Ce Jour-là

Joseph Schumpeter

Économiste autrichien

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Joseph Aloïs Schumpeter, né le 8 février 1883 à Triesch, en Moravie (Empire austro-hongrois) et mort le 8 janvier 1950 à Salisbury, dans le Connecticut (États-Unis), est un économiste et professeur en science politique autrichien naturalisé américain, connu pour ses théories sur les fluctuations économiques, la destruction créatrice et l'innovation.

La source de sa pensée est l'historicisme. Il est ainsi l'auteur d'une Histoire de l'analyse économique, parue en 1954 et qui fait encore référence. Commentateur averti des théories économiques de son époque, il ne peut néanmoins être associé à aucune école de pensée, que ce soit le keynésianisme ou l'école néoclassique. Il est parfois rattaché à l'école autrichienne d'économie, mais Ludwig von Mises considérait qu'il n'en faisait pas partie. Il est par ailleurs particulièrement fasciné par Karl Marx et Léon Walras. Il est considéré comme l'économiste de l'effervescence et on le qualifie d’économiste hétérodoxe pour ses théories sur l’évolution du capitalisme dans la démocratie, qu'il estime voué à disparaître pour des raisons sociales et politiques.

Joseph Schumpeter naît au sein d'une famille juive ashkénaze en 1883 à Třešť en Moravie, ville austro-hongroise, aujourd’hui en République tchèque, d'un père industriel du textile. Il se retrouve orphelin de père dès l'âge de 4 ans. Passionné par l'Antiquité gréco-latine, il entre en 1901 à la faculté de droit de l'université de Vienne et s’intéresse rapidement à la sociologie en étudiant des auteurs tels que Werner Sombart et Max Weber. Il découvre l’économie, en suivant notamment les cours des théoriciens de l'école autrichienne : Friedrich von Wieser, Eugen von Böhm-Bawerk et Carl Menger. Il obtient son doctorat en droit en 1906.

Schumpeter se rend en Angleterre où il se marie en 1907 avec Gladys Ricards Seaver. Son mariage se disloque rapidement. Il quitte alors l'Angleterre et s'installe au Caire où il travaille en tant qu'avocat pour le tribunal mixte international.

En 1908, il publie son premier ouvrage, devenu très vite un classique de la statistique économique, Nature et essence de l'économie théorique, ce qui lui permet d'obtenir en 1909 un poste de professeur associé en économie politique à l'université de Czernowitz.

Il publie la première édition de sa Théorie de l'évolution économique en 1911, ouvrage qui s’affranchit du cadre néoclassique et témoigne de son intérêt pour la dynamique et les lois du changement économique. Schumpeter met particulièrement en exergue l'importance de l'entrepreneur et du processus de destruction créatrice apportée par l'offre de nouveaux produits sur le marché.

Entre 1911 et 1919, il enseigne en tant que professeur à l'université de Graz (en Autriche). Avec les sociologues Werner Sombart et Max Weber, il dirige Archiv für Sozialwissenschaften (Archives pour les sciences sociales). Donnant beaucoup de travail à ses étudiants et critiquant régulièrement les positions de son prédécesseur à son poste, Richard Hildebrand, il est au départ peu apprécié des élèves.

En 1913-1914, il est professeur invité à l'université Columbia. Cette invitation marque, selon Wolfgang Stolper, « le sommet de son succès mondial ». Il y enseigne notamment la théorie économique. Il profite de son poste à Columbia pour rencontrer Irving Fisher et Wesley Clair Mitchell. Il reçoit un doctorat en lettres honoris causa à Columbia.

Après la Première Guerre mondiale, il est brièvement ministre des Finances (1919-1920) du gouvernement de coalition regroupant des sociaux-démocrates, des sociaux-chrétiens et des socialistes révolutionnaires sous l'égide d'Otto Bauer alors que l’Empire austro-hongrois s’effondre. C'est à cette époque que Joseph Schumpeter divorce de Gladys puis dirige pendant quatre ans une banque privée, la banque Biedermann de Vienne. C'est un échec : la banque fait faillite en 1924.

En 1925, il devient professeur de finances publiques à l'université de Bonn et se remarie avec Anna Reisinger. Mais l'année suivante, il perd sa mère, sa femme et leur fils nouveau-né. Il publie la deuxième édition de la Théorie de l’évolution économique (1926)[réf. nécessaire].

À partir de 1927 et jusqu'à sa mort, il enseigne à l'université Harvard où il s'installe définitivement en 1932, à la suite de la montée des extrémismes en Europe centrale. Parmi ses étudiants à Harvard figurent Robert Heilbroner, Paul Samuelson, Wolfgang Stolper, Paul Sweezy, Nicholas Georgescu-Roegen et James Tobin.

Il se remarie une troisième fois avec une économiste du nom d'Elizabeth Boody en 1937. De 1937 à 1941, sa réputation internationale lui vaut de présider la Société d’économétrie dont il est l’un des fondateurs. Il devient président de l'American Economic Association en 1948. La fin de sa vie sera marquée par l'édition de deux ouvrages importants : Les Cycles des affaires (1939) où il revient sur l’analyse de la croissance et Capitalisme, Socialisme et Démocratie (1942) qui lui vaudra une réputation d’économiste « hérétique ».

Il meurt le 8 janvier 1950 d'une hémorragie cérébrale dans sa maison de Taconic, dans le Connecticut, au moment où il va être élu premier président de la nouvelle Association internationale d'économie. Son épouse, Elizabeth Boody (1898-1953) éditera à titre posthume la monumentale Histoire de l'analyse économique (1954) à laquelle il a consacré ses dernières années et L'Essence de la monnaie (1970).

Schumpeter se laisse difficilement classer dans une école économique. Il était autrichien, mais il n'a jamais fait partie de l'école autrichienne, avec laquelle il avait été familiarisé par les enseignements d'Eugen von Böhm-Bawerk à l'Université de Vienne.

L'économiste qu'il admirait le plus était sans conteste Léon Walras. Ainsi, dans Histoire de l'analyse économique, Schumpeter écrit que, « si le système walrasien n’est peut-être en dernière analyse qu’un vaste programme de recherche, il est encore, à cause de sa qualité intellectuelle, la base de presque toutes les meilleures œuvres de notre temps ». Néanmoins, son analyse dépasse largement le cadre néoclassique. Il fut également fortement influencé par les écrits du sociologue allemand Max Weber. Enfin, s'il a partagé certaines conclusions avec Karl Marx, son analyse était très éloignée des conceptions marxistes de l'économie. Schumpeter a été l'un des grands contributeur de l'évolutionnisme économique. Selon Christopher Freeman, l'idée sous-tendant l'essentiel des réflexions de Schumpeter est que le capitalisme ne peut être compris que comme un processus continu d'innovation et de destruction créatrice.

Ainsi, le fondement et le ressort de l'économie sont le progrès technique, qui entraîne l'innovation. L'histoire du capitalisme est donc une mue permanente. L'évolution de la technologie implique que des pans entiers de l'activité économique s'étiolent et disparaissent après avoir été dominants. L’évolution de l'économie est donc qualitative plutôt que quantitative : elle tend non pas à l'augmentation continue de la production, mais au changement des structures de production.

Ne partageant pas les méthodes et les conclusions de l'école néoclassique, Schumpeter peut se ranger parmi les économistes dits « hétérodoxes ».

Destruction créatrice et les grappes d'innovation

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