Ce Jour-là

Judith Butler

Philosophe et activiste queer vivant aux États Unis

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Judith Butler, née le 24 février 1956 à Cleveland (Ohio), est une philosophe américaine. Butler est Distinguished Professor à l'université de Californie à Berkeley aux États-Unis. Son travail porte principalement sur le genre et les luttes pour la justice sociale.

Son ouvrage majeur, Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité, est publié aux États-Unis en 1990, avec une traduction tardive en français (2005). Ses premiers écrits portent, dans le sillage de la French Theory (« théorie française »), sur l'ambivalence du sujet en tant que soumis à un pouvoir et produit par cette soumission même. Sa théorisation de la « performativité du genre », à partir du triple héritage de la théorie austinienne des actes de langage, du féminisme et de la déconstruction, a constitué un apport majeur dans le champ des études féministes et queer. Butler y soutient que l'identité de genre n'est pas l'expression d'une nature biologique figée, mais le résultat d'une construction sociale créée par la répétition quotidienne d'actes, de gestes et de discours (ce que Butler nomme la performativité).

Ses écrits ultérieurs traitent de la guerre, de la vulnérabilité, du deuil et des figures de la dépossession comme le prisonnier extra-juridique ou le réfugié, tout en faisant une critique de la politique étrangère des États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.

Judith Butler naît le 24 février 1956 à Cleveland, dans l'Ohio, dans une famille juive. Son père est dentiste. Sa mère milite pour des conditions de logement équitable.

Judith Butler reçoit une éducation religieuse et progressiste. Sa pensée et son engagement politique s'inscrivent dans la tradition « juive antisioniste ».

En 1978, Butler passe une année à l'université de Heidelberg à travers le programme Fulbright. Après quoi, Butler obtient son Ph.D. en philosophie à l'université Yale en 1984 en soutenant une thèse qui sera éditée plus tard sous le titre « Sujets du désir : Réflexions hégéliennes au vingtième siècle en France ».

Judith Butler a enseigné, entre autres, à l'université Wesleyenne, à l'université George-Washington, à l'université Johns-Hopkins et à l'European Graduate School de Saas-Fee, en Suisse. Titulaire de la chaire Maxine Elliott dans les départements de rhétorique et de littérature comparée de l'université de Californie à Berkeley, Butler y fonde et y dirige, pendant un temps, le programme de théorie critique.

Butler vit à Berkeley avec sa compagne, Wendy Brown, et leur fils, Isaac, né par PMA.

Lesbienne et non-binaire, Butler recommande l'utilisation du pronom iel (traduction de they/them en anglais) à son propos, ce que confirment les usages et commentaires de son œuvre.

Les travaux de Judith Butler ont eu une influence considérable sur le féminisme, la théorie queer, les études culturelles et la philosophie continentale. Ses contributions dans d'autres disciplines — telles que la psychanalyse, la littérature, le cinéma, les études de performance ou encore les arts visuels — sont également conséquentes. Sa théorisation de la « performativité du genre », tout comme sa conception du « critically queer », n'ont pas seulement contribué à transformer la compréhension du genre et de l'identité queer dans le monde universitaire, mais aussi à former et mobiliser différents types d'engagement politique à travers le monde, en particulier le militantisme queer. Ses études, qui remettent en question les notions traditionnelles de sexe et genre, ont de plus alimenté de nombreux débats sur l'enseignement du genre, l'homoparentalité et la dépathologisation de la transidentité, à tel point que le pape Benoît XVI a lui-même fini par aborder ces sujets.

