Joseph Méry, né le 2 pluviôse an V à Marseille et mort le 17 juin 1866 à Paris 9e, est un journaliste, romancier, poète, dramaturge et librettiste français.
À l’achèvement de ses études au lycée Impérial de Marseille, saisi d’horreur devant le spectacle des luttes sanglantes et des massacres de la Terreur blanche signalant dans le Midi le retour des Bourbons, le jeune homme, jusque-là royaliste, devient bonapartiste et libéral. Il collabore au journal libéral, le Phocéen d’Alphonse Rabbe.
Sa première célébrité émane d’une satire en vers publiée en 1820 dans un petit journal de Marseille contre l’abbé Eliça-Garay, inspecteur en chef des collèges, qui enjoignait expressément aux professeurs de donner les prix à ceux des élèves qui remplissaient avec le plus de ponctualité leurs devoirs religieux, sans acception de mérite, de travail et de talent. Eliça-Garay ayant porté plainte devant les tribunaux, le jeune auteur du pamphlet est condamné à quinze mois de prison.
Fier d’être persécuté pour sa cause, il refuse de demander sa grâce. Sorti de prison, il habitera tantôt la capitale et tantôt Marseille, où il avait fait ses premières armes dans le journalisme et où l’appelaient de nombreux amis, jusqu’en 1828. Il crée son propre journal voué à la cause du libéralisme, la Méditerranée, qui fusionnera avec le Phocéen, pour devenir le Sémaphore.
Plus assidu à Paris, à partir de 1823, il vivait de traductions du latin que lui procurait Rabbe, installé depuis six mois à Paris, où il écrivait une Histoire des Papes, lorsque Pierre Soulé l’engage comme rédacteur au Nain jaune avec dix-huit cents francs d’appointements. Le Nain Jaune, écrasé par des amendes énormes, ayant cessé de paraitre, il rédige, avec Auguste Barthélemy, royaliste repenti, des satires, comme les Sidiennes, la Villéliade , qui visait rien moins qu’à renverser le ministère ultraroyaliste Villèle, que l’éditeur Ponthieu a payée 25 000 fr., et qui s’est vendu à plus de 12 000 exemplaires, en moins d’une semaine.
Cette terreur du ministère Villèle était témoin et parrain dans tous les duels, quand lui-même n’y figurait pas comme partie principale. À la vue d’une balle venant s’amortir sur une pièce de cinq francs contenue dans le gousset de l’un des combattants, il a eu cette saillie : « Voilà de l’argent bien placé ! » Ami de Balzac, Hugo, Chateaubriand, Gautier, Nerval, Dumas, Émile et Antony Deschamps, Sainte-Beuve, Boulanger, Delacroix, Rossini, Hérold, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Henri Heine, Frédéric Soulié, Léon Gozlan Eugène Sue, Arsène Houssaye, Mérimée, Alphonse Karr, Armand Carrel et Stendhal, entre autres, il fréquente les cercles littéraires et intellectuels à la mode. Reconnu pour son esprit, on se le dispute dans les salons, les fêtes, toutes les réunions artistiques, sans qu’il perde jamais de sa verve intarissable, avec le temps. Plus tard, il entrera en relations d’amitié avec Émile de Girardin, Delphine de Girardin, Théophile Gauthier et Gérard de Nerval.
En 1829, il compose l’Assassinat, évoquant les massacres de 1815, avant de reprendre sa collaboration avec Barthélemy, dans leur croisade fraternelle contre le pouvoir, qui donnent lieu à Rome à Paris, la Corbiéréide et la Censure, publiées six mois après la Villéliade. Villèle tombé, son remplaçant, Martignac, tente de se concilier ses bonnes grâces en lui offrant la croix, qu’il refuse. Le ministère de Martignac échu à Polignac, deux nouvelles satires, la Peyronnéide, la Guerre d’Alger, l’attaquent et mettent ce dernier à mal. Il publie également son premier roman, le Bonnet vert.
Lors de la Révolution de Juillet, il prend les armes et compose un poème, l’Insurrection, et un hymne, la Tricolore, dont Halévy a composé la musique, et qui a été chantée sur tous les théâtres de Paris. Déçu par la monarchie de Juillet, il se retire à Marseille, décidé à ne plus s’occuper de politique, jusqu’à ce que Barthélemy, qui venait de fonder la Némésis, ne le rappelle à Paris, en 1831. Ce périodique satirique, qui cinglait sans pitié tous les ridicules, raille notamment les ambitions politiques de Lamartine. La seconde année, le gouvernement ayant demandé à Méry et à Barthélémy 100 000 francs de cautionnement, les auteurs sont obligés de cesser leur publication.
