Ce Jour-là

Judith Jasmin

Journaliste canadienne

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Judith Jasmin (née le 10 juillet 1916 à Terrebonne, morte le 20 octobre 1972 à Montréal à l'âge de 56 ans) est une comédienne, réalisatrice et journaliste québécoise. Découverte à la radio comme jeune comédienne et journaliste, elle devient une véritable icône québécoise à compter des années 1950, lorsqu’elle entame sa carrière journalistique au petit écran de Radio-Canada.

Pionnière du journalisme électronique, elle est la première femme québécoise et canadienne à faire de l'information politique et internationale, à parcourir le monde comme grand reporter et la première correspondante de Radio-Canada à l'étranger. Femme engagée, elle est aussi une éveilleuse de consciences qui milite pour le droit des femmes et participe aux mouvements en faveur de la laïcité, de l'écologisme, du pacifisme et de l'antiracisme. En 2021, le gouvernement du Québec reconnaît son apport à la société québécoise en la désignant personnage historique.

Judith Renée Jacqueline Carmen Jasmin est née le 10 juillet 1916 à Terrebonne, au Québec. Elle est la fille d'Amédée Jasmin, notaire de profession, et Rosaria Desjarlais. Ses parents sont tous deux issus du monde rural, au même titre que les trois quarts des Canadiens français à l'époque. Judith est l'aînée d'une fratrie de trois enfants: elle a une petite sœur, Claude, et un petit frère, Jean-Jacques. Ce dernier doit son nom à l'admiration que voue sa mère au philosophe des Lumières Jean-Jacques Rousseau.

La jeune Judith évolue dans un milieu familial particulièrement stimulant intellectuellement. Son père, Amédée, est un anticlérical de tradition libérale mais sensible aux idées socialistes et communistes. Il suit les traces de son paternel, Vincent-Ferrier Jasmin, cultivateur de la région de Saint-Laurent, peu instruit mais profondément nationaliste et libéral. Fondateur du mensuel L'Écho de Terrebone, Amédée Jasmin milite pour la laïcité, la séparation des pouvoirs ainsi que l'instruction gratuite et obligatoire. Féru de littérature, il lit Hugo, Zola, Anatole France, Tolstoï ou encore Gorki et s'intéresse de près à l'actualité locale et internationale. La mère de Judith, Rosaria, n'a pas le niveau d'étude ou la culture politique de son mari mais partage sa curiosité intellectuelle et son goût pour la culture. Fille d'un boulanger forcé de s'exiler aux États-Unis après avoir fait faillite, elle est sensible aux enjeux sociaux et cultive un goût prononcé pour l'aventure. Les enfants Jasmin évoluent au sein d'un foyer où l'engagement est à l'honneur, au contact d'un pluralisme d'idées et de croyances.

Fascinés par l'Europe et étouffés par une société québécoise qu'ils considèrent muselée par la tutelle religieuse, profondément conservatrice et réactionnaire, la famille Jasmin lève les voiles vers le Vieux Continent en 1921. Ils s'installent à Paris, qu'Amédée Jasmin qualifie de capitale du monde civilisé. Un tel projet est peu commun pour une famille canadienne française à l'époque, d'autant plus que les Jasmin n'ont rien d'une famille bourgeoise. Immigrer en France est l'occasion pour eux de se ressourcer aux pays des ancêtres et d'étudier l'application du socialisme et des coopératives ouvrières. Toute jeune, Judith Jasmin est profondément marquée par les idéaux progressistes de ses parents. Âgée d'à peine dix ans, elle a Jeanne d'Arc pour modèle et rêve de révolution. Trente ans plus tard, elle reviendra sur cet état d'esprit:

« Quand je rêvais d'avenir, je me voyais volontiers à la tête d'une armée (sans arme, comme Jeanne d'Arc) boutant les Anglais hors du Canada, ma lointaine patrie, ou bien encore active dirigeant un orphelinat modèle où garçons et filles connaîtraient une vie meilleure. [...] Jamais je n'ai rêvé d'un mari, d'un foyer, d'enfants à moi. Ce bonheur simplet ne m'appelait pas - il me semblait médiocre , borné, fait pour tout le monde. Je voulais une vie d'exception . Mais intérieurement j'avais une peur bleue de ne pas l'obtenir. »