De nombreux universitaires et militants politiques affirment que le postulat radical de départ de ses recherches, à savoir la dichotomie entre sexe et genre, ainsi que sa conception non-essentialiste du genre (dans la lignée de sa réflexion sur la « puissance d'agir »), ont contribué, avec les travaux de Gayle Rubin et d'Eve Kosofsky Sedgwick, à révolutionner les pratiques, pensées, et études féministes ou queer. Darin Barney, professeur agrégé au département d’histoire de l’art et d’études en communications de l'université McGill (Canada), a ainsi déclaré que :

« les travaux de Butler sur le genre, le sexe, la sexualité, l'identité queer, le féminisme, le corps, associés à son discours politique et éthique, ont changé la façon qu'ont les chercheurs du monde entier d'envisager l'identité, la subjectivité, le pouvoir et la politique. Ils ont aussi changé les vies d'innombrables personnes dont le corps, le genre, la sexualité et les désirs les confrontent à la violence, l'exclusion et l'oppression. »

Sa popularité a même inspiré un fanzine intellectuel, Judy!, contribuant ainsi à en faire une célébrité dans le monde universitaire.

En 1990 paraît Gender Trouble, le livre qui a fait connaître Judith Butler, et dans lequel sont proposées pour la première fois ses analyses du caractère performatif du genre. Cette publication est un tournant important avec plus de 100 000 exemplaires vendus dans plusieurs langues à travers le monde. Publié en France en 2005 sous le titre Trouble dans le genre, l'ouvrage fait la critique des travaux de Simone de Beauvoir, Julia Kristeva, Sigmund Freud, Jacques Lacan, Luce Irigaray, Jacques Derrida, et, surtout, de Michel Foucault.

L'écriture de Judith Butler, considérée par beaucoup de lecteurs comme inutilement complexe et dense, est très influencée par la psychanalyse française.

Concernant le travail théorique, la lecture de Jacques Derrida fait l'objet de nombreux commentaires. Il est question du « rapport performatif » de la théorie de John Langshaw Austin et de l'histoire de Franz Kafka, Le Procès ; tous les deux en convergence avec les lectures de Butler sur Surveiller et punir de Michel Foucault et Histoire de la sexualité, vol. 1, La Volonté de savoir. Cette convergence est le creuset de la théorie de Butler sur la performance de genre. Par cette expression, il faut comprendre le genre comme une performance sociale apprise, répétée, et exécutée (d'où paraît sa lecture de Foucault). L'établissement d'une exécution de performance « obligatoire » de la féminité et la masculinité produit la fiction de genres « naturels » aussi bien que la distinction entre le sexe extérieur et biologique et le « genre intérieur ». Pour mieux caractériser le genre comme un « choix volontaire et quotidien », Butler renforce sa théorie de la performativité de genre dans ses ouvrages suivants.

Butler définit le genre comme performatif. Butler s'inspire de la linguistique d'Austin (les « actes de langage » qui réalisent ce qu'ils disent) pour expliquer que le genre n'est pas une identité interne, mais un effet produit par la répétition de normes. On ne devient pas un homme ou une femme en raison d'une réalité biologique préalable, mais par la répétition quotidienne d'actes, de gestes et de comportements imposés par la société. Comme Butler l'écrit : « Le genre est ce qu'on fait, pas ce qu'on est.[réf. nécessaire] »

Toutefois, le genre est un devoir qui ne se conforme pas toujours aux attentes d’autrui, ce qui va créer une distance entre les individus. Par ailleurs, le pouvoir, considéré comme instable et résistant, émerge lorsqu’une manière d’agir est sans cesse reproduite. De là, Butler émet le pouvoir de l’insulte « queer ». La force de l’insulte ne se résume en rien par l’intention qu’avait l’individu de faire réagir la personne concernée, mais plutôt dans le fait que l’insulte, qui était prononcée autrefois, soit répétée. À force de répéter ces manières de s’adresser à autrui, cela a produit et/ou relié l’homosexualité à l’humiliation et au dénigrement. Cependant, c’est par la non-conformité qu'émerge la résistance ainsi que le changement. Le retournement du stigmate porté par l'insulte « queer » en une force offensive contre l'ordre établi, et son langage, est selon Butler parfaitement illustré par le film documentaire Paris Is Burning (1991).

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