Joseph Bodin de Boismortier est un compositeur français né le 23 décembre 1689 à Thionville et mort à Roissy-en-Brie le 28 octobre 1755.
Son père, Étienne Bodin (1652-1730), affublé du sobriquet « Boismortier » était un ancien militaire originaire, par son grand-père Michel, des confins du Berry et de la Touraine (Selles-sur-Nahon) près de Châteauroux. Après un passage à Laval, Étienne entre en garnison au régiment du Soissonais cantonné à Thionville et obtient une dispense de ses obligations militaires afin d'épouser, le 7 avril 1687, Lucie Gravet (1665-1738), une jeune fille du cru. Il met à profit la tradition familiale en devenant marchand confiseur, à l'ombre de la Cathédrale Saint-Étienne de Metz.
Dès le 24 mars 1688, un premier enfant voit le jour : une fille, Marie. Appelée à devenir maîtresse tailleuse dès 1712, elle épousera, le 8 avril 1720 dans la paroisse Sainte-Croix de Metz, Jean Bouchotte, 35 ans, marchand boutonnier. Leur fils, Jean-Didier, caissier de l'Extraordinaire des Guerres puis receveur-payeur des gages des officiers du parlement, aura lui-même plusieurs enfants dont Jean-Baptiste Noël Bouchotte, éminent ministre de la guerre sous la Convention, entre 1793 et 1794.
Le 18 novembre 1691, à Thionville toujours, une petite Catherine est baptisée.
Enfin, le 29 septembre 1700 est enregistré le décès de Marie-Thérèse, à Metz cette fois, avant qu'on ait eu le temps de la faire passer sur les fonts.
Pour achever ce portrait de famille, une lettre datée du 11 janvier 1753 et adressée par Boismortier au surintendant des Beaux-arts, atteste l'existence d'un peintre, Pierre Etienne, qui fut effectivement reçu dans sa corporation messine le 28 mars 1719.
Boismortier est alors très probablement destiné à reprendre la boutique de son père mais ses talents déjà perceptibles le font embrasser une tout autre voie.
Encore récemment, le plus grand flou régnait sur cette première période. Soucieux de prêter à l'adolescent un professeur prestigieux, on avait supposé que Joseph Bodin avait pu suivre l'enseignement d'Henry Desmarest, alors en exil lorrain depuis 1707. Il n'en est rien. En 1702, il chante en effet avec son frère à l'église messine de Saint-Gorgon, certaines parties du motet Parce mihi Domine de la composition de Joseph Valette de Montigny. Ce dernier, originaire de Béziers, était venu en Lorraine dans la suite du vicomte d'Andrezel, conseiller du Grand Dauphin, et nommé depuis 1701, subdélégué à l’Intendance d’Alsace. Les deux personnages auront une importance capitale dans la suite de la vie de Boismortier ; le jeune homme composant sans doute ses premières pièces en Lorraine. Pour fuir l'avenir de confiseur qui l'attendait, Boismortier accepte, en 1713, de s'expatrier en Roussillon. Il y arrive à Perpignan comme receveur de la Régie Royale des Tabacs pour les troupes en Roussillon. L'achat d'une telle charge suppose une aide financière plutôt qu'une donation paternelle.
En place dans le quartier Saint-Jean de Perpignan, Boismortier épouse le 20 novembre 1720, à la cathédrale, Marie Valette, nièce de son professeur languedocien et fille d'orfèvres enrichis. Il s'établit alors dans la demeure familiale, au no 7 de la rue de l'Argenterie Vella ; maison dont il ne tarde pas à hériter au décès de son beau-père, le 18 mars 1722. Tombe également dans son escarcelle, « une vigne située au terroir de Vernet, de deux ayminattes et trois cartonattes »…
Le 15 novembre de la même année, voit le jour la première fille du compositeur, Suzanne, appelée à un avenir littéraire aussi doré que celui musical de son père.
Le vicomte d'Andrezel ayant suivi Boismortier et Montigny dans l'antique capitale catalane pour y exercer la charge d'intendant en Roussillon, Cerdagne et Comté de Foix, il profite de son influence pour inciter Boismortier à envoyer, dès 1721 à l'éditeur parisien Christophe Ballard, un premier air sérieux et à boire pour tester le marché. La réussite est au rendez-vous, ce qui décide le compositeur à quitter ses fonctions et à se lancer dans l'aventure. Il quitte Perpignan et, sur le chemin qui le mène à Paris durant l'hiver 1723, fait une courte halte au château de Sceaux, chez la duchesse du Maine, pour y donner une cantate française, Le Printemps. Certes, l'éclat des grandes « Grandes Nuits de Sceaux » de cette cour frondeuse a pâli mais il y rencontre notamment Nicolas Bernier, Joseph Mouret ou Charles-Hubert Gervais, dans le cercle des Chevaliers de la Mouche à Miel.
Il s'établit alors rue Saint-Antoine, « derrière la barrière des sergens » devant les Grands Jésuites, quartier où reviendra d'ailleurs son épouse après sa mort (elle y sera inhumée). Il obtient un premier privilège d'impression, le 29 février 1724, qui lui permet de publier quatre livres de sonates à deux flûtes sans basse, sorte de choix de ses meilleurs essais :
« Comme il y a près d'un an qu'il court a Paris douze Sonates a deux Flûtes-Traversières de ma composition, copiées a la main, et que les Copistes y ont glissé plusieurs fautes essentielles ; j'ay resolu, en y en adjoûtant douze nouvelles, de les donner moy-même au public en quatre Livres, ou dans chacun il y en aura trois des premières et trois des nouvelles. Si le public me fait la grâce de gouter ce premier, je les donneray de suite. »
C'est alors le début d'une carrière exemplaire, totalement dégagée des nécessaires protections que ses collègues Naudot, Braun, Blavet, Corrette ou Leclair ne rechignaient pas à accepter. Boismortier met un point d'honneur à ne devoir sa réussite qu'à lui seul. Tout juste s'autorise-t-il à publier en préface à sa première œuvre une fausse dédicace à d'Andrezel, ce qui n'est en fait qu'une marque d'amitié sincère. Plus encore que ces hommages nécessaires, ce sont les nombreux poèmes que Boismortier choisira de publier en tête de ses ouvrages qui achèveront de dresser de lui un portrait des plus attachants. Flattant les dames, rencontrant les plus grands noms de la noblesse parisienne, parcourant les salons vêtu de son plus bel habit doré, homme jovial, plaisant et de bonne compagnie, Boismortier ajoutait à son talent de compositeur celui de poète comme nous le laissait entendre Jean-Benjamin de Laborde :
« Il faisait des vers à la manière de Scarron, dont quelques-uns couraient dans les sociétés… »
Malgré son talent reconnu, Bodin était également réputé pour avoir été tellement distrait qu'il en était incapable de diriger ses propres œuvres, dont il préférait alors confier la direction à d'autres.
De nombreuses pièces instrumentales
Boismortier privilégiant dans ses premiers opus les instruments à vent, et plus particulièrement la flûte traversière dont il jouait, s'inscrit dans la lignée des duos de Michel de La Barre ou de Hotteterre, usant d'un contrepoint savant et décuplant l'émotion que donne la savante imbrication des voix. Mais il garde déjà à l'esprit l'influence italienne grandissante à Paris en ces années 1720. Il s'inscrit d'emblée dans un mouvement pastoral et populaire prisé de la noblesse et de la bourgeoisie, qui se piquent de jouer dans leurs salons, pour une société choisie, quelques sonates ou duos bien spirituels.