Ce Jour-là

Juan Gris

Peintre espagnol (1887–1927)

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José Victoriano Carmelo Carlos González-Pérez, connu sous le nom de Juan Gris, né le 23 mars 1887 à Madrid et mort le 11 mai 1927 à Boulogne-Billancourt, est un peintre espagnol proche du cubisme, qui vécut et travailla en France à partir de 1906.

José Victoriano Carmelo Carlos González-Pérez, qui choisira plus tard le nom de Juan Gris, naît à Madrid, le treizième et avant-dernier enfant d'une famille aisée. Son père est propriétaire d'une papeterie-maroquinerie.

Très jeune, il montre un goût pour le dessin. En 1902, ses parents l'inscrivent en section de dessin industriel à la Escuela de Artes y Manufacturas à Madrid. Il contribue par des dessins à des journaux locaux. En 1904 et 1905, ayant quitté l'école, il fréquente le milieu artistique et étudie la peinture académique, qui le laisse indifférent, avec l'artiste José Moreno Carbonero, qui a également été le professeur du jeune Pablo Picasso.

Arrivée à Paris et débuts en peinture

Fin septembre 1906, ayant définitivement adopté le pseudonyme de Juan Gris, il quitte l'Espagne pour s'installer à Paris, d'abord à l'hôtel Caulaincourt, puis au Bateau-Lavoir, où il fait la connaissance de Picasso, Guillaume Apollinaire, Max Jacob et André Salmon.

En 1907, au Bateau-Lavoir, il reprend l'atelier de Van Dongen, qu'il gardera jusqu'en 1922. Il rencontre Lucie Belin, qu'il épouse en 1908 et qui lui donnera un fils en avril 1909. Via Picasso, il rencontre le critique Maurice Raynal et les peintres André Derain, Georges Braque et Maurice de Vlaminck. Dans l'atelier de Picasso, il admire Les Demoiselles d'Avignon. Il vit modestement en plaçant des dessins dans les revues espagnoles, avec lesquelles il a gardé contact, et dans des journaux parisiens comme L'Assiette au beurre, Le Témoin ou Le Charivari.

Il se met à la peinture et son travail est remarqué par Daniel-Henry Kahnweiler, qui fréquente le Bateau-Lavoir. Sa première toile connue, Siphon et Bouteilles, une nature morte cubiste, date de 1910, année à la fin de laquelle il rencontre Pierre Reverdy, avec lequel il se lie d'amitié. Dans leur rôle de critiques d'art, Raynal et Reverdy le soutiendront avec fidélité et enthousiasme durant tout son parcours. Obligé, pour faire vivre sa famille, de continuer le dessin alimentaire qu'il déteste, Gris travaille pour Le Cri de Paris. En 1911, il se sépare de son épouse, expose dessins et toiles et commence à vendre ses premiers tableaux.

En 1912, il présente trois toiles au Salon des Indépendants, dont un Hommage à Picasso. Sa participation est remarquée par la critique, qui souligne sa singularité ou tourne en dérision son « cubisme intégral ». La même année, il expose pour la première fois en Espagne, présentant cinq toiles et trois dessins à Barcelone, dans le cadre de l'exposition Cubista. Il y vend deux toiles et recueille des critiques élogieuses. Toujours en 1912, il expose à Rouen, à Paris et deux fois à Berlin.

En février 1913, il signe avec Kahnweiler un contrat d'exclusivité. En mars, Apollinaire lui consacre un chapitre de Méditation esthétique. Les peintres cubistes.

Durant l'été 1913, il séjourne à Céret dans une maison faisant angle entre la place du Barri et le carrer Vell, face à la Porte de France. Il y retrouve Picasso et Max Jacob, et y fait la connaissance de Josette Herpin, qui deviendra sa seconde épouse.

Bien intégré au milieu artistique qui a choisi Céret comme point de rendez-vous, il y produit cinq tableaux : Un Toréador, Un Banquier, Une Guitare, Un Paysage, Un violon avec guitare. Il introduit dans ses toiles des papiers collés. Ses œuvres continuent à être exposées et Kahnweiler en vend plusieurs pendant l'année.

