Joseph Zen Ze-kiun (écrit en caractères chinois : 陳日君 ; prononcé en shanghaïen : [zəɲ zəʔ tɕyəɲ] ; transcrit en pinyin du mandarin : Chen Rijun), né le 13 janvier 1932 à Shanghai (alors en République de Chine), est un cardinal chinois, salésien et évêque émérite de Hong Kong.
Favorable à la démocratie, il est l'un des principaux opposants au régime communiste chinois.
Joseph Zen Ze-kiun, surnommé Joseph Zen, est né dans une famille catholique à Shanghai en 1932. Il entre chez les salésiens comme aspirant à l’âge de 12 ans en 1944. Il fuit Shanghai pour Hong Kong en 1948, avant l’arrivée de Mao Zedong et des communistes au pouvoir. À Hong Kong il poursuit ses études dans le petit séminaire salésien afin de devenir prêtre. Il est envoyé alors à Milan (Italie) pour poursuivre ses études.
Il est ordonné prêtre à Turin le 11 février 1961. Il obtient son doctorat en philosophie à l’Université pontificale salésienne de Rome en 1964.
Il revient alors à Hong Kong où il devient professeur, à partir de 1971, au séminaire du Saint-Esprit. De 1976 à 1978, il est le principal de l'Instituto Salesiano à Macao. Élu supérieur de la province chinoise des salésiens en 1978, il retourne au séminaire diocésain en 1984 où il devient directeur du premier cycle d’études jusqu’en 1991.
De 1989 à 1996, pendant la période d’ouverture de la Chine, Joseph Zen est le premier prêtre chinois de Hong Kong à pouvoir enseigner dans les séminaires « officiels » du continent, mais aussi dans les séminaires clandestins. Il passe ainsi chaque année 6 mois en république populaire de Chine, où il acquiert une grande connaissance de la réalité du catholicisme en Chine.
Évêque et célébrité (depuis 1996)
Le 9 décembre 1996, le pape Jean-Paul II le nomme évêque coadjuteur de Hong Kong, en même temps que John Tong Hon, nommé évêque auxiliaire du diocèse. Le pape le nomme afin qu’il joue un rôle de pont entre l’Église catholique chinoise et l’Église universelle.
À la mort du cardinal John Baptist Wu Cheng-Chung en 2002, Jean-Paul II le nomme évêque de Hong-Kong.
En septembre 2000, lors de la canonisation des 120 martyrs de l’Église de Chine par Rome, il fit paraître des articles afin de défendre le Vatican et expliquer la position du Saint-Siège alors que Pékin contestait cette canonisation.
En février 2001, le gouverneur de Hong Kong déclare que le Falun Gong était un « mouvement qui avait plus ou moins les caractéristiques d'un culte diabolique ». En réaction, Joseph Zen considère la qualification de culte diabolique pour le Falun Gong comme très préoccupant, « non seulement pour le Mouvement lui-même, mais pour nous tous ». Ainsi l'Eglise catholique chinoise non officielle pourrait, être cataloguée comme culte diabolique elle aussi.
Joseph Zen a toujours bénéficié de la part du Vatican d’un soutien constant : Jean-Paul II l’a nommé membre du conseil post-synodal, à la suite du synode des évêques pour l’Asie en 1998. Benoît XVI l’a lui aussi nommé membre du conseil post-synodal du synode pour l’Eucharistie (à Rome en octobre 2005). Il a aussi été nommé en 2005 membre de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.
Il se retire de sa charge épiscopale le 15 avril 2009. John Tong Hon lui succède à la tête du diocèse
Quelques mois après sa prise de fonction, en mai 1997, Joseph Zen accompagne la délégation de responsables politiques et religieux de Hong Kong à Pékin avant la rétrocession. Il obtient très vite une image de défenseur de la démocratie et des libertés individuelles, critiquant les possibles restrictions de libertés individuelles à Hong Kong. Il n’hésite ainsi pas à dénoncer les injustices et les frustrations des Hongkongais en convoquant la presse.
Il a ainsi défendu le droit au regroupement familial pour les Chinois du continent installés à Hong Kong. Aussi en 2002, il a été élu le personnage le plus populaire d'Hong Kong par le journal Apple Daily.
En 2003, il est l’un des plus virulents opposants à la législation dite anti-subversion, la dénonçant comme potentiellement liberticide et demandant aux catholiques hongkongais de défendre la démocratie. En juillet 2003, il semble en partie crédité du succès de la manifestation (500 000 personnes dans les rues de Hongkong). En décembre 2004, il s’engage devant la justice hongkongaise pour s’opposer à une loi sur l’éducation, jugée menaçante pour la tutelle qu’elle pourrait exercer sur l’Église.
Ses prises de paroles ont eu pour conséquence de rendre les relations entre le gouvernement chinois et l’évêque très tendues. Il a aussi été critiqué par l’Association patriotique des catholiques (l’Église officielle de Chine) pour son rôle politique, mais aussi par des catholiques hongkongais qui se disent inquiets de l’image de l’Église, position qu’il critique fortement : « Ceux qui disent qu'un prêtre doit s'en tenir à la prière n'ont rien compris à ce qu'est l'Église ».
Il fait partie des soutiens des manifestations de 2014 à Hong Kong. Il est arrêté en mai 2022, en même temps que d'autres militants pro-démocratie hongkongais. Le Saint-Siège déclare avoir « appris avec inquiétude la nouvelle de l'arrestation du cardinal Zen », et suivre avec attention la situation. Son procès s'ouvre le 24 mai. Accusé de « conspiration de collusion avec des forces étrangères », notamment pour avoir créé, avec en autres Denise Ho, le fonds d'aide « 612 Humanitarian Relief Fund », aujourd'hui dissous, destiné à financer une partie des frais judiciaires et médicaux des personnes arrêtées lors des gigantesques manifestations pro-démocratie de 2019. Il plaide non coupable. Le tribunal ne retient que le défaut d'enregistrement de fonds à la police. Il est condamné le 25 novembre 2022 à 500 € d'amende, une peine considérée comme relativement légère mais qui illustre la volonté de Pékin de sanctionner les militants hongkongais.