Ce Jour-là

Journées de Juin

Révolte ouvrière à Paris en 1848

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Les journées de Juin sont une insurrection d'ouvriers et d'ouvrières parisiens ayant eu lieu du 22 au 26 juin 1848.

À la suite de la révolution de Février, qui met fin au règne de Louis-Philippe et permet l'avènement de la Deuxième République, les Français s'affrontent sur la forme que doit prendre le gouvernement. Les ouvriers et ouvrières qui avaient espérer l'avènement d'une République démocratique et sociale, s'insurgent en juin 1848 contre la fermeture des Ateliers nationaux et contre un gouvernement dans lequel ils et elles n'ont plus confiance.

Situation sociale et politique

La crise économique et sociale, qui avait causé le fort mécontentement populaire ayant débouché sur la révolution de février 1848, persiste. L'incertitude quant à l'orientation plus ou moins sociale de la République proclamée solennellement le 4 mai, s'accentue au cours du printemps 1848. Les détenteurs de capitaux continuent de retirer leurs fonds des banques qui manquent alors de liquidités pour consentir des prêts et soutenir l'escompte. Ainsi, malgré le changement de régime, le nombre de chômeurs augmente et la crise perdure. Pour résorber le chômage, le gouvernement met en place des Ateliers nationaux. Ces établissements doivent permettent le retour des Parisiens à l'emploi. Ils embauchent près de 115 000 ouvriers et plus de 20 000 ouvrières. Le travail ne permettant pas de couvrir l'ensemble des inscriptions, le gouvernement décide alors de distribuer de l'argent aux Parisiens à titre de secours. Les partisans de l'ordre, les rentiers et les bourgeois s'exaspèrent de devoir entretenir un nombre croissant de chômeurs et estiment que les Ateliers nationaux constituent un repère pour la propagande socialiste.

Le printemps 1848 est un moment de forte agitation politique. La presse à présent libérée fleurit de toute part. On compte près de 450 nouveaux journaux au printemps 1848. Les Parisiens s'engagent dans la vie démocratique de leurs quartiers et prennent part aux clubs : club de la Révolution présidé par Barbès, club des Amis du Peuple fondé par Raspail, club de la Société républicaine centrale organisé autour de la figure de Blanqui, etc.

« Républicains de la veille », « républicains du lendemain » et bonapartistes

Une réelle fracture s'opère entre les « Républicains de la veille », convaincus par les idées républicaines, et les «Républicains du lendemain » largement réticent à l'avènement de la Deuxième République. Certains ouvriers s'organisent et fondent le 20 mai la Société des corporations réunies qui regroupe une bonne partie des ouvriers ayant participé aux travaux de la Commission du Luxembourg mise en place par le gouvernement provisoire dès le lendemain de la révolution de février. Les ouvriers des ateliers nationaux et ceux de la Commission du Luxembourg s'entendent pour présenter des listes communes aux élections complémentaires pour l'Assemblée nationale des 4 juin et 5 juin. Le mouvement républicain progressiste, bien qu'amputé de ses chefs après l'échec de la manifestation du 15 mai 1848, progresse à Paris (Marc Caussidière, Pierre Leroux et Pierre-Joseph Proudhon sont élus).

Parallèlement, le « parti bonapartiste » prend de l'ampleur. Ses partisans mettent en avant les idées sociales du prétendant au trône Louis-Napoléon Bonaparte, auteur de De l'extinction du paupérisme, et jouent sur le souvenir encore frais du Premier Empire. Les ouvriers de La Villette pétitionnent pour que Louis-Napoléon Bonaparte soit nommé Consul. La 7e légion de la Garde nationale (celle des quartiers populaires du Panthéon, de Saint-Marcel et de Saint-Victor) envisage de le prendre comme colonel en remplacement du républicain Armand Barbès alors emprisonné. Aux élections législatives, Louis-Napoléon Bonaparte est triomphalement élu à Paris et dans quatre autres départements.

Fermeture des ateliers nationaux

Débarrassée des chefs républicains progressistes après l'échec de la manifestation du 15 mai 1848, la majorité conservatrice de l'Assemblée nationale s'emploie à faire disparaître les ateliers nationaux symbole de la politique sociale mise en place après la révolution de février 1848. Le 16 mai, la Commission du Luxembourg est supprimée, les ateliers sociaux (différents des ateliers nationaux) créés sont progressivement détruits, son président Louis Blanc étant par ailleurs sous la menace d'une arrestation et d'une enquête de la part de l'Assemblée nationale. Dès le 24 mai, Ulysse Trélat, ministre des Travaux publics, demande la suppression des ateliers nationaux. Il est secondé à l'Assemblée par les conservateurs comte de Falloux et comte de Montalembert. Le 30 mai, l'Assemblée décide que les ouvriers domiciliés depuis moins de trois mois dans le département de la Seine doivent regagner la province. On tente ainsi de dégonfler les effectifs de chômeurs secourus et de réduire une possible résistance des ouvriers parisiens.

Mais le gouvernement — la Commission exécutive — composée de républicains modérés, répugne à mettre en cause un des acquis les plus sociaux de la nouvelle république. Le décret du 24 mai est suspendu. Pour gagner la sympathie populaire, la Commission exécutive projette la création d'un crédit foncier devant aider les paysans très touchés par la crise économique. La réduction du très impopulaire impôt sur le sel est envisagée.

Afin de fournir du travail aux ouvriers des ateliers nationaux, la Commission projette de nationaliser les compagnies de chemin de fer dont les chantiers ferroviaires seraient tenus par les chômeurs. Devant cette mise en cause de la propriété privée, la majorité conservatrice de l'Assemblée décide d'intensifier son action.

Les 14 et 15 juin, Alfred de Falloux et Michel Goudchaux sont élus respectivement rapporteur et président de la Commission spéciale sur les ateliers nationaux.

Les 19 juin et 20 juin, l'Assemblée vote la dissolution des ateliers nationaux. Le 21, la Commission exécutive cède et décrète la fermeture des ateliers nationaux : les ouvriers âgés de 18 à 25 ans doivent s'enrôler dans l'armée, les autres doivent se rendre en province, et notamment en Sologne pour y creuser le canal de la Sauldre. Le 21 juin Le Moniteur, le Journal Officiel de l'époque, publie le décret.

Le 22 juin l'agitation se propage. Friedrich Engels écrit : « La ville était divisée en deux camps. La ligne de partage partait de l'extrémité nord-est de la ville, de Montmartre, pour descendre jusqu'à la porte Saint-Denis, de là, descendait la rue Saint-Denis, traversait l'île de la Cité et longeait la rue Saint-Jacques, jusqu'à la barrière. Ce qui était à l'est était occupé et fortifié par les ouvriers ; c'est de la partie ouest qu'attaquait la bourgeoisie et qu'elle recevait ses renforts. »

Le 23 juin sont dressées les premières barricades. L'historien Samuel Hayat indique que le discours prononcé à l'aube, place de la Bastille, par Louis Ferdinand Pujol « marque symboliquement le début de l'insurrection, bien que la mobilisation se fasse progressivement ».

Les causes de la révolte ouvrière

26 février : création des ateliers nationaux visant à résorber le chômage des ouvriers dans les grandes villes (la crise économique sévit depuis 1847).

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