Amédée Jasmin fait construire une maison au 23 de l'avenue Chilpéric, à Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne. La jeune Judith y vit une enfance heureuse entre chaleur familiale, excursions à la campagne et visites au musée. Elle étudie à l'école communale, où elle s'impose naturellement comme une meneuse de groupe, même auprès des garçons plus âgés, puis entre à l'automne 1926 au Lycée Fénélon, à Paris. Les sœurs Jasmin y sont surnommées "les Canadiennes" et suscitent la curiosité de leurs camarades de classe. Elles profitent de leur naïveté et assument volontiers leur exotisme, quitte à feindre de parler des langues autochtones inventées de toutes pièces.

Bien qu'elle soit très heureuse en France, le bonheur de Judith Jasmin doit prendre fin. Les économies s'épuisent et la famille doit rentrer au pays en 1929. De retour au Québec, ils s'installent dans le quartier Villeray, à Montréal. Fidèle à ses idées socialistes, Amédée Jasmin a voulu s'établir dans un quartier peuplé d'ouvriers et d'immigrants, à qui il propose ses services de notaire. La situation devient toutefois vite précaire lorsque le Krach de 1929 balaie le peu qu'il reste des économies familiales. Pour Judith Jasmin et sa sœur Claude, le retour au Québec est d'autant plus difficile que, plus Françaises que Canadiennes, elles ont beaucoup de mal à s'acclimater à une société encore très conservatrice.

Inscrite au cours de Lettres-Sciences d'un pensionnat des religieuses de la congrégation Notre-Dame, Judith Jasmin entre en neuvième année. Habituée à une éducation laïque à la française, elle trouve difficile l'adaptation à l'atmosphère des couvents québécois. Son père tente de pallier cela en initiant ses filles à des activités parascolaires instructives, notamment des films, des conférences et des réunions politiques. C'est ainsi que lors des élections fédérales de 1930, la jeune Judith a la chance d'assister à une conférence de la journaliste et militante féministe Idola Saint-Jean, alors candidate.

Les efforts d'Amédée Jasmin seront vains car sa fille aînée ne rêve que de la France. À force d'insister, elle voit ses souhaits exaucés: elle retourne suivre des études en Europe pendant deux ans. Judith Jasmin est alors interne au lycée pour jeunes filles de Versailles, où elle étudie avec enthousiasme et détermination. Elle a de la facilité en français, particulièrement en composition, mais peine à suivre ses camarades de classe en latin et en arithmétique. Malgré une certaine propension à la paresse, elle déploie des efforts acharnés pour pallier ces faiblesses car, fougueuse et idéaliste, elle cultive de grandes ambitions pour son avenir.

Judith Jasmin rentre au Québec en 1931, à l'âge de 15 ans. Ses parents font l'annonce de son retour et de sa réussite scolaire dans le quotidien La Presse. Cette fierté camoufle toutefois une période difficile. À Montréal, l'adolescente retrouve une famille en plein déclin social et économique, qui souffre, comme beaucoup, de la crise économique des années 1930. Son père, jadis optimiste et déterminé, est devenu aigri et abattu. Sa mère n'arrive pas à s'adapter à Ville-Émard, leur nouveau quartier, dont « la médiocrité [...] énerve, porte à la critique, rend de mauvaise humeur et empêche de vivre heureuse ». Cette situation affecte profondément Judith Jasmin, contribuant à lui forger une volonté de fer et la conviction que sa réussite peut garantir aux siens un avenir meilleur. Elle n'est toutefois pas tout à fait sûre du chemin à emprunter, comme en témoigne son journal personnel:

« Je suis confuse de ne m'être pas encore décidée. Car j'estime que le goût de la vocation se marque déjà lorsqu'on est jeune. Si je suis médecin, comme le désirent mes parents, je veux, à force de travail acharné, procurer à mes parent une douce aisance où ils puissent couler leurs vieux jours entourés du confort et même d'un certain luxe: théâtre, livres, voyages, des plaisirs instructifs. Ils auront tout ce qu'ils voudront. Je voudrais le promettre ici mais le destin est là qui se joue de nous et de nos projets. »

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