Juan Negrín (Las Palmas de Grande Canarie, 3 février 1892 - Paris, 12 novembre 1956) est un physiologiste et homme d'État espagnol. De 1937 à 1945, il est chef du gouvernement de la Seconde République espagnole, puis du gouvernement en exil.
Son parcours est atypique. Il entre tardivement en politique et ce après une carrière de chercheur et de professeur de physiologie. Il s'affilie au PSOE en 1929 et abandonne la recherche. Il parle plusieurs langues étrangères, ce qui est assez inhabituel pour un homme politique espagnol.
Président du gouvernement de la République de 1937 à 1939, Juan Negrín est un des personnages les plus controversés de la guerre civile espagnole. Selon l'historien Stanley G. Payne, personne n'est plus détesté que lui. Le camp franquiste le considère comme un « traitre rouge », tandis qu'une partie du camp républicain lui reproche la prolongation inutile de la guerre, les atrocités commises par les checas et la subordination aux plans de l'Union soviétique. Le PSOE, dominé par Indalecio Prieto décide de son exclusion en 1946, l'accusant de subordination au Parti communiste d'Espagne et à l'Union soviétique. En juillet 2008, le PSOE décide la réhabilitation de Juan Negrín, considérant les accusations portées contre lui sans aucun fondement.
Il est le fils aîné de Juan Negrín Cabrera, homme d'affaires prospère, et de Dolores López Marrero, née à San Mateo. Sa famille est très conservatrice et catholique convaincue. Son frère est clarétain et sa sœur prononce les vœux séculiers. Sa mère termine sa vie à Lourdes après la guerre.
Negrín entame ses études dans sa ville natale au collège privé La Soledad et obtient son baccalauréat (es) à quatorze ans. En 1906, son père l'envoie étudier la médecine en Allemagne. Il entame ses études à quinze ans à l'université de Kiel et poursuivit Leipzig (1908). Là, il travaille au célèbre Institut de physiologie et se lie à la prestigieuse figure de Ewald Hering. Le 21 août 1912 il obtient le grade de docteur avec une thèse sur Zur Frage nach der Genese der Piqûre-glycosurie. Durant les deux années suivantes, il publie diverses recherches en physiologie dans des revues allemandes, il travaille comme assistant à l'université de Leipzig. À cause de la mobilisation de ses supérieurs lors de la Première Guerre mondiale, il endosse de nouvelles responsabilités professorales. Il refuse toutefois le poste de Privat-Dozent qu'on lui offre, préférant retourner en Espagne. En Allemagne, il termine presque un cursus de chimie et apprend l'anglais, l'allemand et le français. Il traduit L'Anaphylaxie de Charles Richet du français vers l'allemand. Peu après, il apprend également l'italien et le russe. En tout, il connaitra dix langues.
Le 21 juillet 1914 il épouse María Mijailova Fidelman, issue d'une famille russe originaire d'Iekaterinbourg qui étudie également à Leipzig. Des cinq enfants issus de cette union, deux filles meurent jeunes. Ces malheurs provoquent une distanciation dans le couple et l'entrée dans la vie de Negrín de Feliciana López de Dom Pablo (1906-1987), une de ses assistantes qui devient sa compagne.
Ses fils Juan, Rómulo y Miguel Negrín Fidelman ne reviennent pas d'exil. Le fils aîné Juan (né à Leipzig en novembre 1914) est neuro-chirurgien et exerce à New York. Il épouse l'actrice Rosita Díaz Gimeno (es) et représente ses frères dans les procédures intentées contre l'État espagnol en raison de la confiscation de tous les biens de leur grand-père paternel, procédures qui se clôturent en 1995. Rómulo (né à Madrid le 8 mai 1917) est aviateur durant la guerre civile, fait des études d'ingénieur à New York et vit au Mexique jusqu'à sa mort en 2004. En raison de la grave maladie de sa femme, leurs enfants Juan Román et Carmen sont élevés à Paris par leur grand-père paternel jusqu'à la mort de ce dernier. Le troisième fils de Negrín réside au New Jersey.
Carrière académique en Espagne
Negrín rentre en Espagne en octobre 1915 et le 22 février 1916 et il sollicite une bourse d'études pour poursuivre ses recherches à New York et Harvard. Santiago Ramón y Cajal lui propose plutôt la direction du nouveau laboratoire de physiologie générale à Madrid qui par manque de place à l'Institut national des sciences, se trouve dans les caves de la résidence universitaire ; Negrín accepte.
En 1919, il passe un examen d'équivalence et son titre allemand de licencié en médecine et chirurgie est confirmé. L'année suivante, il présente une thèse de doctorat El tono vascular y el mecanismo de la acción vasotónica del esplácnico. En 1922, il inaugure une chaire de physiologie à l'université centrale de Madrid. Il organise alors un laboratoire d'application au sein de la faculté de médecine, tandis qu'il oriente celui de la résidence universitaire vers la recherche.
Negrín s'attache surtout à créer une école de physiologie de renommée internationale. Il est le maître de Severo Ochoa (qui obtient le prix Nobel de médecine), de José María García-Valdecasas et de Francisco Grande Covián (es). Ses élèves peuvent bénéficier de l'abondante bibliothèque de physiologie que Negrín a ramené d'Allemagne et qu'il complète au long des années. Malgré ses connaissances et selon le témoignage de ses élèves comme Severo Ochoa, il « expliquait mal » et « se dédisait beaucoup ».
Après ces années fécondes d'enseignement et de recherches scientifiques de première qualité, il abandonne cette carrière et entre en politique. Un des hôpitaux les plus importants des Canaries situé Las Palmas de Grande Canarie porte le nom de Hospital Doctor Negrín.
Il entre au Parti socialiste ouvrier espagnol en 1929 et en 1931, il est élu député de la province de Las Palmas. Il le reste jusqu'à sa démission en 1934. Negrín ne porte pas grand intérêt aux théories marxistes. Il ne se lie jamais aux syndicats et appartient à l'aile « priétiste » du parti. Il professe un socialisme modéré et est convaincu de la nécessité de l'enseignement laïc pour faire progresser le pays.
Le 4 janvier 1934, en raison de la loi sur l'incompatibilité, il démissionne de son poste de professeur et on lui concède deux tiers de son traitement. Quelques jours plus tard, le 10 janvier, le ministre de l'instruction publique Marcelino Domingo l'autorise à poursuivre son enseignement.
Il est soupçonné de participation à la révolution de 1934 mais l'affaire est classée. Il reste donc vice-président du groupe socialiste, faisant fonction de président à la suite de l'emprisonnement de Largo Caballero pour sa participation au coup d'État.
Ministère de l'Économie et des Finances
En septembre 1936, il est nommé ministre de l'Économie et des Finances dans le gouvernement de Largo Caballero. Il y représente le PSOE et l'aile priétiste du parti.
En tant que ministre des Finances, il met en place les carabineros, une force de 20 000 hommes dans le but de reprendre le contrôle des postes de frontière avec la France qui étaient aux mains de la CNT.