvres, département où il fait construire une École normale d’instituteurs et où il fait appliquer le décret de 1880 sur les congrégations en expulsant les chanoines réguliers du Latran de l'abbaye Notre-Dame de Beauchêne à Cerizay.
Le 30 mars 1881, Barrême est nommé préfet de l’Eure. En décembre de la même année, il reçoit la Légion d’honneur, distinction à laquelle s'ajoute celle d'officier d'Académie.
En tant que préfet républicain de l'Eure, Barrême a notamment la tâche d'assurer le succès électoral des partisans du nouveau régime.
Il intervient ainsi en faveur de la réélection d'un conseiller général républicain en 1883, en laissant publier une lettre dans laquelle il promet l'élargissement d'un pont à Ivry-la-Bataille. De même, il fait paraître, quelques jours avant les élections sénatoriales de janvier 1885, une lettre du ministre des Travaux publics confirmant le classement au réseau d'intérêt général de la ligne de chemin de fer de Saint-Pierre-du-Vauvray aux Andelys : ce procédé, ainsi que la prise en compte des voix des délégués de Bernay, pourtant désignés dans des conditions contestées, facilite l'élection de Charles d'Osmoy et la réélection du général Lecointe, tous deux républicains.
Majoritaires après les législatives de 1881 (quatre députés de l'Eure sur six), les républicains sont cependant battus lors des élections de 1885, organisées au scrutin de liste, qui voient la victoire des monarchistes dans le département. Toutefois, n'hésitant pas à user de coûteuses manœuvres (notamment en faisant afficher un manifeste copié sur la lettre de Brisson à ses électeurs de la Seine), Barrême parvient à sauver le siège d'Alexandre Papon, réélu au second tour face au duc de Broglie (déjà battu, de dix voix, à l'élection sénatoriale du 25 janvier).
Ces activités électorales, cumulées aux affaires courantes, amènent Barrême à se rendre régulièrement au ministère de l'Intérieur et, par conséquent, à effectuer deux fois par semaine le trajet entre sa préfecture d'Évreux et la capitale. C'est au retour de l'un de ces déplacements qu'il est assassiné.
Enquête sur l'assassinat du préfet Barrême
Le 13 janvier 1886, vers 21h, le corps de Barrême est trouvé par un lampiste du chemin de fer de l’Ouest entre les deux voies du pont enjambant le grand bras de la Seine entre Maisons-Laffitte et Sartrouville. Il est vêtu d’un costume noir et d’une pelisse de loutre partiellement arrachée à l’épaule gauche. Le haut de son visage est bandé par un mouchoir marqué de la lettre « V » dissimulant, à la tempe gauche, une blessure causée par une balle de revolver de petit calibre (7 mm) qui a perforé le cerveau. Le bandage, fermement noué, ainsi que l'absence de l'arme excluent formellement la thèse du suicide et valident celle du meurtre.
La victime avait manifestement été jetée vers 19h20 par la portière droite d’une voiture du Paris-Cherbourg. En voulant faire disparaître le corps, l’assassin se serait trompé de côté, le fleuve étant plus proche à gauche de la voiture. Le commissaire spécial de Saint-Lazare rejette cette hypothèse, pour lui, vu la hauteur du parapet, il était impossible de projeter le corps dans la Seine. Dans l’entre-voie, le corps avait plus de chances de passer inaperçu.