Josephine Elizabeth Butler, née Grey le 13 avril 1828 à Milfield dans le comté de Northumberland et morte le 30 décembre 1906 à Wooler (Northumberland), est une militante féministe et réformatrice sociale britannique de l'époque victorienne. Son combat pour les prostituées est un modèle pour les mouvements abolitionnistes européens regroupés en 1902 au sein de la Fédération abolitionniste internationale (FAI).
Elle fonde la FAI en 1875 à Genève dans le cadre de son combat contre la réglementation de la prostitution et de la traite qui y est liée.
Son approche de la colonisation britannique est plus controversée et a pu être présentée comme une forme de « féminisme impérial ».
Son prénom est parfois francisé en Joséphine.
Josephine est née à Milfield House, Milfield dans le Northumberland, le 13 avril 1828. Elle est le septième enfant et la quatrième fille de John Grey, expert agricole, et d'Hannah Eliza Annett, une descendante de huguenots et une proche des thèses de John Wesley. Son père joua un rôle significatif dans l'émancipation des catholiques et travailla sur la réforme britannique de 1832 (Reform Act 1832). En 1833, il est nommé gérant de terres près de Corbridge et y installe toute sa famille. Il perd une grande partie de ses épargnes lors de la crise de 1857, dans la faillite de la Newcastle Bank. L'oncle paternel de Josephine est le Premier ministre Charles Grey (2e comte Grey), partisan de l'abolition de l'esclavage.
Très jeune, Josephine est active dans les mouvements féministes. La mort de sa fille Eva, âgée de six ans, à la suite d'une chute dans l'escalier de la maison familiale, va augmenter son implication dans le militantisme. En 1866, George est nommé directeur du Collège de Liverpool et la famille s'y installe. Josephine fait campagne pour une amélioration de l'éducation des femmes et en 1867, avec Anne Jemima Clough, future directrice du Newnham College à Cambridge, elle se bat pour la création du North of England Council for Promoting the Higher Education of Women (en) (Conseil du nord de l'Angleterre pour la promotion de l'enseignement supérieur des femmes), dont elle devient directrice. En 1868, elle écrit The Education and Employment of Women (L'éducation et le travail des femmes) un livre dans lequel elle argumente pour l'amélioration de l'éducation et des possibilités d'emplois offertes aux femmes seules. En 1869, elle publie, avec Elizabeth Wolstenholme, Woman's Work and Woman's Culture sur l'éducation des femmes.
Dans le même temps, et malgré ses sentiments religieux[Lesquels ?], elle s'engage pour améliorer la situation des prostituées. Elle considère que ces femmes sont les victimes de l'oppression masculine et elle s'attaque à ce double standard de la morale sexuelle. C'est ce qu'elle nomme sa « croisade ». Elle travaille sur ce sujet avec notamment Mariane van Hogendorp, féministe néerlandaise.
La fondation de la Fédération abolitionniste internationale (FAI)
Lois sur les maladies contagieuses
Les Contagious Diseases Acts (Lois sur les maladies contagieuses) ont été introduites en Angleterre dans les années 1860 afin que l'État puisse réguler la prostitution et contrôler la diffusion des maladies vénériennes, notamment dans l'armée britannique et la Royal Navy. Elles donnent le droit aux magistrats d'ordonner des contrôles génitaux des prostituées pour détecter des symptômes de MST et celui d'enfermer les femmes malades à l'hôpital durant trois mois pour y être soignées. Le refus de l'examen est sanctionné par la prison. Une accusation de prostitution par un agent de police est suffisante pour ordonner un examen ; les femmes accusées perdent souvent leur moyen de subsistance et l'une d'elles se suicide.
Josephine Butler se lance dans une série de conférences contre les Contagious Diseases Acts à travers le pays. De nombreuses personnes sont choquées qu'une femme puisse parler de sexualité en public, et son mari George est très critiqué pour avoir permis à sa femme de s'impliquer dans cette campagne. La description des procédures qu'elle fait lors des meetings publics (elle les qualifie de « viols chirurgicaux ») est si bouleversante qu'un jour, le surintendant de la West London Methodist Mission (en), Hugh Price Hughes, sort de la salle en larmes.
Les différentes lois s'appliquent à des lieux spécifiques, comme les ports ou les villes de garnison - mais en 1869, l'Association pour l'extension des lois sur les maladies contagieuses milite pour l'application des lois à tout le Royaume-Uni. Ceci souleva l'indignation des chrétiens, féministes et supporters des libertés civiques et entraîna la constitution de deux organismes : Ladies National Association for the Repeal of the Contagious Diseases Acts (en) conduite par Josephine Butler et L'Association nationale pour l'abrogation des lois sur les maladies contagieuses (en), conduite par des médecins. Le 1er janvier 1870, elle publie un manifeste signé par 250 femmes dans le Daily News pour dénoncer ces lois.
Elle met toute son énergie dans la campagne, malgré la diffamation et les agressions physiques. Les lois seront finalement abrogées en 1886.
George et Josephine s'installent à Winchester en 1882. George y reprend le canonicat de la cathédrale et Josephine ouvre une nouvelle maison de repos pour femmes.
Prostitution enfantine et campagnes internationales
En 1885, Josephine Butler, avec Florence Booth de l'Armée du salut, se lance dans un nouveau combat dirigé par William Thomas Stead, rédacteur en chef de la Pall Mall Gazette. Celui-ci avait publié une série d'articles sous le nom de The Maiden Tribute of Modern Babylon (« Le tribut féminin de la Babylone moderne ») révélant l'étendue de la prostitution enfantine à Londres. Ensemble, ils utilisent le cas d'Eliza Armstrong, la fille de {{|13 ans}} d'un ramoneur, achetée 5 £ par la tenancière d'un bordel londonien. Cette campagne permit d'augmenter la majorité sexuelle de 13 à 16 ans au Royaume-Uni.
Josephine Butler est également active dans l'internationalisation de ses combats. Elle voyage en France et en Suisse, où elle est accueillie avec hostilité par les autorités mais avec enthousiasme par les groupes féministes. Ses efforts seront récompensés par l'entrée en campagne d'organisations internationales contre la régulation étatique de la prostitution et le trafic des femmes et des enfants.
SI les lois sur les maladies contagieuses ont été abrogées au Royaume-Uni, la législation équivalente était demeurée en place dans le Raj britannique en Inde, où les prostituées proches des cantonnements britanniques étaient soumises à des examens forcés réguliers . La loi qui les concernait faisait partie des lois sur les cantonnements spéciaux mises en application par le major-général Edward Chapman, qui a émis des ordres permanents pour l'inspection des prostituées, et la fourniture d'« un nombre suffisant de femmes, qui doivent être attrayantes ».