Les Juifs (en hébreu : יְהוּדִים / yehoudim, en grec ancien : Ἰουδαῖοι / Ioudaĩoi, en latin : Iudaei, etc.) sont les membres d’un peuple identifié à sa propre religion, le judaïsme et, au sens large du terme, à une appartenance ethnique même non religieuse.
La tradition juive relie leur ascendance aux patriarches Abraham, Isaac et Jacob également appelé Israël. Ils peuplent la Judée et le royaume d'Israël, structurant leur quotidien autour de la Bible hébraïque, laquelle comprend les cinq livres de la Torah attribués à Moïse, les Livres des prophètes ultérieurs et d’autres écrits. La Bible définit leurs croyances, leur histoire, leur identité nationale et légifère dans tous les domaines de leur vie.
À la suite des aléas de leur histoire, les Juifs migrent ou sont exilés de la Judée et s'installent à travers le monde. Tentant de conserver leur mode de vie ancestral au sein des populations avoisinantes dans lesquelles ils s’acculturent, ils développent des traditions religieuses, culinaires et des langues propres ainsi que d’autres traits spécifiques. Réciproquement, ils exercent un certain attrait sur leurs populations d’accueil et l’on enregistre dans l’Empire romain un nombre important de conversions au judaïsme. L’impact et la proportion de ces conversions sont discutés par les historiens. Leur histoire sur plus de deux millénaires est marquée par des persécutions, tant dans l'espace chrétien qu'islamique ; en Europe, elles culminent au XXe siècle avec la Shoah.
Les grandes révolutions de l’ère moderne entraînent chez nombre d’entre eux une perte ou un abandon de tout ou partie des repères traditionnels. Plusieurs tentatives sont menées pour les redéfinir en tant qu’entité confessionnelle, nationale ou culturelle de sorte qu’en français, l'Académie française distingue entre les Juifs (avec une majuscule — les « personnes descendant de l'ancien peuple d'Israël ») et les juifs (sans majuscule — « personnes qui professent le judaïsme »).
Le nombre total des Juifs contemporains est difficile à évaluer avec précision, et fait l'objet de différentes appréciations mais, selon une estimation effectuée en 2016, il serait d'environ 14,4 millions. Selon une autre comptabilisation, effectuée en 2023 par la Berman Jewish DataBank, ce chiffre se situe entre 15,7 millions et 22,8 millions de personnes, soit moins de 0,2 % de la population mondiale. La majorité d'entre eux vit en Israël et aux États-Unis, et les autres principalement en Europe, au Canada et en Amérique latine.
Le Livre de la Genèse, premier livre de la Bible, présente la lignée des patriarches hébreux : Abraham, Isaac, et Jacob, qui reçoit aussi pour nom Israël, et dont la descendance forme l’ensemble des Israélites ; le quatrième des fils d’Israël a pour nom Juda (hébreu : יְהוּדָה / Yehouda, rapproché en Genèse 29:35 du vocable lehodot, « remercier » ou « reconnaître »). L’hébreu biblique dénomme יהודי (yehoudi) tout Israélite membre de sa tribu ou habitant la terre qu’elle peuple puis tout membre de son royaume. Le terme n'est devenu générique que dans le Livre d’Esther (IVe siècle av. J.-C.), désignant la nation au-delà d’une appartenance tribale, puisque Mardochée, qui est un Benjaminite, y est qualifié « d’homme yehoudi » (Esther 2:5-6), et qu'il y est dit qu’ « un grand nombre parmi les gens du pays “se firent yehoudim” (mityahadim) car la crainte des Yehoudim s’était emparée d’eux » (Esther 8:17).
L’araméen reprend le mot sous la forme yehoudaï, transcrit Ῐ̓ουδαῖος / Ioudaîos en grec ancien puis jūdaeus en latin. C’est sur la base de ce mot latin que le français nomme le patriarche Juda, son territoire la Judée et ses habitants les Judéens (l’anglais académique emploie le terme Judahite pour ces connotations ethnique ou géographique, anglicisme repris en français sous la forme « judaïte » par Ernest Renan, Histoire du peuple d'Israël et dans la critique qu'en fait Théodore Reinach). Pour distinguer ces sens, l’hébreu moderne a recours au terme yehoudaʾi, « Judéen », distinct de yehoudi, « juif ».