En 1837, Méry profite du repos auquel sa plume était condamnée pour faire son premier voyage en Italie, auquel le conviait la famille impériale, qui correspondait, depuis longtemps avec lui, et retrouve la reine Hortense. Les notes qu’il rapporte de ce voyage, lui permettent d’écrire, une fois revenu en France, d’abord les Scènes de la Vie italienne. La Revue de Paris donne ensuite un Amour dans l’Avenir, roman dont le succès n’a fait qu’augmenter à sa publication en volume, et auquel ont succédé un grand nombre de nouvelles : « Van Dick au palais Brignola}, « les Adeptes de l’Immortalité », « l’Âme transmise », etc. Ensuite ce sont la Comtesse Hortensia, Saint-Pierre de Rome, Sémiramide, puis la Juive au Vatican ou Amor e Roma. Avec les découvertes précieuses qu’il a faites dans les bibliothèques vaticanes, Méry a pu écrire France et Orient, sur la croisade de saint Louis.
Après un autre voyage en Italie, dont il est revenu, en 1838, tout exprès de Florence, au milieu de l’hiver, pour écrire le discours d’inauguration du théâtre de la Renaissance, il entre au Figaro qui accueille ses satires. Doué d’une étonnante capacité d’improvisation lyrique, ami de Victor, un jour que les deux poètes rencontrent sur le boulevard, Anténor Joly et Ferdinand de Villeneuve, ceux-ci demandent au maitre quand il leur fera un drame. « — Êtes-vous pressé ? leur demande Victor Hugo. — Très pressé.— Alors, voilà Méry qui vous en fera un, et qui viendra vous le lire chez moi, lundi prochain, à midi, répond Hugo. » Sans sourciller, Méry qui n’avait jamais travaillé pour le théâtre mais, pour rien au monde, n’aurait voulu faire mentir le maitre, a lu, au jour et à l’heure fixés, le drame de la Bataille de Toulouse aux futurs directeurs de la Renaissance. Ce drame a eu cent représentations, les troupes de province l’ont joué pendant des décennies. Cette pièce a servi de base à Verdi pour son opéra La battaglia di Legnano.
Amoureux du théâtre jusqu’au dernier jour de sa vie, il a fait successivement représenter ses pièces à l’Odéon, la Comédie-Française, l’Opéra, sur plusieurs scènes secondaires et jusqu’aux bosquets dramatiques de Bad Ems mais, rebuté par la nécessité d’avoir à rendre des comptes aux directeurs, aux comédiens et au public, il a fini par publier deux volumes de comédies de salon pour s’affranchir de ses contraintes. Préférant rédiger des romans en feuilletons, il livre, coup sur coup aux abonnés de la Presse, de 1842 à 1844, Héoa, la Floride, la Guerre du Nizam, trilogie succédant aux Mystères d’Udolphe, l’Histoire d’une colline et à la Famille Dherbier. Un incendie dans les bureaux de la Presse ayant réduit en cendres les quatorze premiers feuilletons de la Guerre du Nizam, il a refusé les cinq mille francs de dédommagement qui lui offraient les directeurs, et s’est mis à recommencer son œuvre. Les autres œuvres principales de Méry sont : la Ferme de l’Orange, Une Conspiration au Louvre, la Circé de Paris, Une Veuve inconsolable, Adrienne Chenevier, les Deux Enseignes, le Transporté, Un mariage de Paris.
Méry racontait l’Inde, et la Chine, et l’Afrique, et l’Asie, et l’Australie, mieux que s’il les avait visitées, mais il les a vues par révélation et sans quitter son cabinet de travail. Des capitaines au long cours qui avaient fait dix fois le voyage de Marseille à Calcutta ont soutenu que l’auteur d’Heva avait secrètement visité l’Inde. Il a répété cet exploit dans deux autres romans, le Paradis natal et le Damné de l’Australie. Sa nouvelle, Anglais et Chinois, a fait une telle impression sur la femme du diplomate Théodose de Lagrené, qu’elle a obsédé le ministère Guizot pour faire nommer son mari chef de mission diplomatique en Chine, pour aller voir un pays dont la description de Méry l’avait ravie. Également féru d’archéologie, le 3 septembre 1857, il fait fouiller une fontaine à Schwalheim, près de Friedberg, où il pensait que les troupes de Varus s’étaient désaltérées et met soixante-quatorze médailles et une foule d’armures d’origine romaine.