Joseph Caillaux, né le 30 mars 1863 au Mans (Sarthe) et mort le 21 novembre 1944 à Mamers (Sarthe), est un homme politique français.
Disciple de Pierre Waldeck-Rousseau, il commence sa carrière politique parmi les républicains modérés, adhérant à l'Alliance républicaine démocratique à sa création, en 1901. Il est ministre des Finances de Waldeck-Rousseau, avant de rejoindre dans les années 1910 le Parti radical, dont il devient rapidement l'une des principales figures.
Instigateur de l'impôt sur le revenu et partisan d'un pacifisme libre-échangiste, ses prises de positions et sa personnalité suscitent une haine véhémente parmi ses anciens amis et la droite nationaliste, qui mènent contre lui de violentes campagnes de presse. L'une d'elles débouche sur le meurtre de Gaston Calmette, directeur du Figaro, par son épouse, Henriette Caillaux ; cet événement, avec sa propre condamnation pour « intelligence avec l'ennemi » pendant la Première Guerre mondiale, met en suspens sa carrière politique.
Revenu sur le devant de la scène politique avec le Cartel des gauches, il voit son attachement au libéralisme économique et à l'orthodoxie financière l'éloigner peu à peu de ses amis de gauche. Devenu vice-président puis président de la commission des Finances du Sénat, il pèse sur la politique financière de la France jusqu'en 1940.
Fils d'Eugène Caillaux, parlementaire sarthois royaliste qui fut ministre des Finances de Mac Mahon en 1877, Joseph Caillaux, né en 1863, est élevé par un précepteur clérical fanatique puis par les jésuites qui, par réaction, l'amènent à adopter des idées républicaines.
Il fait ses études secondaires au lycée du Mans puis au lycée Fontanes à Paris (actuel lycée Condorcet) où il suit l'enseignement public jusqu'au baccalauréat. Malgré son aversion pour les mathématiques, poussé par son père, il tente d'entrer à Polytechnique en 1883, mais il échoue, n'arrivant que 303e pour 227 admis.
Il effectue ses études supérieures à la faculté de Paris où il obtient une licence en droit. Il étudie à l'École libre des sciences politiques.
Il enseigne à l'École libre des sciences politiques en 1888, et prépare parallèlement le concours de l'Inspection générale des finances. Reçu sans peine second en 1888, il commence sa carrière comme adjoint à l'inspection générale des finances. En cette qualité, il effectue pendant dix ans de multiples tournées en province, tout en demeurant à Paris.
Dans le même temps, en contradiction avec les opinions de sa famille, ses convictions républicaines s'affirment, et il se détache définitivement de l'influence religieuse. Lors de la crise boulangiste, il parvient à entraîner son père dans le camp anti-boulangiste. Lors des élections municipales et cantonales de 1896, il tente de succéder à son père comme maire et conseiller général d'Yvré-l'Évêque, mais il est battu.
Lors des élections législatives du 8 mars 1898, il se présente à la demande des comités républicains locaux, quinze jours avant le scrutin, alors qu'il se trouve en inspection en Algérie, dans l'arrondissement de Mamers, tenu jusqu'alors par la droite monarchiste.
Élu, à la surprise même de ses amis politiques, avec 12 939 voix contre 11 737 au sortant, Sosthène II de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, il devient député de la Sarthe, mandat qu'il conserve jusqu'en 1919, malgré les adversités. Il est ainsi réélu le 27 avril 1902 avec 13 572 voix contre 11 481 à son adversaire, un membre de l'Institut, puis le 6 mai 1906, le 24 avril 1910 et le 26 avril 1914 face à un membre de la famille d'Aillières, par 12 356 voix contre 12 248, 13 283 contre 11 081 et 12 308 contre 10 841.
Fidèle à ses principes républicains, il s'inscrit au groupe des républicains progressistes (Alliance républicaine démocratique, créée en 1901 et à laquelle appartient également son confrère ministre Jean Dupuy), et devient membre des commissions des crédits, des colonies et de la législation fiscale. Il se consacre particulièrement aux questions fiscales, déposant une proposition de loi sur la réorganisation du service des comptables directs et présentant des rapports sur le budget ou les crédits. Il se lie avec Pierre Waldeck-Rousseau, pour lequel il professe une grande admiration, Paul Deschanel, Gaston Doumergue, Raymond Poincaré, Louis Barthou, Maurice Rouvier et Théophile Delcassé.
Lors de l'affaire Dreyfus, il se prononce en faveur de Dreyfus et bascule à gauche. Quand Waldeck-Rousseau forme un gouvernement d'union républicaine, le 22 juin 1899, il devient ministre des Finances. À ce poste, il montre un souci d'équilibrer le budget, préconisant une compression des dépenses de l'État et une augmentation des recettes. Par ailleurs, il refond complètement les impôts sur les boissons et la taxation sur les sucres, et revoit les droits sur les successions. Il parvient ainsi à présenter des budgets en excédent. En revanche, bien qu'il se soit prononcé, quelques mois avant son arrivée au pouvoir, en faveur du projet d'impôt sur le revenu global et progressif présenté par les gauches (malgré le scepticisme de plusieurs socialistes, comme Gustave Hervé ou Hubert Lagardelle), il renonce à présenter un tel projet devant les Chambres, jugeant qu'il ne parviendrait pas à obtenir une majorité.
Après les élections de 1902, qui voient la victoire de la gauche, il suit Waldeck-Rousseau, quand celui-ci quitte le pouvoir le 7 juin 1902. Dans la nouvelle législature, il montre une intense activité dans les commissions, dépose divers projets de lois et présente plusieurs rapports, mais demeure longtemps dans l'expectative, avant de s'opposer à la politique à ses yeux trop anticléricale du gouvernement Combes et de contribuer à son renversement. Il se prononce cependant en faveur de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et de la suppression de l'enseignement congréganiste.
Après les élections de 1906, il est élu vice-président de la Chambre, mais il abandonne bientôt ces fonctions, préférant se réserver pour des fonctions ministérielles.
Ministre des Finances sous Clemenceau
Projet d'un impôt progressif sur le revenu
Du 25 octobre 1906 au 20 juillet 1909, il est ministre des Finances dans le gouvernement Clemenceau I, poste dans lequel il s'illustre, en 1907, par un projet consistant à remplacer les quatre impôts (les quatre vieilles) créés pendant la période révolutionnaire par un impôt progressif sur le revenu global (à l'exemple de l'impôt unique allemand de l’Einkommensteuer) et, complémentairement, par des impôts proportionnels et indépendants pour chaque catégorie de revenu (impôt cédulaire sur le modèle de l’income tax britannique), mais il se heurte à l'hostilité du Sénat, qui rejette son texte, malgré l'appui de Clemenceau et de la majorité des députés. À cette occasion, Caillaux s'attire de solides inimitiés à droite, qui vont parfois jusqu'à la haine. La démission du gouvernement, le 20 juillet 1909, clôt provisoirement le débat, mais il continue à mobiliser l'opinion publique de 1907 et 1914, la Loi des Trois ans lui fournissant un argument patriotique de poids, et ses idées servent de base à la réforme des contributions directes, réalisée entre 1914 et 1917.