Au Xe siècle, l'ancien français fait évoluer jūdaeus en judeu, qui se transforme ensuite en juiu puis en juieu au XIIe siècle. De la forme féminine, juive, du mot juieu dérive, dès le XIIIe siècle, le mot français masculin « juif », qui parvient jusqu'à nos jours.
D’autres ethnonymes désignant les Juifs dans diverses langues contemporaines s'appuient sur cette même étymologie « judéenne », par exemple يهودي (yahūdī) en arabe, Jude en allemand, juutalainen en finnois, Jew en anglais, židov en croate, jøde en danois, zsidó en hongrois, ou żyd en polonais. L’antijudaïsme chrétien accole au mot des significations déplaisantes : « Juif » devient par exemple synonyme d’usurier même quand la personne n’a aucune ascendance juive, du fait de leur haute prévalence dans l’un des seuls métiers que les autorités leur permettaient d’exercer. Le Dictionnaire de l'Académie française de 1694 donne à l'entrée du mot « Juif » d'autres sens que celui d'une Nation mais relevant bien de stéréotypes péjoratifs qui ont perduré. Dans les pays où le nom originel de « juif » est devenu péjoratif (giudeo, Ιουδαίος, jid, jidov), des noms qui dérivent du mot « hébreu » lui sont préférés comme ebreo en italien, Εβραίος / evraíos en grec moderne, еврей (ievreï) en russe, ou evreu en roumain ; d'autres noms, tel Musevi en turc, dérivent de celui de Moïse.
Une évolution supplémentaire, propre au français, se produit lorsqu’il est décidé d’émanciper les Juifs vivant en France, pour peu qu’ils renoncent à toute revendication nationale et confinent leur judéité au niveau confessionnel.
Conformément aux conventions typographiques de la langue française, qui imposent une majuscule aux noms de peuples et une minuscule aux noms de croyances, « Juif » s'écrit avec une initiale majuscule quand il désigne les Juifs en tant que membres du peuple juif (et signale ainsi leur judéité), mais il s'orthographie avec une initiale minuscule lorsqu'il désigne les juifs en tant que croyants qui pratiquent le judaïsme (et insiste en ce cas sur leur judaïté).
Formation et évolution de l'identité juive
La notion de Juif s'est structurée à travers l'histoire. Au cours des trois millénaires écoulés depuis l'époque de David et les premiers documents égyptiens évoquant le peuple d'Israël, elle a connu des évolutions ou infléchissements.
À l'époque la plus ancienne, les Israélites apparaissent comme une population aux pratiques religieuses très diversifiées, surtout définis par leur origine supposée commune, leur langue, leur territoire et leurs deux États.
Après la disparition du polythéisme et l'exil à Babylone, à la fin du VIIe siècle av. J.-C., les Juifs remplacent les Israélites. La définition religieuse devient plus claire dès la période du Second Temple. Les idées de peuple et de royaume juif sont alors réaffirmées.
À partir du IIe siècle av. J.-C., l'effervescence intellectuelle autour de la religion juive est attestée. Elle s'exprime à travers la diversité foisonnante de courants et sectes.
À la suite de l'apparition des prémices d'un culte chrétien, la destruction du Second Temple par les Romains (en 70 ap. J.-C.), et la destruction définitive du royaume de Juda (Ier siècle), et enfin avec la rédaction des Talmuds, la religion juive s'unifie (IIe siècle - Ve siècle). Le rétablissement de l'État juif est alors abandonné, et renvoyé à des lointains temps messianiques.
C'est à partir du XIXe siècle, sous l'influence des idées laïques et nationalistes en occident, qu'une redéfinition politique et nationale de l'identité juive est mise en avant.