Ce Jour-là

Joseph Darnand

Militaire et homme politique français

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Joseph Darnand, né le 19 mars 1897, à Coligny et mort fusillé le 10 octobre 1945, au fort de Châtillon, à Fontenay-aux-Roses, est un militaire et homme politique français. Il est, sous l'Occupation, une figure majeure de la collaboration en France.

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale et de la campagne de France de 1940, militant d'extrême droite dans l'entre-deux-guerres, il choisit la voie de la collaboration totale avec l'occupant nazi en s'engageant dans les Waffen-SS le 8 août 1943.

Il reste pour l'histoire le secrétaire général et véritable chef opérationnel de la Milice française, organisation paramilitaire de type fasciste, supplétive de la Gestapo, chargée de la traque des résistants, des Juifs, des francs-maçons et des réfractaires au STO, créée par Pierre Laval, en accord avec Pétain, par la loi du 30 janvier 1943. Après avoir été nommé, à la demande des autorités allemandes, secrétaire général au maintien de l’ordre dans le gouvernement de Vichy le 1er janvier 1944, il devient secrétaire d’État à l’Intérieur le 14 juin 1944.

Les exactions et les crimes commis par les miliciens sous ses ordres, principalement au sud de la ligne de démarcation, valent à Darnand d'être considéré comme l'une des personnalités les plus jusqu'au-boutistes de la collaboration. Il est jugé, condamné à la peine de mort et fusillé après la Libération.

Origines familiales et formation

Joseph Darnand est né dans une famille nombreuse et modeste, d'origine paysanne, de tradition catholique et dont le père est cheminot à la gare de Bourg-en-Bresse. On le décrit comme un « garçon plutôt petit que grand, trapu, solide avec un visage carré, massif… ». Il est élève de l'école Saint-Louis à Bourg-en-Bresse jusqu'à l'âge de 11 ans puis d'octobre 1911 à mars 1913 au collège Lamartine de Belley. Contraint d'abandonner l'école, il rentre à Coligny pour commencer un apprentissage de trois ans en ébénisterie.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il a 17 ans et cherche en vain à s'engager. Il est finalement incorporé au 35e régiment d'infanterie, le 8 janvier 1916. Il est nommé caporal en avril 1917, sergent le 1er juin 1917 et affecté au 366e régiment d'infanterie où il se fait remarquer : « Sergent Darnand. Peloton des grenadiers d'élite. Se distingue journellement dans la bonne exécution des patrouilles et des embuscades en avant du front ; a fait preuve de beaucoup d'entrain au cours d'un coup de main contre les premières lignes ennemies. » Il est promu adjudant en 1918. Plusieurs fois blessé, il reçoit six citations, dont deux à l'ordre de l'armée pour son courage comme « nettoyeur de tranchées ».

Le 14 juillet 1918, son corps franc fait vingt-sept prisonniers au sein d'un état-major de régiment allemand et s'empare de documents essentiels qui permettent de connaître le plan de l'offensive ennemie du 15 juillet 1918 : celle-ci avorte à la suite des manœuvres du général Gouraud, qui commande la 4e armée.

Darnand reçoit la médaille militaire le 25 juillet 1918 des mains de Pétain, à qui il voue par la suite un attachement sans bornes. D'après d'autres auteurs, cette remise a lieu le 20 juillet par le général Gouraud. Pour ce même fait d'armes, le général Gouraud remet également à l’adjudant Darnand la croix de la Légion d’honneur le 7 avril 1927, au cours d'une prise d'armes dans la cour des Invalides. La croix est accompagnée de cette citation : « Sous-officier d'élite, d'une bravoure hors de pair. […] Le sous-officier Darnand a été, en tout point, un serviteur modèle et un de nos artisans de notre victoire finale. C'est un beau brave ».

Dans une lettre adressée à Maxime Real del Sarte, Raymond Poincaré, l'ancien Président de la République devenu Président du Conseil, s'excuse de son absence au banquet qui a lieu après la cérémonie et salue en lui « un artisan de la victoire ».

En septembre 1919, il s'engage pour deux ans dans l'armée. Après un passage dans les troupes d'occupation en Allemagne, il participe à la campagne contre les forces de Kemal Atatürk en Cilicie. Il part en permission libérable en juillet 1921, quittant l'armée avec le grade d'adjudant.