En février 1914, Kahnweiler signe avec Michael Brenner un contrat exclusif de représentation aux États-Unis. Gertrude Stein achète trois tableaux de Juan Gris. Elle devient pour lui une cliente fidèle, une critique passionnée et une amie. Il passe l'été et l'automne à Collioure avec Josette. Il y rencontre Henri Matisse, avec lequel il se lie d'amitié. Quand la guerre éclate, Kahnweiler, alors en voyage en Italie, ignore l'ordre de mobilisation en provenance d'Allemagne et se réfugie en Suisse. Ayant laissé son stock de toiles à Paris, il se trouve dans l'incapacité de soutenir financièrement ses artistes. Gris, tablant sur une guerre courte, reste à Collioure où l'ont rejoint Matisse et Marquet. Sans ressources, Gris traverse une période de dénuement et, ayant refusé l'aide de Gertrude Stein et de Brenner, qui lui semble incompatible avec le contrat Kahnweiler, il revient à Paris en novembre.

En avril 1915, d'un commun accord et empêchés par la guerre, Gris et Kahnweiler mettent fin à leur contrat. L'artiste s'engage quelques mois plus tard avec le galeriste Léonce Rosenberg. Pour échapper au contexte mortifère de la guerre, il se plonge dans le travail et produit beaucoup.

En 1916, il refuse d'exposer et de vendre, et passe une partie de l'automne à Beaulieu-lès-Loches, dont Josette est originaire. En quelques semaines, il y peint une douzaine de toiles. Revenu à Paris fin octobre, il participe au banquet célébrant la guérison d'Apollinaire et la parution de son Poète assassiné. En 1917, il se trouve mêlé aux dissensions et aux polémiques qui divisent le petit monde artistique parisien, qui vivote au milieu des restrictions dues à la guerre. Il passe la plus grande partie de 1918 à Beaulieu et revient à Paris pour assister aux obsèques d'Apollinaire. Malgré des tensions avec Rosenberg, il reconduit son contrat avec lui.

Le 5 avril 1919, il inaugure sa première grande exposition à la Galerie de l'Effort moderne, avec une cinquantaine de toiles peintes en 1916 et 1918. Les critiques le placent aux côtés de Picasso et de Braque. Gris renoue avec Kahnweiler et lui confie des œuvres relevant de leur ancien contrat. En avril 1920, il tente de renégocier son contrat avec Rosenberg, mais reprend finalement sa liberté et signe en mai avec Kahnweiler. Fin mai, il est hospitalisé à Tenon pour une grave pleurésie. Sorti de l'hôpital en août, sa santé restera fragile. Il part en convalescence à Beaulieu, où il travaille uniquement son dessin. À l'automne, les Gris repassent par Paris avant de descendre passer l'hiver à Bandol, où Juan produira une série de « fenêtres ouvertes ».

En 1921, un de ses tableaux, Compotier et bouteilles (1916), entre pour la première fois dans les collections d'un musée américain. En avril, il se rend à Monte-Carlo à l'invitation de Serge Diaghilev, qui envisage de lui confier la création de décors et de costumes pour ses ballets. Après s'être brièvement séparé de Josette, ils se retrouvent pour passer l'hiver à Céret, où ils s'installent à l'hôtel Garetta. Ils y restent jusqu'en avril 1922, quand ils remontent à Paris où ils abandonnent l'atelier du Bateau-Lavoir, trop humide, pour s'installer à deux pas des Kahnweiler, rue de la Mairie, à Boulogne-sur-Seine. Les Gris participent régulièrement aux dimanches de Boulogne, organisés par les Kahnweiler.

Du 20 mars au 5 avril 1923, la galerie Simon expose cinquante toiles de Juan Gris. Les commentaires sont élogieux, même de la part de critiques qui se sont opposés aux premiers pas du Cubisme, dont il est désormais reconnu comme un des chefs de file.

Le 30 juin, la première, à Versailles, du ballet de Diaghilev La Fête merveilleuse, révèle les décors dessinés par Juan Gris, qui retrouve en octobre Diaghilev à Monte-Carlo, où ils travaillent ensemble à de nouveaux projets. Pris par Diaghilev, Gris délaisse à contrecœur la peinture. Fatigué et déprimé, il rentre à Paris à la fin du mois de janvier 1924. Sa dernière collaboration avec Diaghilev sera la réalisation des décors de la Fête de la Croix-Rouge aux grands magasins du Printemps, le 28 mai 1924.

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