Après une vie quelque peu instable, il entre comme vendeur décorateur à la fabrique de meubles Chaleyssin à Lyon. Il devient ensuite directeur de la succursale niçoise de cette société puis directeur en 1929 de la société des bus du littoral à Nice. Il fonde aussi une société de transports. Il milite d'abord dans le cadre de l’Action française (AF) à partir de 1925, à Lyon puis à Nice, comme commissaire d'AF puis chef des commissaires d'AF de cette ville. Lorsque la section de Nice leur fait savoir en février 1927 qu'il a reçu la Légion d'honneur, les chefs de la ligue royaliste décident d'utiliser cette décoration pour leur propagande. Alors que l'Action française a été condamnée par le pape en 1926, ils soulignent son appartenance à la ligue, lui offrent plusieurs fois la « une » de l'Action française, le présentent comme « l'artisan de la victoire », lui font publier un récit de son exploit, font venir des militants de la ligue pour l'acclamer lors de la prise d'armes du 7 avril 1927, organisent un banquet à Paris en son honneur auquel prennent part des dirigeants d'associations d'anciens combattants et les chefs de la ligue, dont Charles Maurras, Maxime Real del Sarte et Maurice Pujo. Darnand y déclare : « En tant que ligueur d'AF, s'il m'est permis d'exprimer dans une pareille journée un regret, c'est d'avoir été décoré au nom du président de la République ! Formulons le vœu qui est au fond de nos cœurs. Puisse bientôt le roi Jean, revenu au trône de ses pères, rendu à la France qu'ils ont faite, décorer ceux qui la maintiennent ».

En 1928, Darnand est président de la fédération des commissaires d'Action française des Alpes-Maritimes.

En juin 1929, les dirigeants de la ligue lui offrent la présidence d'une réunion publique à Paris d'anciens combattants, organisée par les royalistes, contre la ratification des dettes interalliées, auquel prend part le président de l'Union nationale des combattants, Henri Rossignol, et le secrétaire général de l'Association des mutilés de guerre, Edmond Bloch, aux côtés de dirigeants de la ligue, dont son président. Deux jours plus tard, il prend part au défilé organisé sur l'avenue des Champs-Élysées par l'Action française et des associations d'anciens combattants pour protester contre la ratification et contre le Gouvernement ; il porte le drapeau des anciens combattants d'AF et défile à leur tête. En janvier 1930, les chefs de la ligue royaliste lui offrent la présidence de leur association d'anciens combattants, l'Association Marius Plateau, constituée légalement le 22 janvier de cette année. Il quitte cette fonction au cours de l'année 1931. Il semble quitter l'Action française avant 1935, déçu par son manque d'activisme.

Il adhère ensuite aux Croix-de-Feu et à partir de 1936 au Parti populaire français (PPF), mais il est une nouvelle fois déçu par le manque d'action directe, notamment contre les communistes qu'il déteste. Il conspire contre la République en liaison avec le complot de la Cagoule, dont il est le responsable à Nice. Arrêté le 13 juillet 1938, il prend comme avocat Xavier Vallat. Il est libéré le 17 décembre 1938 et bénéficie d'un non-lieu.

« Au moment de la déclaration de guerre, en septembre 1939, […] il s’engage aussitôt comme combattant volontaire. Il constitue un corps franc et s’illustre encore aux combats ». Il est affecté, comme lieutenant, dans un corps franc de 150 hommes du 24e bataillon de chasseurs de la 29e division, chargé d’actions de commando et de renseignement derrière les lignes ennemies. À la suite d'une mission de renseignement, les 7 et 8 février 1940, à Forbach, il est nommé « premier soldat de France » et fait officier de la Légion d’honneur, par le général Georges, pour être retourné chercher aux mains de l'ennemi le corps de son chef et ami, le capitaine Agnely. La couverture de Match du 21 mars 1940 lui est même consacrée. Après de nombreux combats lors de la bataille de France, de la Somme à la Loire, il est fait prisonnier le 19 juin 1940, il parvient à s’évader du camp de Pithiviers en août 1940 et à rejoindre Nice.

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